Mamadou Dian Baldé Dimanche, 17 Décembre 2017 14:16
Après plusieurs reports, les élections locales pourraient avoir enfin lieu le 4 Février 2018 en Guinée, comme l'a confirmé un décret du président Alpha Condé, signé le 4 Décembre, et portant convocation des électeurs guinéens aux urnes, à la date susmentionnée. La balle est désormais dans le camp de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui promet d'être dans les clous.
La signature le 4 Décembre, du décret présidentiel, portant convocation des électeurs guinéens aux urnes, pour le 4 Février 2018, dans le cadre des élections locales, avalisant ainsi le chronogramme proposé par la CENI, fin Septembre, semble ouvrir la voie désormais à la tenue de ce scrutin, reporté sans cesse, ce, depuis 2011. Les parties prenantes au vote, à savoir les partis politiques, les candidats indépendants et les coalitions des partis politiques, qui attendaient cet acte du pouvoir exécutif, avec impatience, ont commencé à mettre leur machine électorale en branle, vu que le scrutin approche à grands pas.
Il faut rappeler que l'opposition, a dû ferrailler pour arracher ce chronogramme électoral, cela au prix de plusieurs manifestations de rue, ponctuées de violences. Face à un pouvoir qui avait fini par se complaire dans la gestion des communes, par des équipes de délégations spéciales, désignées, pour exécuter les affaires courantes. Comblant ainsi le vide laissé par les maires, dont le mandat est échu depuis 6 ans. La tenue de cette élection est une des résultantes de l'accord inter guinéen du 12 Octobre 2016. Un accord dont la mise en œuvre continue de souffrir dans son application, notamment pour ce qui est de l'indemnisation des victimes des violences politiques survenues sous la troisième république.
Alpha met la CENI au pied du mur
En signant le décret, conviant les électeurs aux urnes pour le 4 Février 2018, le président de la République met la CENI, au pied du mur. Quand on sait que cette institution chargée d'organiser les élections, n'a malheureusement jamais réussi à honorer un calendrier, ce, depuis sa mise en place en 2007.
La CENI, qualifiée d'ailleurs de capharnaüm par certains observateurs, a été depuis la présidentielle de 2010, au centre de toutes les divergences entre le pouvoir et l'opposition. Cette dernière accusant toujours l'institution d'être phagocytée par le palais sekhoutouréa. Il était d'ailleurs question de la refonte de la CENI, par la révision de « la Loi 016, portant composition, organisation et fonctionnement de la CENI, dans le souci de la rendre plus technique ». Mais la démarche n'aurait pas fait l'unanimité au sein du parlement. L'opposition accuse à cet effet, la mouvance majoritaire à l'Assemblée nationale, d'avoir refusé que cette loi soit mise sur la table des discussions.
Donc c'est la CENI dans sa forme actuelle, avec des commissaires issus des formations politiques, qui va organiser ces élections locales, dans les 3 763 quartiers et districts du pays. Avec cette CENI, il faut dire qu'à chaque élection, son lot de difficultés. Et ces locales n'échappent pas non plus à cette galère. Déjà on évoque des problèmes techniques sur le terrain, après le lancement des opérations de réception et de traitement des listes de candidatures le 6 Décembre. Des opérations qui devront se poursuivre jusqu'au 20 Décembre 2017.
Ces soucis techniques concerneraient d'après des sources proches de l'institution, l'alimentation des kits informatiques, en électricité, rendre ainsi leur usage quasi impossible. A propos de ces pannes techniques, le président de la CENI, Me Salif Kébé, qui a emboîté le pas au président Condé, en organisant une conférence de presse, le lendemain de la signature du décret entérinant le chronogramme de son institution, relativise. Selon lui, ces « questions d'alimentation d'énergie, ces questions d'informatique, ne sont pas insolubles. Il y a toujours un plan B et un plan C prévus par la CENI », a-t-il tenu à rassurer.
Maître Salifou Kébé, a mis sa conférence de presse à profit pour dresser un état des lieux des préparatifs du scrutin. Le président de la CENI a promis que son institution va cette fois relever le défi, de tenir ces élections à bonne date. Ce qu'elle n'était jamais parvenu à faire, depuis sa mise en place en 2010.
Concernant les préparatifs, il a fait savoir que des missions conduites par des commissaires de son institution ont été dépêchées dans les provinces intérieures, afin de revoir la cartographie des bureaux de vote, ainsi que le redécoupage administratif des bureaux de vote. Sur le plan technique, la CENI, qui veut sortir des sentiers battus, dit axer ses efforts sur « la transparence du scrutin », qui passerait forcément par la concertation avec les acteurs impliqués dans le processus. Pour réussir son pari, la CENI a mis en place des cellules, dont celle chargée du suivi technique du processus électoral.
Il y a également la cellule chargée de la communication électorale qui aura pour mission de mettre à la disponibilité des parties prenantes au vote, toutes les informations relatives à l'évolution des préparatifs. Le président a insisté sur le fait que son institution pourra dérouler comme prévu son chronogramme, pour la bonne réussite de ces élections locales, dont l'enjeu est crucial.
Le choix des candidatures cristallise les tensions
Les acteurs désireux de prendre part à ce scrutin électoral sont engagés dans une course contre la montre. Car il faut concevoir les listes de candidatures et procéder au dépôt, au plus tard le 20 Décembre. Des dépôts de listes de candidatures qui doivent s'accompagner du paiement des cautionnements fixés par la CENI.
La CENI exige en effet le versement au trésor public de « 8 millions de GNF, par liste de candidature pour les communes urbaines et 3 millions pour les communes rurales. L'organe électoral a plafonné à 6 milliards de GNF, les dépenses à engager par liste électorale ».
Au niveau des états-majors des principales formations politiques, dont le RPG et l'UFDG, l'ambiance serait à la veillée d'armes. C'est le moins qu'on puisse écrire, avec les tensions qui entourent la composition des listes de candidatures.
Le parti au pouvoir fait face il faut le souligner, à des récriminations de ses alliés politiques, dont le GPT de Kassory Fofana ou l'UPR de Bah Ousmane, qui ne semblent pas adhérer à la proposition du RPG, de leur accorder 20% de postes de conseillers, sur les listes communes. Des partis qui, faute d'entente avec le RPG, ont fini par prendre leur destin en main, en décidant d'aller à ce scrutin sous leurs propres couleurs.
Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire du RPG, un des barons du parti au pouvoir n'a pas manqué de préciser, à propos de ces alliances, dans un entretien accordé à la radio lynx FM lundi, que : « nous avons pris un standard de 20% pour dire que c'est le minimum qu'on accorderait quelle que soit notre zone aux alliés mais au cas par cas, préfecture par préfecture, souvent sous-préfectures par sous-préfectures. Nous négocierons avec tous les alliés et n'importe quel autre parti, qui aimerait aller avec nous aux élections. Premièrement ou sous la forme d'aller avec une seule liste, ou bien avoir une alliance déclarée avant les élections, pour qu'après les élections, nos conseillers élus puissent constituer un groupe, en vue de composer le bureau de la commune ».
Quant au principal parti d'opposition, l'UFDG, là, ce sont les jeunes qui réclament plus de postes de conseillers au niveau des communes et des quartiers. Cellou Dalein Diallo, leader du parti, a reconnu samedi dernier, à l'issue d'une assemblée générale du parti, qu'il y avait bien des problèmes dans le choix des candidats. Mais qu'il fallait privilégier le consensus dans la désignation des candidats, afin de sauver les meubles. Ces propos de Dalein viennent confirmer le climat tendu qui prévaut dans l'état-major de sa formation politique, autour de ces listes électorales.
A Labé et Lélouma, des communes situées en Moyenne Guinée, le fief de l'UFDG, on a frôlé l'éclatement, avant que les candidats n'entendent raison, pour convenir d'une liste consensuelle. Depuis, on assiste au même scénario, aussi bien dans les provinces que dans la capitale, où l'arbitrage de la direction est de plus en plus sollicité, pour taire les querelles intestines.
Mamadou Dian Baldé
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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