Discours du Chef de l'État : réactions des acteurs sociopolitiques

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ahmed kouroumaA l'occasion de la nouvelle année, le président de la République a tenu sa traditionnelle adresse à la nation. Dans son discours, le Chef de l'Etat a rappelé quelques avancées réalisées sous son règne, et mis l'accent sur les défis qui restent à relever. Cette sortie a été diversement commentée par les acteurs sociopolitiques.


Ahmed Kourouma, vice-président du GRUP : « C'est un discours classique d'un Chef de l'État »

« C'est un discours prometteur. Mais la problématique une fois encore, c'est le fait qu'il y ait beaucoup de promesses. Les Guinéens attendent beaucoup de ces promesses, mais surtout par rapport aux chiffres qui sont annoncés en termes de croissance, en termes d'infrastructures. Il nous faut maintenant une croissance…il faut que le Guinéen retrouve dans son assiette, dans son quotidien les efforts ou les chiffres qui ont été annoncés, parce que ce n'est pas le cas aujourd'hui. Je pense que le président de la République aurait pu nous assurer sur le fait que les deux ans à venir seront absolument consacrés à la politique intérieure du pays. C'est à dire le dialogue entre l'opposition et la mouvance présidentielle. Il aurait dû nous le dire parce que cela rassurerait le peuple de Guinée. Cela rassurerait la stabilité politique. Il aurait dû nous rassurer un dialogue entre l'opposition et la mouvance.

Et surtout associer l'opposition à une certaine prise de décision. Ce qui est essentiel pour qu'un pays fonctionne. Donc pour le reste, c'est un discours classique d'un Chef de l'Etat qui effectivement a mis en place beaucoup de chantiers. Je suis très inquiet sur le dividende des Guinéens, sur leur quotidien pour améliorer leur sort. Parce que nous savons que c'est une politique minière que le gouvernement utilise. Sauf que les mines ne redistribuent pas suffisamment au niveau du quotidien des Guinéens. C'est un beau discours présidentiel. Je l'ai toujours dit qu'il est le Chef de tous les Guinéens, mais pour ceci il faut qu'il associe aussi l'opposition dans les prises de décisions.

Parlant des institutions de la République, le Chef de l'État joue son rôle, lorsqu'il fait croire effectivement que toutes les institutions sont mises en place. La question va beaucoup plus loin : premièrement, les institutions sont en place avec quel homme et fonctionnent-elles ? Il manque à ce personnel constitutionnel, la Haute cour de justice. Parce que cette Cour permettrait de juger les indélicats qui considèrent les biens de l'État comme leurs biens privés. Il faudrait rapidement la mettre en place pour permettre aux Guinéens de savoir qu'il n'y a pas une justice à deux vitesses, il n'y a pas de justice pour les pauvres et une autre justice pour les riches. L'un des reproches faits au président de la République, c'est l'impunité vis-à-vis de certains cadres qui se sont enrichis sur le dos de la République.

Il est très important que le gouvernement et le président de la République renforcent la crédibilité de l'État aux yeux des citoyens parce que l'État aujourd'hui est décrédibilisé. Et il faut des grands chantiers de la crédibilisation de l'État et une politique sociale et inclusive ».


Mohamed Lamine Kaba, président du parti FIDEL : « Il veut juste vendre une fois encore des illusions »

« Nous avons remarqué qu'il s'est jeté assez de fleurs en brandissant certains chiffres sur le plan macroéconomique, notamment le taux d'inflation et le taux de croissance économique. Il a même parlé de Doing business, la place qu'occupe la Guinée sur ce plan selon lui, qui a été très attractive. Il faut reconnaître que cela n'a pas eu de répercussions sur le panier de la ménagère. La deuxième remarque nous avons observé aussi que dans son discours, il n'a fait que des promesses, mais pas de réalisations, pas de résultats.

Par ailleurs, c'est une contrevérité, lorsqu'il dit que toutes les institutions républicaines sont déjà installées. Il oublie que la Haute cour de justice n'est pas encore installée, mais aussi le haut conseil des collectivités locales n'est pas encore installé. Cela prouve à suffisance que le président Alpha ne sait pas quelles sont les institutions républicaines qui restent encore à installer. Ça veut dire que par-là, il n'a pas de souci en ce qui concerne la Haute cour de justice. Il faut rappeler que les Guinéens ont besoin de cette institution. Nous avons remarqué aussi dans le discours que le Chef de l'État annonce des grandes manifestations, des protestations à l'issue des élections locales à venir qui sont envisagées le 4 février de cette année. Quand il demande aux partis politiques de prendre conscience, de ne pas se mettre dans les manifestations, je pense qu'il est en train de préparer quelque chose. Ce qui prouve à suffisance que des éventuelles fraudes ne sont pas à écarter parce que la CENI qui est la structure organisatrice ne sera pas impartiale à partir du moment où le président annonce des éventuelles manifestations, ce qui prouve qu'il prépare une éventuelle fraude. Et là il doit reconnaître que les partis politiques ne céderont pas à toute fraude à l'issue de ces élections communales. Parce que lorsque la population rejette les personnes et que ces personnes sont imposées par le président ou par le parti au pouvoir, toutes les communes se soulèveront pour protester. Nous avons observé son insouciance aussi à la sécurité. C'est juste à sa dernière phrase où il a parlé de la sécurité. Pour nous, il veut juste vendre une fois encore des illusions.


Dansa Kourouma, président du CNOSCG : « C'est un discours responsable dont les défis ne peuvent se matérialiser que par des actes concrets »

« C'est un discours responsable qui a dépeint en même temps les avancées, les opportunités et les défis qui attendent le gouvernement. Le discours du président de la République ne peut pas être le discours de l'opposition ou le discours de la société civile. C'est un discours d'optimisme, c'est un discours de perspective. Il faut reconnaître que la Guinée doit améliorer sa gouvernance. Sur le plan économique, les voyages du président ont permis de valoriser la Guinée au niveau international ce qui est une grande opportunité pour le pays. Il y a eu des promesses de financement important à hauteur de 41 milliards de $ dont 20 milliards pour la Chine et 21 milliards pour le PNDES. Toutes ces opportunités nécessitent comme l'a dit le Chef de l'État, une union sacrée entre les Guinéens. J'encourage M. le président de la République pour que ses intentions qui sont devenus très nombreuses soient matérialisées par des actions concrètes. Ça lui demande beaucoup d'actions, de la résistance à la tentation politique, ethnique ou régionaliste. Il est capable de le faire, tout peut se faire d'ici 2020, les conditions de vie de la population commenceront à s'améliorer. D'une manière globale, je peux vous dire que c'est un discours responsable, modérer, dont les défis ne peuvent se matérialiser que par des actes concrets.

En ce qui concerne la Haute cour de justice, peut-être que c'est un lapsus. Déjà en dehors de la Haute cour de justice, il y a le haut conseil des collectivités qui ne sera opérationnel qu'après les élections locales. L'essentiel est que dans la dizaine d'institutions concernées presque 8 sont en place, on peut considérer comme un exploit. Mais le problème, il ne s'agit pas de créer des institutions, il s'agit de les créer conformément à la loi. C'est à dire l'exigence, l'esprit de la loi doit être réuni dans la création des institutions. Les conditions de désignation des membres doivent respecter les rigueurs de la loi. Est-ce que ces institutions ont des capacités opérationnelles pour leur permettre de faire leur travail dans l'intérêt des citoyens ? Est-ce que la mise en place de ces institutions a amélioré la qualité de la gouvernance dans le pays. On ne peut avoir que 30% de satisfaction quant à la création des institutions, les 70% ce sont les capacités institutionnelles organisationnelles et opérationnelles et la qualité de services rendus par ces institutions ».


Propos recueillis par Amadou Sadjo Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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