Alpha Amadou Diallo Samedi, 02 Décembre 2017 15:03
Le député de l'UFR, Saikou Yaya Barry a accordé un entretien à un parterre de journalistes, dans lequel, il explique les raisons qui ont poussé l'UFR à s'abstenir de faire une déclaration par rapport au harcèlement dont la presse est victime ces derniers temps. Selon lui, c'est pour éviter une récupération politique, parce que c'est une action de la société civile. Dans cet entretien, il est aussi revenu sur la nomination du député uninominal de Kaloum, Baidy Aribot, au poste de vice-gouverneur de la BCRG.
Le Démocrate : quel est votre point de vue sur la grève syndicale en cours ?
Saikou Yaya Barry : je vous assure que je n'ai pas très bien suivi la procédure qui les a amenés à la grève mais selon les informations reçues par-ci et par-là, il y a eu une dose de frustration au niveau de certains syndicats notamment sur les mutations abusives. L'un des responsables, j'ai cru entendre a été muté à Dinguiraye pour l'empêcher d'être fonctionnaire comme ça se doit. Mais la manière dont le ministre de l'Éducation nationale et de l'Alphabétisation gérait les syndicats étant lui-même syndicat à l'origine dont c'est toutes ces frustrations qui ont amené les syndicalistes à lancer le mot d'ordre de grève, qui, malheureusement, je crois souffre d'une procédure normale de préavis de grève et ce qui s'en suit. Mais tout reste à savoir qu'il faut à dialoguer, il faut amener les gens autour de la table. Ça ne sert à rien de faire de défis, de se défier mutuellement. Et surtout quand on est gérant d'un État. On doit éviter le bras de fer parce ce sont eux qui ont des comptes à rendre. Ils doivent faire en sorte qu'il y ait l'accalmie, ils doivent trouver des voies et moyens pour être autour de la table avec ceux qui se lèvent pour réclamer telle ou telle chose.
La nomination de Baidy Aribot, un membre influent de l'UFR, comme deuxième vice-gouverneur de la Banque centrale est considérée comme un acte de déstabilisation du parti. Qu'en dites-vous ?
Ça ce sont des spéculations. A mon avis, nous sommes un parti structuré et ça c'est prouvé d'ailleurs. Cela n'a pas pu déstabiliser notre organisation. Donc, on peut écarter cette possibilité parce que l'organisation s'est bien tenue. En ce qui concerne la nomination, nous avons une voie sur cette question. Le Président de la République est le Président de l'ensemble des Guinéens, et nous sommes tous fils de ce pays. Si le Président s'entend avec un citoyen pour qu'il soit nommé à un poste de responsabilité, je n'ai pas beaucoup de choses à dire. Ça dépend de la personne. Elle est souveraine dans sa décision d'accepter ou de ne pas accepter la nomination. Cela ne peut pas entamer le parti en réalité. Mais malheureusement, nous sommes dans l'apprentissage de la démocratie. Les gens ont du mal à comprendre comment ça fonctionne. Cela les amène à prendre des positions à spéculer un certain nombre d'actions qui se font dans l'État. Il est clair que le Président a rencontré certains membres notamment Baidy. Mais le jour de sa nomination a été une surprise même pour lui selon ce qu'il nous a fait savoir. Si cela ne l'a pas amené à dire que « je n'accepte pas le poste », il est libre d'accepter ou de ne pas accepter. A notre niveau en tant que parti politique, on s'est dit, en tant qu'il fait le travail du parti ou bien qu'il est en harmonie avec le parti, ça ne nous pose aucun problème. Nous avons un autre décret déjà comme vous le savez. Ça n'a pas posé de problèmes à l'UFR. Ce n'est pas la nomination de Baidy qui va créer des problèmes au sein de notre parti.
Vous dites que tant qu'il est en harmonie avec le parti, il n'y a pas de problème. Et le jour où vous le verrez dans les meetings du RPG ?
Écoutez ! Il est interdit à tout administrateur dans les conditions normales d'aller à un meeting politique. Un ministre de la République est politique. Il peut participer à des actions politiques tant que cela ne joue pas à sa fonction. Mais un administrateur comme celui de la banque centrale ou un directeur des impôts ou un directeur du budget ne doit en aucun cas participer à un meeting politique. Même si tu appartiens à un parti politique, tu peux participer à des réunions du parti et participer à la réflexion au sein du parti mais tu ne dois en aucun cas t'afficher parce que tu gères une structure et surtout que c'est une structure financière. Je crois qu'on n'en arrivera pas là et ce n'est que des suppositions. Attendons de voir que ça se réalise. Mais il reste vrai que Baidy est UFR jusqu'à preuve du contraire.
Maintenant qu'à partir du moment, vous avez accepté qu'il soit nommé vice-gouverneur, à partir de là, vous le dites au revoir parce qu'il ne vient pas participer à vos meetings ?
Ce que vous devez savoir, sachez que Kaloum reste et demeure UFR. Cela a été avant l'arrivée de Baidy, elle reste encore UFR vous comprenez ? La position de Baidy fait qu'il est administrateur à la banque centrale. Je dis ce qui est et ce qui doit être. Je ne dis pas que la loi ne peut pas statuer sur la question mais normalement quand on est administrateur, on se réserve d'être dans les milieux politiques et surtout en matière de meeting. Mais les assemblées, vous pouvez y être. L'assemblée interne du parti vous permet de parler de la minière dont vous voyez les choses. Les réunions du bureau exécutif, vous devez y être parce que vous êtes membre, mais ça s'arrête là.
Qu'en est-il de son suppléant à l'assemblée nationale ?
Ça pose beaucoup de problèmes. Il est clair que son suppléant avait quitté le parti donc ça pose assez des problèmes. En matière juridique, je laisse les juristes statuer dessus mais il n'est pas question selon les dires du président même du parti, qu'un militant d'un autre parti occupe le poste du député de l'UFR. Donc, cela dit que nous utilisons les voies et moyens que nous avons pour trouver la solution. Est-ce qu'il faut laisser un vide par rapport à la suppléance ? Ou bien est-ce qu'il faut qu'un autre arrive ? Ce sont plusieurs questions qui se posent parce que le RPG a aussi un problème de ce genre qui diffère seulement par le fait c'est la loi naturelle tel que le député et son suppléant sont morts à Guéckédou. Aujourd'hui, il y a un vide par rapport à cela. Je crois que le législateur doit réfléchir sur ces questions-là. Je crois que le dernier code électoral, on a pensé plutôt à la migration politique pas suffisamment pour le cas des députés. Il est dit que le député est libre, une fois qu'il est élu, il est député de la nation. Donc son choix est individuel, ses propos sont des propos individuels.
Pour la mise en œuvre du Plan National de Développement Économique et Social (PNDES), le gouvernement est allé à la recherche de financement et il a obtenu des engagements à hauteur de 2 1milliards de $. Votre appréciation ?
C'est toujours une bonne chose les engagements de financement des projets dans notre pays surtout que nous avons un programme ambitieux qui est le programme national de développement économique social et social. Ce programme pour le réaliser, il nous faut des moyens et si le gouvernement a réussi à discuter avec le groupe consultatif pour avoir un engagement pour les 21 milliards USD et delà, je dis que c'est une bonne chose mais il est question chez nous en tant que guinéens qu'on réfléchisse comment absorber ce fonds d'autant plus que nous venons d'avoir une proposition d'engagement de 20 milliards avec la Chine. On nous demande de payer la contrepartie guinéenne. Je crois que c'est dans l'ordre de 600 millions de $ qu'il faut trouver pour décaisser les premiers 3 milliards. Si on a encore 21 milliards, nous pouvons applaudir mais nous allons dire qu'il faut qu'on s'y mette. Il faut que les cadres travaillent là-dessus pour monter des projets pour nous permettre d'absorber ce montant. Et la Guinée souffre de cela sérieusement. On annonce mais (…). Il y a eu de l'argent retourné ici à un moment donné de l'Union Européenne, qu'on a redistribué et redonner à d'autre pays. Je crois qu'il est temps de réfléchir et utiliser les compétences qu'il faut pour absorber ne serait-ce que 70% de ces fonds.
Maintenant par rapport aux bastonnades des journalistes et la fermeture de certains médias, qu'en dites-vous ?
Je me dis que ce ne sont pas les humeurs qui gèrent le pays. On doit se départir des humeurs parce que c'est un problème sérieux que nous avons. Les gens n'arrivent pas à faire la part des choses. C'est-à-dire que entre leurs sentiments personnels et la gestion de la chose publique. En réalité, c'est le problème fondamental dans notre pays. On confond tout. Mon sentiment prime sur la gestion et c'est très dangereux par rapport à ça. Il faut faire un décalage. C'est à partir de là qu'on dit qu'on est homme d'État ou on est homme public. C'est quand vous arrivez à dissocier ces deux facteurs en utilisant la compétence même si on ne l'aime pas là où ça doit être utilisée et bien sûr ça t'empêche pas d'aimer. Quelqu'un ait donné de l'argent de temps en temps mais utilisant les compétences là où les compétences doivent être prouvées parce que c'est à partir de ces compétences que toi, on va dire que tu as réussi ton projet. Donc, ça se passe partout pas seulement au niveau de la presse. Un coup de tête amène les gens à agir de la sorte et c'est très dangereux pour un État parce que ce sont leurs sentiments qu'ils ont mis devant.
En ce qui concerne ces agissements contre des journalistes, dans un État normal quand on les menace, la justice doit s'auto-saisir par rapport à cette question. En ce qui concerne, les écarts de langage, selon l'autorité, concernant un journaliste d'Espace, je ne pense pas que c'était arrivé là. Ils ont voulu tout simplement amplifier et en faire un problème. Et au finish, c'était un problème qui finira encore par être géré difficilement parce que si les journalistes se mettent ensemble pour ce même combat, ça ternit l'image du pays. Et ça nous fait perdre du temps dans des négociations qui n'en valaient pas la peine. Malheureusement, c'est ce qui encore retarde le pays.
Particulièrement, que dites-vous de Tibou Kamara qui a été journaliste mais qui a été nommé ministre conseiller spécial du Chef de l'État qui a promis à la presse de rétablir le pont entre le président et elle. Comment comprenez-vous son silence jusqu'à présent il n'a rien fait ? Ce sont des arrestations, des menaces, des intimidations. Est-ce que vous pouvez l'interpeller pour ça ?
Je ne me hasarderai même à l'interpeller pour ça. C'est bien fait pour vous. Vous fabriquez des gens après vous voulez que les mêmes personnes fassent ce qu'ils veulent. Ils font ce qu'ils font, vous les avez fabriqués. Victor Hugo dit que « c'est la jument que tu engraisses qui te tues ». Donc je n'ai rien à dire et c'est bien fait pour vous.
Qu'est-ce qui explique le silence de l'UFR par rapport à cette tentative de musellement de la presse ? Est-ce que c'est parce que vous appartenez à cette gouvernance ?
Écoutez ! Nous condamnons mais malheureusement peut-être que nous n'avons pas voulu faire une récupération politique, parce que c'est la société civile. Quand la politique se mêle ces actions de la société civile, de la presse, je dis bien, croyez-moi, il y a une dose de récupération qui est dans leur démarche.
Comment vous qualifiez la sortie de l'UFDG par rapport au harcèlement que la presse a été victime ?
Je ne qualifie pas, c'est un état de fait. Quand la politique se mêle d'une action sociale et toute suite, c'est soit, on veut avoir les gens de son côté pour des actions ou bien les coopter, de toutes les façons ça se passe comme ça. C'est la loi de la nature. Quand les syndicalistes ont engagé la grève de 2006-2007, Dieu seul sait, ce sont les politiques qui étaient derrière mais malheureusement les syndicalistes avaient affirmé à l'époque qu'ils ne veulent pas voir les politiciens. Parce qu'ils ont estimé qu'il y a une récupération politique derrière. En ce qui me concerne, je dis bien que museler la presse n'est pas une bonne chose et ça ternit l'image du pays. Ça, il faut qu'on le retienne une fois pour toute. Si vous avez des solutions à donner, les affirmations de ce journaliste, ce sont eux qui l'ont amplifié sinon c'était sorti à la radio, ce n'est même pas beaucoup de personnes qui ont écouté. Mais finalement, ils en ont fait un problème national voire internationalement.
Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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