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« C'est Dalein qui est plus proche du pouvoir en 2020 »

Amadou Sadjo Diallo  Jeudi, 30 Novembre 2017 18:05

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mohamed lamine kabaDans cet entretien accordé à notre reporter, Mohamed Lamine Kaba, le président du parti FIDEL se dit foncièrement opposé à un 3ème mandat. Il dénonce dans la même foulée, la composition du cabinet du chef de file de l'opposition. Pour lui, ce sont des anciens alliés d'Alpha Condé qui ont été choisis, au détriment des compagnons de lutte politique de Cellou Dalein Diallo.


L'Indépendant : la sortie du président de la République sur un éventuel 3ème mandat a relancé la polémique dans la cité. Quel est votre point de vue M. Kaba, en tant que leader de parti ?

Mohamed Lamine Kaba : la velléité du président de la République à se représenter pour un 3ème mandat n'a jamais été cachée. Depuis très longtemps, c'est le même discours qu'il a ténue. Mais ce qui reste clair, il a lancé un défi au peuple de Guinée. Quand il dit que le peuple répondra, c'était le même discours que j'ai entendu en 2009 sous le CNDD, où nous avions la même rengaine. Dadis disait si le peuple veut je suis candidat. Je ne vois pas de différence entre le discours du président de la République et le président Dadis. Mais le peuple avait répondu au capitaine Dadis. Donc, c'est à nous de s'organiser comme un seul homme, en vue de dresser une véritable barrière contre cette velléité du président Alpha. En ce qui concerne le parti FIDEL, nous sommes engagés dans cette logique. Bien sûr qu'on dit aujourd'hui, l'opposition est divisée, mais je crois que ce qui va unifier l'opposition, faire en sorte que l'opposition soit plus compacte, c'est bien cette velléité du président Alpha. Le jour qu'il exprimera de façon claire, cette volonté de 3ème mandat, l'opposition sera plus compacte, qu'elle n'a jamais été, auparavant. Nous l'attendons au tournant. L'Afrique de l'ouest est en maturité très loin sur l'Afrique Centrale, qui est la référence d'Alpha, Mugabé et tous ceux qui s'ensuivent. En Afrique de l'ouest depuis 2010, aucun chef d'Etat n'a puis faire la même chose. Wade a tenté, il n'a pas pu. Au Burkina, Compaoré a tenté, il est exilé pour toujours. En un mot, ça ne peut pas marcher. S'il tente, lui et ses souteneurs seront vilipendés…


Mais au temps de Dadis, l'opposition était plus unie, il y avait les forces vives de la nation. Aujourd'hui avec cette division, l'opposition pourra-t-il faire barrage à un tel projet ?

L'opposition sera à la hauteur. Elle se lèvera comme un seul homme pour barrer la route à cette velléité du président Alpha.


Le chef de file de l'opposition a entamé la composition de son cabinet. Quel est votre point de vue M. le président ?

Le président Dalein a pris les anciens collaborateurs du président Alpha au détriment de ceux qui ont été caillassés, vilipendés, malmenés avec lui pendant des années. Je veux parler de Mouctar Diallo, d'Aboubacar Sylla, de Faya Millimono, etc. C'est comme si on a de la valeur que lorsqu'on travaille avec le président Alpha. Même si Alpha démissionne aujourd'hui et rejoint l'UFDG, il sera innocenté. Qu'est-ce qu'on défend alors, on défend les valeurs républicaines ou les intérêts personnels. Pour moi, Dalein n'a besoin que de ceux qui sont prêts à chanter ses louanges. Le culte de la personnalité, c'est ce que nous combattons. Mais, il a son choix, nous avons notre appréciation. D'abord selon la loi en son article 6, on est de l'opposition lorsqu'un parti politique adresse au ministère de l'Administration du territoire pour signifier son appartenance à l'opposition. A part l'UFDG, les autres partis qui sont dans ce cabinet n'ont pas fait cette démarche, à mon avis.

Donc du coup pour mettre en place ce cabinet, le président Dalein devrait s'adresser au ministère de l'Administration pour lui donner le répertoire des partis politiques qui se sont déclaré de l'opposition. Et après avoir reçu cette liste, il fait appelle à une rencontre avec tous ceux qui ont fait cette déclaration pour définir le fonctionnement du cabinet. Mais c'est regrettable, il a pris les anciens collaborateurs d'Alpha Condé. Papa Koly actuel ministre d'Alpha Condé n'a ni démissionné, et n'a été ni demis de ses fonctions. M. Makanera, ce dernier a été démis de ses fonctions, c'est en ce moment qu'on a vu en lui un discours républicain. Mamadou Sylla, M. Telliano aussi.

La procédure de financement n'a pas été respectée aussi. Toutes les dépenses de l'Etat sont mentionnées dans la loi de finance. La seule dépense qui n'y figure pas, c'est celle du budget du chef de file de l'opposition. Donc ça veut dire que c'est une transaction d'homme à d'homme. Ce n'est pas une transaction entre l'Etat et une institution. Ce qui fait qu'à nos yeux, c'est un acte de corruption. Le corrupteur, c'est Alpha, le corrompu c'est Dalein.

Nous le regrettons, puisque le président Dalein, il n'y a pas quelqu'un qui soit proche du pouvoir en 2020, plus que lui. Donc il doit être exemplaire. Il ne faut plus fermer les yeux sur l'intérêt de votre frère ou de votre allié, même s'il est en erreur.

C'est ce qui nous est arrivés. Le président Alpha, quand il était dans l'opposition, il commettait beaucoup d'erreur, et on fermait les yeux la dessus, et quand il est arrivé au pouvoir, il a continué à faire les mêmes erreurs.

Par exemple le président Alpha n'a jamais organisé de congrès au sein de son parti. Habitué à cela, il a peur d'organiser les communales. Le RPG est membre de l'Internationale socialiste, c'est le président Alpha qui voyageait dans toutes les réunions, aucun cadre ne voyageait. Ce qui fait qu'aujourd'hui, aucun ministre ni Premier ministre ne voyage. C'est lui seul qui voyage, parce qu'il est habitué à ces pratiques, nous l'avons toléré. Nous le regrettons.


Parlez-nous de cette alliance en gestation dont vous êtes l'un des initiateurs ?

Nous sommes en train de mettre une véritable alliance gagnante en place. L'alliance qui voudrait fédérer toutes les forces politiques en vue de conquérir le pouvoir. Nous sommes tous conscients que nous avons 2 blocs aujourd'hui qui sont trop suffisants, pour ne pas dire arrogants. A regarder aujourd'hui la mouvance présidentielle qui est en train de sommer tous ses alliés à soutenir exclusivement les militants ou les candidats du RPG/AEC, ils n'ont pas présenté d'autres candidats, et aucun de ces partis encore n'a un accord avec le parti au pouvoir. Ils se disent tous souteneurs des actions du président de la République. C'est comme s'ils se transformaient en mouvement de soutien, et ils sont menacés à ne pas présenter des candidats.

C'est extrêmement révoltant. Mais ceux-là, sont là parce qu'on leur distribue des sacs de riz à la fin du mois. Un parti politique ne doit pas se comporter de la sorte. De l'autre côté, l'UFDG dit qu'il ne veut plus remorquer d'autres partis politiques, j'appelle ça de la suffisance, pour ne pas dire de l'arrogance. Donc, nous qui sommes minimisés, nous avons besoin de fédérer nos petites forces en vue de créer une grande force, et qui peut être une force protectrice, parce que ces deux blocs représentent une vraie menace aujourd'hui.


Quand ils ne sont pas contents, le pays est paralysé, c'est pourquoi, il faut une autre force salvatrice, libératrice, et c'est ce que nous sommes en train de mettre en place. Quels sont les partis qui composent cette alliance ?

Aujourd'hui, vous avez au moins 10 leaders de partis politiques. Certains qui sont même représentés à l'Assemblée. Vous avez le PADES de Dr Ousmane Kaba, l'UFR de Sidya Touré, le PGRP de Alpha Ibrahima Syla Bah, le PEDN de Lansana Kouyaté. Pour le moment l'alliance n'est pas effective, mais ceux qui ont accepté de travailler ensemble. Vous avez l'UFC d'Aboubacar Sylla qui se fait représenter pour le moment dans nos réunions.

Les NFD de Mouctar Diallo également. Donc l'alliance n'est pas créée d'abord, mais tous ceux qui participent ont exprimé leur souhait d'être ensemble, et c'est ce qui est important. Le cadre de travail, c'est ce que nous sommes en train d'élaborer en vue d'en faire une charge qui va nous lier, et nous avons pour ambition de présenter des listes communes pendant les élections locales et législatives si le temps nous le permet.


Récemment, Aboubacar Sylla a interpellé l'opposition, à changer de stratégie, si elle veut gagner les élections à venir. Quel est votre point de vue sur cette sortie polémique ?

Je crois qu'il a raison. On ne peut pas continuer à commettre les mêmes erreurs, en espérant avoir des résultats différents. Donc la logique voudrait qu'on améliore notre façon de faire, et ça ne peut se faire que dans un esprit collégial, pas avec l'exclusion. Je pense que toute l'opposition devrait se donner la main, en vue de définir le cadre même de notre collaboration. Parce que l'opposition républicaine n'a pas d'objectif, il faut le reconnaître. Tout ce qui lie l'opposition républicaine, c'est comment unifier leur force, organiser les jeunes en vue d'emmerder le président Alpha et sa gouvernance. Mais quelle est la stratégie à mettre en place pour conquérir le pouvoir, après Alpha, il n'y en a pas. L'opposition doit améliorer sa façon de faire, sinon sincèrement ce que le président de l'UFC Aboubacar Sylla a dit, exactement c'est ce qui va se passer, et nous serons tous perdants. Lorsqu'on sait que le président Alpha a une obsession démesurée pour un 3ème mandat, au même moment le chef de file de l'opposition ne se bat pas pour unifier toute l'opposition, en vue de barrer la route à Alpha. Je crois qu'il y a de quoi craindre, et c'est pourquoi nous sommes en train de créer une force qui va fédérer tous les Guinéens. Nous préparons la succession du président Alpha en 2020.


Quelle lecture faites-vous de la grève des enseignants qui sévit dans le pays, depuis maintenant une dizaine de jours ?

Je félicite d'abord M. Aboubacar Soumah qui est à la tête de ce mouvement, qui a résisté à plusieurs tentations, qui est en train de défendre sincèrement les syndiqués. Il faut reconnaître que toutes ces revendications ne sont pas récentes. Une promesse a été faite qu'à ce mois-là, ces revendications seraient réalisées. Nous sommes maintenant au mois de novembre, rien n'a été fait, alors c'est eux qui ont réveillé la conscience des gouvernants pour répondre promptement à cette préoccupation syndicale, obligé le gouvernement à réaliser toutes ces promesses. Je crois que c'est ce qui est salutaire, contrairement à d'autres syndicats qui étaient avec M. Soumah qui ont accepté des nominations, bénéficié des décrets du président, çà et là. Aujourd'hui M. Aboubacar Soumah mérite une médaille en or. Donc nous le soutenons vigoureusement.


Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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