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« J'ai toujours dénoncé la mauvaise gouvernance dans le secteur de l'électricité »

Moussa Thiam  Mardi, 16 Janvier 2018 19:23

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DIALLO_Cellou_Dalein_31_01Le chef de file de l'opposition était l'invité lundi 8 Janvier 2018 de la radio Espace FM, dans son émission les Grandes Gueules. Au cours de cet entretien téléphonique, Cellou Dalein a dénoncé l'octroi par le pouvoir exécutif de marchés de gré à gré, avant d'accuser ce dernier d'être responsable du manque d'énergie électrique, enregistré dans la capitale guinéenne. Le président de l'UFDG a aussi évoqué la tentative d'immixtion du pouvoir dans l'organisation des élections locales.


Depuis quelques jours, on assiste à cette forte dégradation dans la déserte en courant électrique à Conakry. Quelle analyse faites-vous de cette situation ? Pour vous à qui peut-on imputer cette responsabilité ?

J'ai toujours dénoncé la mauvaise gouvernance dans le secteur de l'électricité. La première faute grave commise par Alpha Condé, c'était d'arrêter un processus d'appel d'offre pour octroyer un marché de gré à gré à la société Asperbras. Au niveau de l'appel, il y a une société turque qui avait offert de mettre en place 100 MW pour 75 millions de $. Après, on a attribué ce marché à un ami d'une petite société au capital de 100 000 $ et dont ce n'était pas son métier du tout. On l'a appelé pour l'aider, on dit bon toi tu prends ce marché à 144 millions de $. Dès que cette société a reçu l'avance pour son démarrage à 30%, elle a acheté des voitures blindées, distribué des enveloppes qu'elle n'a pas pu passer aux commandes des groupes. Après on était obligé de faire un avenant au contrat, modifier la clause relative à l'avance du démarrage. Cet argent n'a pas servi l'avance de démarrage de la commande de groupes. Ça été distribué pendant 2 ans alors que le délai d'exécution était de 6 mois. Il a fallu 3 ans pour résilier le contrat sans poursuivre l'entreprise parce que c'est une entreprise qui a bénéficié de contrat en raison des liens qu'elle avait et qui le recommandait avec M. Alpha Condé. L'entreprise avait fini par commander les groupes. Le gouvernement a récupéré les groupes après avoir payé au total 105 millions de $. L'entreprise devrait payer près de 25 millions de taxe à l'État guinéen. Elle n'a pas payé ces taxes et les groupes ont été récupérés. Au lieu de les mettre à l'intérieur de l'EDG qui en a l'expertise, Alpha Condé appelle encore des amis à lui des Mauritaniens pour finaliser la mise en place du groupe et puis vous allez fournir de l'électricité à un prix qui ne correspond pas à la réalité économique.

Donc, c'était toujours pour enrichir les poches. Ceux-ci sont en train de produire mais EDG n'a aucune emprise sur cette société. Le prix a été négocié en dehors de l'entreprise sans tenir compte de la situation économique. Ça, c'est rester là. La société K énergie est arrivée dans les mêmes conditions. EDG est la première victime de cette politique puisque ces cadres qui négocient et non même le ministre de l'Energie très souvent. Lorsque Maladho est arrivée au ministère de l'Economie et des finances, à un moment donné pour des conflits personnels, Alpha Condé décide de résilier le contrat de K énergie et de demander à M. Sam de partir. Personne n'a rien compris. Sam lui en personne a dit que c'est terminé. Sam disait qu'on lui devait 90 millions de $. On a fait l'audit à la demande du ministère des finances. On s'est rendu compte qu'il avait trop perçu. On lui a dit de rembourser. Il devait exporter les groupes. Je ne parle pas de conflit qu'il avait avec K6. Parce que ça, ce sont des conflits identifiés. On s'est rendu compte qu'on l'a payé plus qu'il n'en fallait par rapport aux prestations, aux fournitures du courant. Il a été sommé de payer. Alpha a demandé à ce qu'il laisse les groupes ici. Il avait commencé à les expédier. Tous ces contrats, le prix de vente à EDG que l'EDG ne contrôle pas, qu'elle est obligée de payer environ 3000 GNF le kW/h. Mais aujourd'hui, les clients de EDG sont facturés à 700 ou au maximum à 900 GNF. Vous achetez la marchandise à 3000 vous la vendez à 700 ou 900 aux clients parce que pour augmenter il faut l'accord du gouvernement. Mais vous ne pouvez pas toucher au contrat parce qu'ils ont été conclu au-dessus de vous. Veolia subit ça malgré lui.

Veolia gère plus 2 ans EDG. Tout le monde sait que Veolia n'a pas la main mise sur les centrales thermiques que vous et sur le résultat d'EDG que vous décriez. Sur la gestion de EDG, est-ce que vous avez senti la patte de Veolia, une certaine réorganisation. Je ne peux apprécier que les résultats. Les résultats sont mauvais. Il y a une explication structurelle. On ne peut pas m'imposer d'acheter à 3000 et de vendre à 700 et que je puisse faire de bénéfices. À un moment donné, EDG ne peut pas payer les fournisseurs parce qu'elle n'a pas où prendre l'argent. L'État parle jusqu'à présent de subvention qui sont devenues démesurées et dénoncées par le FMI et la Banque Mondiale, qui ont demandé à l'État de réduire les subventions de l'énergie. L'État a peur d'augmenter les prix parce qu'il a peur que la population se révolte.


On sait que vous n'êtes pas majoritaire à l'Assemblée. Mais on a impression que tous ces scandales passent inaperçus. Comment ça se fait que jusqu'à présent on ne sent pas l'opposition réellement sur de telles questions ?

Depuis 2016, je dénonçais ces marchés de gré à gré. Maintenant que les conséquences arrivent mais nous en tant qu'opposition, on a fait ces dénonciations parce qu'on a suivi la signature de ces contrats et on a dénoncé. Mais au niveau de l'Assemblée, on ne peut rien parce qu'on n'a pas mis en place une seule commission de contrôle de l'action gouvernementale. Alors que la mission du Parlement, c'est justement voter les lois et contrôler l'action gouvernementale. Tous ces dossiers de marchés gré à gré qui ont été confirmés par un audit de la BM, on n'a jamais voulu que l'Assemblée nationale aille insérer sa main dans ces contrats. Et voilà aujourd'hui, ce sont les citoyens qui paient cette mauvaise gouvernance qui continue de prévaloir au niveau de nos départements ministériels.


Désormais nous sommes face à deux équations. La première c'est celle de l'urgence. Comment gérer une telle situation ? Vous à la place, qu'auriez-vous fait ? La deuxième question équation, c'est celle de la gestion du secteur de l'électricité par Veolia. Veolia est-elle finalement la bonne solution. Est-ce qu'il faut repenser cette solution-là ?

Si j'étais aux affaires, ces problèmes ne seraient pas arrivés. Parce que j'aurai pu, d'abord, dès au départ pour la construction du barrage de Kaleta, ou pour l'octroi de marchés de fourniture d'électricité à des opérateurs privés, j'aurais joué la transparence. Je n'aurais pas accordé de marchés de gré à gré. J'aurai fait un appel à la concurrence et lorsque les entreprises savent qu'il y a plusieurs concurrents, elles fixeront les prix qui correspondent à la réalité économique.


Les élections pointent à l'horizon. On a cru vous entendre parler de fraude qui est en train d'être orchestrée. Est-ce que vous confirmez cette information ?

C'est vrai. J'ai dénoncé une sorte de fraude qui a eu lieu dans le dépôt de candidatures. Évidemment, après la date de clôture du délai, il y a eu des circonscriptions dans lesquelles les gens du RPG ont forcé les démembrements de la CENI d'accepter des listes au-delà du délai réglementaire. Dans ce cas, j'ai considéré que c'est une forme de fraude. J'ai attiré l'attention de la CENI sur le comportement de ses démembrements qui faisaient preuve de laxisme face à la pression des autorités et responsables du RPG. On m'avait promis de mettre un terme à ça, mais il y avait quelques circonscriptions où ça bien eu lieu, notamment en Basse-Guinée. Parce que l'Alliance entre le GPT et le RPG était venue si tard que l'un et l'autre avait déjà déposé ses listes. Il fallait les retirer et faire une liste commune.


Une synthèse de Moussa Thiam

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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