Mamadou Alpha Baldé Lundi, 01 Janvier 2018 11:46
Le secrétaire général du parti PDG-RDA et fils du feu président Ahmed Sékou Touré, Mohamed Touré, a profité d'une sortie sur la radio City FM, dans son émission « À vous de convaincre », du dimanche dernier, pour faire quelques révélations, sans langue de bois, sur les maux qui gangrènent notre pays. Il a égratigné les 2 principaux partis politiques de notre pays, l'UFDG et le RPG-ARC-Ciel, qui selon lui sont à la base de l'ethnicisme qui prévaut en Guinée.
Le 22 Décembre est le neuvième anniversaire de la mort du feu président Lansana Conté. Ce triste anniversaire a été commémoré à Bouramaya, son village natal. Quelles impressions cela vous laisse-t-il, M. Touré ?
D'abord, nous voulons transmettre encore nos sentiments à la famille du défunt et à tous ceux qui dans sa famille politique ont tenu à croire en la valeur de son action, en tant que Chef de l'État guinéen. Ceci dit, nous pensons qu'il soit bon, correct et que ça soit des étapes qui permettent de se remémorer, et de toujours faire une rétrospective sur la vie de notre nation et savoir en tirer les leçons les plus objectives, afin que le présent bénéficie des leçons qu'on tire de notre passé et que l'avenir soit construit en renforçant tout ce qu'il y a de positif dans notre passé et en éliminant systématiquement tout ce qu'il y a de négatif. Donc, ce sont des points d'histoire qui sont nécessaires. Je constate que c'est au niveau de Bouramaya que cela a été organisé. Je pense que nous devons faire l'effort d'organiser ce genre de manifestation de manière plus systématique, de manière plus nationale, non seulement pour rendre hommage à nos défunts mais pour aussi, comme je le dis, tirer des conséquences des plus objectives de notre parcours historique, afin qu'un éclairage plus net soit fait sur notre devenir.
M. Touré, on sait que le feu Lansana Conté a déjoué tous les pronostics les plus pessimistes. On ne lui donnait pas autant d'années qu'il aurait vécues, jusqu'en Décembre 2008. Que faisiez-vous, où étiez-vous quand la nouvelle de la mort du président Lansana Conté a retenti dans la cité ?
Je vous dirai simplement que quand la nouvelle du décès s'est répandue, nous étions ici à Conakry. Mais le contexte dans lequel nous étions, les choses se sont passées puisque la succession avait été plus ou moins préparée de deux manières : d'une manière officielle et d'une manière moins officielle. Je crois que de toutes les façons, elle s'est passée comme elle s'est passée. Le problème, il y a ce que, une tradition qui s'était manifestée en 1984 au moment du passage du témoin du pouvoir d'État quand une junte militaire s'est emparée du pouvoir et cette junte militaire était justement dirigée par le président Lansana Conté. Il ne faut pas l'oublier. Après laquelle ils ont fait dix ans pratiquement de transition avant d'aboutir à ce que nous connaissons aujourd'hui, un système hybride après escamoté tant bien que mal. Le système que le PDG avait laissé, le système de gouvernance qui était l'État que le PDG avait laissé. Cette tradition était, et cette tradition s'est manifestée peut-être aussi après le décès du président Conté. En tout état de cause, nous étions très loin de toute cette réalité.
M. Touré, Quand vous parlez d'un système hybride que le régime militaire conduit par Lansana Conté a essayé de mettre en place, ce système a mis en contribution des hommes qui, pour partie peuvent être considérés comme étant des produits du 26 ans de règne du feu président Ahmed Sékou Touré, puisque ce sont ces militaires qui ont servi le drapeau souverain sous le règne de Sékou Touré ?
Nous sommes entièrement d'accord. Pour qu'un État existe, il a besoin d'une bureaucratie, il a besoin des cadres d'administration et cette administration, c'est le PDG qui l'a mise en place parce que l'État guinéen, c'est le PDG qui l'a créé. Que cette administration en son sein soit divisée ou partagée entre des tendances de préférence idéologiques parfois différentes et même opposées, cela aussi est justifiable qu'à un moment donné la dominance soit assumée par un groupe contre un autre.
Pourtant sous le PDG, on n'avait pas l'impression qu'il y avait une différence de vue, d'idéologie ou de perception, parce que ceux qui parlent souvent du PDG parlent d'un système plutôt vertueux en termes de gestion de la chose publique ?
Le système était vertueux en tant que tel, mais cela ne veut pas dire qu'à l'intérieur du système des tendances ne se manifestaient pas. Que ces tendances ne se confrontaient pas. Nous avions un parti unique mais qui clamait une démocratie effective, une démocratie participative et directe qui permettait à tous les citoyens de participer à un débat politique, de s'insérer ainsi dans la vie politique de la nation. Les tendances qu'il y avait au sein du PDG étaient présentes et s'affrontaient au sein du PDG. Cela est une réalité. Mais après le PDG, c'est vrai qu'il y avait une goupille parce que la morale politique que le PDG défendait c'était celle de la défense systématique qui touche le peuple de Guinée et particulièrement des classes les plus défavorisés de la société. Donc un État était mis en place. C'est cet État que la deuxième République s'est évertuée à démanteler pour créer ce que j'appelle quelque chose d'hybride. Cet État était là et veillait au grain afin que tous les Guinéens puissent bénéficier d'une manière équitable le revenu national, ce qui se faisait. C'est ce qui fait que la pauvreté, l'état de misère que nous avons, n'était pas celui qu'on avait. Mais ce qui faisait aussi que les richesses excessives d'une certaine catégorie de personnes ne pouvaient pas aussi s'exprimer.
Quand le Pr Alpha Condé dit qu'il a pris la Guinée là où Sékou Touré l'a laissée, n'est-ce pas là une illustration de l'échec du système Conté, à votre avis ?
Bon, le président Alpha Condé justifie lui-même ce qu'il a dit. Je ne peux pas interpréter pour lui ce qu'il a dit. Ce que je sais, c'est que de toutes les façons, dans le cas par exemple que nous vivons aujourd'hui, celui des élections communales dont vous avez fait un éditorial merveilleux au début de cette émission, nous prouve que dans la démarche le président Alpha Condé ne peut pas avoir pris la Guinée là où le président Sékou Touré l'a laissée. Depuis 1957, quand on a supprimé la chefferie traditionnelle ici, les populations et les citoyens guinéens ont eu le droit d'élire leurs représentants directement au niveau des villages, directement au niveau des districts aujourd'hui et des secteurs à plus forte raison des quartiers. Aujourd'hui, avec le recul qu'il y a, malgré la constitution, parce que la première loi électorale était claire sur cet aspect. Il a fallu qu'un forcing soit fait par des partis politiques, que moi je condamne, qui sont les deux formations politiques les plus importantes soit disant de l'échiquier politique guinéen, et qui sont en fait importants parce qu'ils ont un nombre de personnes, un effectif qui n'est lié à aucune approche idéologique, qui n'est lié à aucun projet de société, qui est simplement lié au fait qu'ils sont de la même communauté, ils parlent la même langue, ils sont des peulhs d'un côté, ils sont des malinkés de l'autre. Ce sont ces partis qui, ayant la force dans la légalité du système aujourd'hui, ont permis de tordre la main à la loi et de créer une nouvelle loi électorale qui nous interdit de voter directement et de prendre le pouvoir au niveau des citoyens ou réduisent la capacité des citoyens de prendre ce pouvoir-là. En réalité, c'est ça le véritable problème. Le PDG croit en le pouvoir au peuple.
Le président de la République a fait une déclaration solennelle. Je prendrais la Guinée là où le président Sékou Touré l'a laissée. Il a ensuite dit que les gens prennent et l'interprètent comme ils veulent. En réalité, ce que lui il a voulu dire, c'est que le président Ahmed Sékou Touré a donné l'indépendance politique à la Guinée et il n'a pas pu donner l'indépendance économique à la Guinée. Mais que lui, le président Alpha Condé vient pour donner l'indépendance économique à la Guinée. Il l'a dit clairement, je m'en tiens à ce que lui il a dit.
En ce qui me concerne, en ce qui concerne le PDG, je dis que cela est très bien. C'est une déclaration d'intention. Mais nous sommes en politique. Nous ne déclarons pas seulement des intentions mais nous faisons des actions afin que des objectifs soient atteints et l'objectif de démocratisation, de gouvernance de la nation guinéenne sur des bases démocratiques effectives, c'est à dire une démocratie qui permette la participation effective et directe de tous les citoyens, ceci est remis en cause et ceci était une avancée du système de gouvernance du PDG. Donc, je dis que là, on n'est pas d'accord.
Est-ce que M. Touré, il n'y a pas un peu d'amnésie chez ceux qui disent que sous Conté que tout brillait de mille feux, et quand on sait que l'industrie même léguée par la première République aujourd'hui n'existe plus, est-ce que cela n'est pas une contradiction ?
Oui mais il faut comprendre, c'est ce que je dis, ceux qui disent ça aujourd'hui sont ceux qui, même en mettant sur le dos de Conté tous les problèmes en tant que personne humaine. Non, mais, ce sont ceux qui disent ça aujourd'hui qui ont été ceux qui ont démantelé la nation, qui ont été ceux qui ont démantelé l'État, qui ont été ceux qui ont démantelé tout ce qu'il y avait comme acquis, ce sont eux. Alors qu'ils le justifient de cette manière en embellissant et au nom de Conté ils le justifient par rapport à eux-mêmes, même s'ils ne le disent pas, alors le problème est là. C'est pourquoi je dis il faut cesser de caractériser tout le système par rapport à un individu.
Pour vous c'est une logique d'arrière-garde parce qu'ils veulent eux même faire illustrer le bilan auquel ils ont contribué à mettre en place ?
Mais qui ne l'aurait pas fait à leur place ? Moi je crois que c'est normal. Maintenant à nous qui n'avons pas participé à cette gabegie, à ces délabrements de la nation, à dire non, ce n'est pas comme ça que ça s'est passé. Il y a une autre lecture qu'il faut faire et la livrer suffisamment, pour que le peuple de Guinée soit informé. Et que les citoyens aussi prennent position par rapport à cette lecture qui est différente de celle qu'on veut nous imposer. Et puis, il y a un deuxième aspect, c'est que politiquement aujourd'hui, le peuple est polarisé sur des bases ethniques et régionales. On trouve que l'électorat de la Basse Côte est un électorat qui peut faire la différence parce que comme je vous ai dit, les deux grands partis pensent dans leurs têtes. Je ne sais pas d'où viennent ces postulats. Ils pensent qu'ils sont le peuple élu. D'un côté, vous avez les malinkés et de l'autre, vous avez les peulhs. Ce sont eux qui créent le maximum de division dans la société guinéenne. Pour soigner un mal, il faut bien qu'il soit bien diagnostiqué et dans ces conditions il faut qu'on enlève aussi la tumeur. Ceux qu'ils considèrent d'ailleurs de façon abusive, comme étant des groupes ethniques minoritaires sont courtisés d'une manière ou d'une autre.
Le PDG ne parle pas mal du président Conté parce que le PDG reconnaît quelque chose. Le président Conté a été l'acteur politique décisif qui a préservé l'indépendance de la monnaie guinéenne. Regardez dans vos archives, vous verrez, tous les autres acteurs politiques aujourd'hui présents disaient qu'il fallait rentrer dans la zone CFA, mais le président Conté s'y est opposé. Donc pour nous, il est nationaliste de ce point de vue. Le président Conté s'est opposé à ce qu'une base militaire étrangère soit établie en Guinée. Aujourd'hui, les tendances sont autres. Quand il y a eu l'agression du sud-est de la Guinée, il s'est opposé à ce qu'il y ait aucune force militaire internationale d'opposition de Cedeao.
Vous disiez que vous ne vous attendiez pas à des récompenses de la part du président Alpha Condé. En fait, ça nous amène à cette indignation qui a été faite du PDG lorsque des dates aussi importantes, par exemple le 22 Novembre, n'ont pas connu la dimension de commémoration qu'on aurait pu leur attribuer. Peut-être que vous ne vous attendiez pas à ce qu'on vous donne des postes et à ce qu'on vous accorde des faveurs. Mais pour ce qui relève de la mémoire qui revoie un peu à la période où votre pète gérait le pays, peut-être vous en attendiez quelque chose du régime ?
Je vous remercie. D'abord premièrement, nous ne nous attendons pas à des gratifications. Ce qui ne veut pas dire que nous ne voulons pas participer à la gestion de la nation parce que le protocole d'accord qui nous guide a été clair, on aide à ce qu'on accède au pouvoir et quand vous accédez au pouvoir, la gestion de la nation vous le faites ensemble. La gestion ne peut pas se faire sans notre implication directe dans la gestion, c'est à dire nommer des cadres du PDG à des postes décisionnels qui puissent permettre de manifester, de matérialiser et de concrétiser la vision que nous avons de la nation guinéenne.
Ça pourrait peut-être même expliquer votre part de déception puisque cet accord n'a pas été respecté de fond en comble ?
Vous savez aucun accord n'a été respecté. L'accord premier qui le lie au peuple de Guinée lui-même, n'a pas été respecté à plus forte raison le nôtre. En ce qui concerne la célébration de notre histoire, c'est notre histoire, c'est notre vécu. Le peuple de Guinée a dans son combat noble, engagé et total, pour la libération de l'Afrique, a subi le courroux des forces impérialistes et des forces coloniales. À l'époque, le colonialisme fasciste portugais qui, puisque vous avez parlé du 22 Novembre, au-delà du 22 Novembre, le 2 Octobre, on ne sait pas quand il sera célébré encore. On a organisé une fois les festivités du 22 Novembre, au monument du 22 Novembre. Alors que nous avions mis en place tout le dispositif, avec des cartes d'invitations partagées à toutes les institutions, à toutes les ambassades, à toutes les chancelleries. Nous sommes venus le lendemain trouver que l'entrée est barricadée. Nous, en tant que parti politique, nous nous reconnaissons de cette histoire de notre peuple et nous voulons la magnifier. Mais puisque le PDG est un parti discipliné, puisque le PDG ne lance pas des cailloux, puisque le PDG ne veut pas barricader les routes, nous avons déplacé notre manifestation au siège du parti. C'est extrêmement coûteux pour nous mais nous l'avons fait.
On va ouvrir la parenthèse électorale pour demander au leader du PDG-RDA, si son parti sera dans la course pour les communales qui s'annoncent à grands pas ?
Oui le PDG sera de la bataille, et heureusement représenté dans toutes les régions ou presque dans toutes les régions administratives de la nation. Au niveau, soit des communes urbaines, soit des communes rurales. Au dépôt de listes, nous avons rencontré toutes sortes de difficultés. Mais nous nous sommes arrangés, à ce que quand même nos listes soient déposées et dans les délais. Nous allons profiter du décalage qui a été donné pour finir le travail dans certaines localités. Mais oui, nous serons de la bataille. Nous serons de la bataille à Mali Yembering, nous serons de la bataille à Siguiri, nous serons de la bataille à Macenta, à Beyla, à Boké, à Boffa, à Conakry ici même nous sommes de la bataille. À Conakry, nous avons une liste électorale que nous présentons au niveau de la commune de Matoto qui est dirigée par un jeune diplômé sans emploi.
Une synthèse de Mamadou Alpha Baldé
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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