Amadou Sadjo Diallo Jeudi, 30 Novembre 2017 18:12
La grève des enseignants, déclenchée le lundi 13 Novembre par certains membres du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), se poursuit. Deux morts ainsi que plusieurs blessés ont été enregistrés, suite aux violences qui entourent ce mouvement de grève. Face à cette impasse, notre reporter a tendu son micro à quelques acteurs sociopolitiques pour leurs impressions. Tous, appellent les syndicalistes et les autorités de l'éducation à se mettre autour d'une table de négociation, en vue de désamorcer la crise qui n'a que trop duré.
Ousmane Gaoual Diallo de l'UFDG : « le ministre de l'Enseignement pré-universitaire n'a plus sa place dans ce gouvernement »
« La grève est un droit reconnu par toutes les constitutions y compris la constitution guinéenne. Donc, aujourd'hui voir des fonctionnaires, des enseignants user de ce droit pour se faire entendre des autorités, c'est quelque chose de tout à fait normal qui aurait dû permettre de renouer le dialogue. Parce que le dialogue politique et social sont inscrits dans la constitution guinéenne. Malheureusement, dès le début de cette grève maintenant qui dure depuis plus de 2 semaines, on a vu un gouvernement aux abois, complètement paniqué en train d'indexer les gens, d'imaginer des complots.
On a entendu à l'assemblée générale du RPG/AEC, la semaine dernière où on accusait des mains noires qui attiseraient les choses. On a essayé de présenter les syndicalistes comme des minoritaires, les gens excluent de leur mouvement. Mais toutes ces choses n'ont pas pu permettre à l'opinion de comprendre.
On a vu la grève monter crescendo. En tous les cas, aujourd'hui ceux qu'on a montrés comme des gens excluent, montrent à la face du monde, c'est avec eux qu'il faut compter demain, que c'est eux les véritables piliers, ceux qui sont écoutés par les membres de ces syndicats, et ça c'est un désaveu cinglant pour le ministre de l'Enseignement pré-universitaire, et pour le gouvernement dans son entièreté, et le chef de l'Etat en particulier.
Donc, la grève est suivie. Elle prend de la dimension. Elle est sortie de Conakry pour embraser les villes de l'intérieur du pays. On a vu des élèves sortir à Kankan, à Gaoual, à Koundara un peu partout pour se solidariser des enseignants et exiger la reprise des cours. C'est quelque chose de nouveau.
Je pense que le Gouvernement devrait être avisé, prendre des dispositions urgentes, réunir autour de la table avec des dispositions concrètes qui permettent d'arrêter la grève. Parce que non seulement, cela n'est pas favorable, pas facile, cela ne permet pas la poursuite de l'année pédagogique normalement et de permettre donc l'acquisition des connaissances générales exiger pour chaque niveau de classe, parce que le temps fera défaut. Parce qu'au final, c'est par le dialogue, par des propositions et contre-propositions qu'on sortira de cette situation qui n'a que trop duré. Et qui pénalise maintenant l'activité économique. Quand on voit le grand marché de Madina à l'arrêt 2 jours, c'est énormément d'argent perdu pour le trésor public.
Pour un pays qui est déjà à genoux, lorsqu'une administration ne travaille pas, c'est le monde économique qui est à l'arrêt. Je pense que le gouvernement doit prendre des dispositions urgentes pour mettre fin à cette situation et permettre un déroulement de l'activité économique et de l'année scolaire normalement.
Mais malheureusement, c'est un ministre démagogue hier (mardi 21 novembre 2017, ndlr) qu'on a vu, qui n'a même pas pris des pincettes pour divulguer à la face du monde, à la Télévision des images, une situation d'une jeune fille qui aurait été abusée par un enseignant à la suite de cette grève aussi.
La grève est en train de prendre des dimensions extrêmement inquiétantes, parce qu'une personne a été tuée par les forces de sécurité, plusieurs autres ont été blessées, une jeune fille victime de viol. Tout ça montre que la grève a pris une tournure considérable et le ministre de l'Enseignement pré-universitaire n'a plus sa place dans ce gouvernement, n'a plus sa place dans les institutions de la république, et Alpha Condé doit tirer les conséquences et ramener le dialogue, ramener les syndicats a de meilleur sentiment ».
Gabriel Haba du CNOSCG : « aujourd'hui toutes les activités sont paralysées par ce que tout simplement les enseignants sont en grève »
« Cette grève nous a totalement mis dans un état de mécontentement. C'est regrettable qu'une grève de ce genre puisse durer jusqu'à mettre les élèves dans une situation de révolte, et hier (mardi 21 novembre 2017, ndlr), on a appris qu'un élève est tombé sur le champ et aussi il y a eu des blessés.
Au-delà de ça, à la RTG nous avons appris qu'une fille a été violée par un enseignant. Alors ce sont des situations que l'Etat guinéen ne devrait pas accepter sur son sol, surtout qu'il s'agit des élèves.
A chaque fois nous disons que l'élève guinéen n'étudie pas. Maintenant que nous sommes dans une situation où les élèves réclament des cours, ce n'est que des violences, ce n'est que des cas de viol que nous apprenons alors, c'est vraiment une situation regrettable. Mais de l'autre côté on a l'impression que le syndicat des enseignants n'a pas une union au sein même de leur organisation. On a l'impression qu'il y a une division totale. Cela voudrait dire que nous sommes dans une situation de jungle. L'Etat doit prendre ses dispositions pour qu'on n'assiste jamais à des situations de ce genre. Et on a déploré vraiment ces comportements qui désolent tous les élèves guinéens mais aussi toute la population guinéenne.
Nous sommes à un moment très sensible où nous devons prendre nos dispositions pour renforcer notre système éducatif. Ce ne sont pas des situations de ce genre auxquelles on devrait assister.
Par rapport à ces cas de blessures et cas de morts, il faut que les autorités compétentes, la justice prennent, tout le temps nécessaire et qu'on mène une enquête pour situer les responsabilités. Sinon c'est une chose qu'il ne faut pas dans un Etat qui se veut un Etat de droit, respectueux des droits, des textes nationaux et internationaux. C'est une faiblesse du gouvernement, parce qu'on ne peut pas laisser les gens s'entretuer, caillasser des édifices, sans tendre la main pour une négociation.
Si les gens se sentent lésés dans leurs droits, il faut les faire appel et négocier. C'est le dialogue avant tout qui règle les situations dans les Etats africains. Nous sommes dans un Etat où d'ailleurs, le dialogue prime sur les lois, malgré que nous le déplorions parfois.
Aujourd'hui toutes les activités sont paralysées parce que tout simplement les enseignants sont en grève ».
Sidiki Touré du RPG/AEC : « le Pr. Alpha Condé a été très large avec le corps enseignant »
« C'est dommage pour le pays. Parce que quand la violence prend la place du dialogue, la communication est très difficile. Quel que soit le problème, quand il n'y a pas la communication, tant que les gens ne s'écoutent pas, tant que les gens ne s'asseyent pas autour d'une table pour négocier, pour s'expliquer sur des questions qui bloquent telle ou telle problématique posée, il ne peut pas y avoir des solutions. Ce n'est pas la rue qui va arranger les problèmes d'une structure. Quand nous prenons l'histoire de l'enseignement guinéen, le Pr. Alpha Condé a été très large avec le corps enseignant, étant lui-même enseignant. Le salaire des enseignants il faut connaître a été doublé en moins de 5 ans.
Donc, c'est pour dire que ce n'est pas la volonté du gouvernement, encore moins le président de la République. Donc, à notre avis il serait souhaitable que les enseignants se ressaisissent, ils essayent d'échanger avec les autorités de l'éducation pour voir quels sont les problèmes, quelles sont les situations qui bloquent le dénouement de cette affaire. Mais, la solution n'est pas la rue parce quand les enseignants refusent d'aller en classe, les élèves ne vont plus chercher à comprendre. Et ce qui est dommage ce ne sont plus les élèves qui sont dans la rue.
Les bandits se sont associés au mouvement pour profiter faire du mal aux citoyens, ce qui est très dommage. Il y a eu des accords qui ont été conclus autour de la situation des enseignants et ces accords le président de la République a donné son accord personnel de les respecter, c'est ce qui est en train d'être fait. Vous savez tout engagement qui a une base financière dans le contexte administratif est difficile à appliquer avec un coup de baguette.
Il faut privilégier le dialogue, la communication. Il faut qu'il y ait une large communication entre les syndicalistes et aussi les autorités de l'éducation ».
Propos recueillis par Amadou Sadjo Diallo
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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