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« Il faut maintenir la pression, sur tous les prédateurs de la liberté de la presse »
Richard Tamone Jeudi, 23 Novembre 2017 14:14
Invité de la radio Espace FM, Boubacar Yacine Diallo, le vice-président de l'Institution nationale indépendante des droits de l'Homme (INIDH) est intervenu sur les questions de la liberté de la presse en République de Guinée.
Sans surprise, Boubacar Yacine Diallo a déploré le recul de plus en plus notoire de la liberté de la presse bien que, dit-il, le pays soit dirigé par un civil. « Je suis triste comme la plupart de nos confrères…, déçu en même temps. Triste parce que la libéralisation de la presse a été obtenue grâce au décret du 20 Août 2005, signé du général Lansana Conté», se désole le fondateur de la radio Horizon FM.
Autre chose, la subvention de 3 milliards de GNF nous a été accordée par un militaire, le capitaine Dadis Camara, rappelle-t-il. Boubacar Yacine se dit triste pour le fait que ce soit sous un régime civil que la liberté de la presse commence à faire les frais de sa liberté. Il espère bien « que ce train machiavélique va s'arrêter ».
A propos de l'inculpation de Moussa Moïse Sylla du groupe Hadafo média, M. Diallo est revenu sur les contours de la loi qui protège ou condamne un homme de média dans le cadre l'exercice de son métier : la loi L002 évoque les sujets que le code pénal évoque.
A l'en croire, cette loi spécifique se soustrait de la loi générale. Un peu plus loin, il a déclaré que le code pénal, en ses articles 538 à 540, fait mention des infractions liées à la défense. « Mais, précise-t-il, je voudrais dire que l'article 538 exige pour que ces écrits soient passés, il faudrait qu'ils portent la mention mesure de protection, pour restreindre leurs diffusions. Si la mention mesure de protection ne figure pas sur ce document, il n'est pas classé. Ça c'est l'article 538 qui le dit et jusqu'à l'article 540.
« On parle de crime commis lorsqu'on veut détourner l'armée de sa mission régalienne», précise-t-il. Sur la même lancée, il ajoute que dans la section I de la loi L002, à ce niveau, il y a la mention de la provocation et de l'apologie.
Avant d'ajouter, que « l'article 104 est clair. Il dit expressément tout ceux qui par l'un des moyens énoncés par l'article 98, incite les militaires et para militaires à se détourner de leur devoir républicain et à désobéir aux lois et règlements s'exposent aux peines prévues à l'article précédent. L'article précédent, c'est le 103 qui fixe l'amande entre 10 millions et 20 millions de GNF et la fermeture du médium ».
Il poursuit en déclarant que dans ce cas de figure aussi, c'est lorsque le juge faisait établir le délit commis. « Donc, on ne peut dire que la loi 002 n'aborde pas cette question. L'article 104 le règle. Et d'ailleurs, je pense que le procureur s'est inscrit dans cette logique…. Sinon il aurait gardé le journaliste en prison. Le procureur s'est inscrit dans la logique de la loi L 002 en faisant une citation directe. Je pense que les avocats de Moussa Moïse devraient insister que sur l'article 104. Tout le reste n'est que de détails », a-t-il dit.
Il a par ailleurs regretté le recul de la liberté de la presse en Guinée. «Il faut avoir le courage de le reconnaître», maintient-il. «Maintenant, je pense que, à quelque chose malheur est bon. Parce que depuis 30 ans que je suis dans les médias en Guinée, je n'ai jamais vu une telle mobilisation de la presse, lorsque des journalistes ont été inquiétés. Et j'ai constaté que toutes les associations ont décidée dorénavant de parler que d'une voix», se réjouit M. Diallo. Il ajoute en précisant que l'objectif ce n'est pas de décrédibiliser le régime, c'est attiré l'attention des pouvoirs publics sur le mal qui nous ronge et dont les auteurs se cachent dans les rouages de l'administration.
Il a, au passage évoqué aussi le cas de l'interpellation du Coordinateur général du groupe Gangan, Aboubacar Camara. Pour lui, cette interpellation était totalement illégale. « Je pense qu'il faut maintenir la pression pas sur le pouvoir mais sur tous les prédateurs de la liberté de la presse où qu'ils se trouvent, ils vont maintenant jeter le masque. Parce que le temps est venu de jeter le masque. Si tout le monde était caché derrière des administrations comme l'ARPT (Autorité de régulation des postes et télécommunication) ou parfois les impôts, parfois d'autres régies financières, aujourd'hui, le masque est tombé. Le procureur a le courage de faire interpeler les journalistes. Mais nous devons aussi avoir le courage de porter plainte contre tous les dépositaires de l'autorité qui violentent ou qui violent nos droits», conseille le vice -président de l'INIDH. Enfin, dira-t-il, «tout acte illégal, unilatéralement pris par une autorité, nous devons être à mesure de l'attaquer devant la cour suprême ou devant les tribunaux selon les cas dans le respect des lois et des droits ».
Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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