Imprimer

« Quand il n'y aura plus de discrimination, la loi aura un sens »

Alpha Amadou Diallo  Dimanche, 19 Novembre 2017 14:21

Facebook

 

CAMARA_Amadou_Damaro_2_01Le président du groupe parlementaire du RPG, Amadou Damaro Camara a, dans un entretien accordé récemment à un parterre de journalistes, donné sa part de vérité sur les évènements de Kérouané, Beyla, et Boké. Pour le cas spécifique de Beyla, il estime que les responsables pourraient être les frustrés des élections passées qui auraient manipulé des enfants de 15 à 16 ans. Il est aussi revenu sur les propos polémiques de Malick Sankhon.


L'Indépendant : comment expliquez-vous les évènements de Kérouané parce que beaucoup parlent de manipulation ?

Amadou Damaro Camara : j'avoue que je suis rentré des États-Unis après plus d'un mois de séjour. Dès l'aéroport avant que je n'arrive à la maison, j'ai entendu des bruits concernant des manifestations à Kérouané. Nous avons géré tant bien que mal cette situation. Et finalement les organisateurs de la manifestation, nous ont promis fermement qu'ils allaient marcher pour aller remettre un mémorandum au préfet à l'intention du gouvernement qui, dans son sens, est tout à fait justifier.

Kérouané est sur l'axe de la route nationale n°1. Depuis l'indépendance, on a fait le goudron de Conakry jusqu'à Mamou, de Mamou, on est parti à Labé. De Mamou, on est parti à Faranah. Faranah, Kissidougou. Kissidougou-Guékédou. N'zérékoré. Et on a fait jusqu'à Kouroussa-Kankan. Kankan, on est parti à Siguiri, on a entamé Kankan Mandiana. Et la route nationale n°1 qui est donc Kankan-Kérouané, Beyla est resté, qui n'a jamais connu de goudron. Donc c'est une route en banco qui n'a pas connu aussi de reprofilage ces dernières années. Et chaque hivernage, la population de Kérouané souffre pratiquement d'isolement. Entre Beyla et Kérouané, c'est coupé. Entre Kérouané-Macenta c'est coupé et entre Kankan-Kérouané très difficile à circuler. C'était des revendications très citoyennes de ces gens.

Après la manifestation, qui était tout à fait pacifique, tout le monde s'est éparpillé et chacun a commencé à vaguer à ses activités. Nous avons désigné, un certain nombre de cadres d'aller mieux appréhender les problèmes. On est arrivé à Kankan. Nous, nous sommes entretenus avec le préfet qui y était venu avec le mémorandum et le gouverneur.

Entre temps, Damaro a perdu son « Sotti Kémo ». Donc on est convenu de laisser le jour suivant qui est le jour du marché hebdomadaire. Nous avons demandé à ce qu'on laisse les populations faire ce marché pour s'approvisionner et que le jeudi 27 Octobre 2017 qu'on allait avoir un meeting pour écouter la population et nous approprier des revendications et revenir les montrer à qui de droit.

Ils ont envoyé un communiqué pour inviter tout le monde à la maison de jeunes, le jeudi. Alors, nous, on a précédé le gouverneur et le préfet. On est convenu de se rencontrer à Kérouané le jeudi. Nous sommes allés à Damaro. On a passé la nuit à Damaro, le jeudi matin, nous sommes revenus. Le gouverneur aussi a quitté Kankan pour rejoindre Kérouané mais déjà à 3 heures du matin pour une raison ou pour une autre, certaines personnes, les frustrés des élections passées n'ont pas été candidats et retenus peut être. C'est dommage de le dire mais ils ont pris des comprimés, de l'alcool et du vin qu'ils ont donné à des enfants de 15 à 16 ans.

Pendant toutes les nuits, ils ont fait du bruit, moi je n'étais même pas en ville en ce moment. Je suis resté chez moi quand quelqu'un est venu me dire. Attention ! Leur base était devant l'hôtel de « djénéssa », l'honorable Djénéssa. Il dit écoute, ils sont en train de faire du bruit au portail de l'hôtel de « Djénéssa ».

Et Djénéssa est à l'intérieur de l'hôtel. Si tu ne vas leur parler, ils sont trop excités. S'ils rentrent dans la cour, ça peut dégénérer. Alors, je suis venu de bonne foi. Ils sautillaient, ils barraient la route. « y a pas de route, y a pas de route ». Je leur ai dit, je suis venu vous parler. Il y a un groupe qui a demandé à ce qu'ils se taisent pour m'écouter. D'autres qui étaient tellement agités, j'avoue qu'ils se mettaient de l'eau sur eux-mêmes, ils prenaient la terre, ils se badigeonnaient par la boue, peut-être pour se ressembler à des rebelles. Ça insultait, « Zéro délégation, zéro négociation » etc.

D'autres groupes de jeunes ont compris la menace, ont accouru, ont appelé d'autres. Ils sont venus faire un cordon au tour de moi. Ils m'ont demandé de quitter le lieu à Moto, j'ai dit non ! Si je dois mourir peut-être, c'est aujourd'hui mais je ne fuirai jamais Kérouané et je n'accélérerai même pas les pas.

Et de là-bas et chez moi, ça faisait un km. Donc, j'étais dans ce cordon, je luttais avec ces jeunes-là pour me protéger jusqu'à ce que j'arrive chez moi. Chez moi, c'est encore en construction. La cour n'est pas encore fermée. Quand ils sont arrivés, ils sont arrêtés là. Après, ils sont retournés. Comme chacun a sa réputation, il y a un des imams qui a dit Ah ! Si on fait ça à Amadou Damaro, tous ceux qui ont fait ça vont voir comme on voit le soleil. Ça un peu effrayé certains, ils ont accouru chez l'imam pour venir faire leur mea-culpa pas. Ils ont commencé à dire qui leur a donné de l'alcool, qui leur a écrit ce slogan, qui leur a dit de ne pas accepter à ce qu'il y ait meeting en se disant que si Damaro prend la parole, il va les convaincre Etc. Je ne vais pas citer des noms mais tout le monde me connaît là-bas. Je vois N'Fa sori Camara par exemple qui est le suppléant du député uninominal de Kérouané dont le fils tenait les pancartes : « délégation zéro, négociation zéro », etc.


Donc, il n'est pas de votre camp ?

Non ! Il est du RPG, il est de Kérouané, c'est un cousin à ma mère. Qui vient au bureau avec qui j'ai des relations. Son fils en question est toujours à la maison, au bureau. Mais pour une fois, son fils n'est pas venu me saluer, il n'est pas venu à la maison. Ça, c'est un problème qui va se régler après mais l'essentiel c'était ça. Nous avons passé le vendredi à parlementer comme ça. Le samedi matin, il y a eu finalement le meeting.

Le gouverneur a parlé, après le sottikémo, le gouverneur, après le gouverneur c'était moi. J'ai dû replacer les choses dans leur contexte en les rappelant l'histoire de Kérouané, en les rappelant que si quelqu'un aime Kérouané, il ne peut que m'accompagner. C'est mon grand-père, mon aïeul qui est le fondateur de cette ville qui a fait le sacrifice de cette ville. Donc tout ce qui peut aller dans le bonheur de cette ville, je suis le premier en leur disant que je venais pour la huitième fois à Kérouané en un an.

Je suis très conscient des problèmes de Kérouané. A la fin de mon intervention, les uns m'ont pris, m'ont amené en voiture. Et ils ont demandé à ce que le gouverneur quitte. Si le gouverneur part, il faut que l'on se retrouve. Après le gouverneur, nous nous sommes retrouvés de 15 à 18 heures, toujours vestibules l'ensemble des jeunes. Je leur ai expliqué, c'est quoi Kérouané. J'ai pris toutes les familles comment ils ont été installées. Je leur ai fait comprendre qu'être jeune ne fait pas un mérite et que le mérite c'est ce que l'on fait de sa jeunesse qui est plus important que la jeunesse en soi-même.

Ceux qui ont 20 ans maintenant dans 20 ans ils auront 40 ans. Ceux qui ont 40 ans dans 20 ans ils en auront 60. Et il n'est pas sûr qu'eux tous aient 65 ans, moi j'ai eu 65. Bref, on s'est compris. Ils ont officiellement présenté leurs excuses. Ils ont demandé aux imams de conjurer ce qu'on a fait à leur nom. Plutôt, il y a eu une lecture de coran. On a cotisé pour faire un sacrifice de 4 bœufs. Un a été donné au village, un au Karamoco, un aux jeunes, un aux étrangers etc. Finalement, tout c'est très, très bien passé.


Il y a eu une manifestation mais c'est à l'interne. Ce n'est pas l'opposition cette fois ci ?

Non ! L'opposition est très, très faible presque inexistante en général. L'opposition serait peut-être contente. L'opposition n'est pas l'alternative à Kérouané.


Maintenant que vous êtes conscient que le comité est mis en place. Est-ce que vous pensez que les actions demandées vont être exécutées ?

Ils ont commencé déjà. En fait, il y a eu un manque de communication. Le pont par exemple sur le Milo est un pont qui a fait partie du premier plan Triennal 60 – 63. Vous vous imaginez aucun de vous n'était né encore. On parle de ce pont. Mais à ces jours, le jour de leur manifestation, il y avait eu déjà appel d'offres, le dépouillement, l'attribution, et l'adjudication du marché à une entreprise chinoise. Le problème, c'est que c'est financé par la BID. Et la procédure veut qu'après passation que les dossiers soient envoyés aux bailleurs pour approbation de la procédure de passation. On était en attente de ça et le Génie militaire qui était sur la route Kankan-Kérouané qui était en panne de carburant. Je crois que du carburant a été débloqué pour qu'il continue. Une entreprise qui est entre Beyla et Kérouané qui est déjà à 40 km de ré-profilage sur les 115. Ils ont pris des motos pour suivre et ils nous ont dit qu'ils étaient satisfaits de ce qui était fait.


Avant qu'on ne passe, un mot par rapport à ce qui s'est passé à Kérouané, à Beyla, Kouroussa et Boké.

Je crois que nous-mêmes, on s'en est saisi au niveau de l'Assemblée Nationale. Il faut qu'on revoie le contenu local de nos conventions minières. On n'a que les 0,5% du chiffre d'affaires qui gonflait en GNF, 6 milliards, 15 milliards, 20 milliards. Quand on te dit 15 millards mais c'est 1,5 million d’€. Comparativement à ce que l'on exporte, c'est zéro. Le cas de Kérouané, quand il y a eu Valé, quand il y a eu Rio-Tinto malgré que l'exploitation n'a pas commencé mais il y avait 3 à 4 000 emplois. Il y avait de l'emploi. Avec la fermeture de ces entreprises, il y a un chômage presque à 100% de la jeunesse. Ça donne de velléité, quand on se réveille le matin, on a que le café à boire, à parler de Barça et de Réal Madrid. Finalement, ce n'est pas encourageant. C'est la vraie cause que de raison politique. De toutes les façons, l'opposition n'a pas de solution.


Concernant les accords politiques, comment ça évolue ?

J'avoue qu'il y a un peu longtemps que je n'ai pas participé au comité de suivi. Nos frères de l'opposition viennent toujours au tour de la table en pensant qu'on doit accepter toutes leurs revendications dans la forme qu'elle veut, dans le temps qu'elle veut, dans leur façon. Toute modification est considérée comme une mauvaise foi parfois même de manière utopique. Je vais vous donner un seul exemple.

Dans les accords, on dit qu'il faut indemniser des victimes. J'ai suggéré, on a dit 2013. J'ai dit à Cellou Dalein « tu vas avoir des problèmes avec cette partie-là. Tu dis que tu as 80 qui sont morts mais imagine toi même si c'est un million, c'est symbolique ça ne va pas retourner le décédé. Qu'on paye un million de GNF en reconnaissant les martyrs à leurs familles. L'Etat s'excuse, on envoie juste un million comme les 10 colas pour ceux de 2013". On dit à ceux de 2014, non vous vous n'êtes pas concernés. Vos enfants, vos frères ne sont pas morts à la bonne date. Est-ce que nous réglons quelque chose ? Nous ne réglons rien. Nous créons plus de problèmes que de ne pas du tout indemnisé. On a dit d'accord. Allons y de 2010 jusqu'en 2016. Le lendemain, c'est la réunion qui a suivi. C'est Aboubacar Sylla qui dit qu'on commence à modifier les termes de l'accord et que c'est fantaisiste. On risque encore de modifier d'autre. Je dis bon ! Je retire ma proposition. Aliou Condé dit non ! Lui, il l'a proposé, j'ai dit oui mais je ne le soutiens plus. Donc, il n'y aura pas de propositions. Voilà de genre de discussions intitules que nous avons. Quand on a un accord, ce n'est pas une science mathématique, restons dans l'esprit, mettons les textes dans leur contexte, l'esprit des accords est plus important que le texte des accords.

Quand on dit qu'on doit faire des élections en Février 2016, ça c'est le texte mais si nous sommes déjà en mars, le texte ne marche plus. C'est l'esprit d'organiser des élections communales qui doit désormais nous amener à sa réalisation. C'est ainsi qu'on n'a pas pu avoir jusqu'à l'heure où je vous parle, une liste définitive des gens à indemniser. Après, nous avons eu une liste qui nous parlait de 226 milliards et depuis 2007.

Si nous allons en 2007, il faut faire attention. Les Guinéens ont connu beaucoup de violences d'Etat. Moi, j'ai une maison qui est une infirmerie de Kadiatou SETH à Nongo. C'était ma maison. J'étais quelque part où j'ai pris l'argent de l'Etat. Je l'ai construit dans mes affaires. Mais quand on me l'a retiré, on l'a donné à Kadiatou Seth Conté. On a fait un dispensaire.

Pourquoi ? On indemniserait certaines catégories à un certain temps et d'autres catégories soient laissées pour compte ? C'est un sujet extrêmement sensible, pour les indemnisations matérielles. Moi-même j'ai demandé à ce qu'on mette ça dans un règlement global ; la réconciliation en Guinée. Qu'on aille depuis 58. Dès que nous avons eu l'accord, la première famille qui est venue, c'était la famille Kaba de Coronthie qui a été spolié de certains biens depuis 1971 dont le Papa a été arrêté qui réclame encore ses biens.

Elle dit : ah bon! Si on doit restituer, qu'on nous restitue nos biens. Donc, nous avons connu des avancées, tout le monde a reconnu des avancées. J'ai quand même assisté à ce comité de suivi par les ambassadeurs de France, des États Unis, d'Espagne, de Grande Bretagne. Tout le monde a reconnu des avancées. Ils ont voulu marcher, j'étais à Ouagadougou. Je crois que c'était en Juillet, avant qu'on ne se sépare je leur ai dit. Tout le monde reconnaît : Opposition, mouvance, des observateurs qu'il y a des avancées. Continuons à discuter mais si vous allez dans la rue, nous n'allons rien accepter sur la pression de la rue.

En ce moment, il était un peu en désaccord avec Aboubacar Sylla qui s'est dissocié de ces manifestations, qui a dit : « on ne peut pas être autour de la table et être dans la rue en même temps. Ils sont allés dans la rue ». Moi, d'Ouagadougou, on m'a appelé, le ministre Bouréma Condé a demandé à ce qu'il ait un comité et c'était la quatorzième. J'ai dit à mon équipe de ne pas aller. Finalement, j'ai reçu un coup de fil pour dire non laisse-les aller pour dire ce que tu reproches. Ils sont partis pour dire voilà, nous ne sommes pas d'accord si vos collègues sont dans la rue. C'est ça un peu la tactique de l'opposition. C'est une minorité à l'Assemblée. Elle ne peut pas faire passer une loi à l'Assemblée. Et c'est ça une minorité n'a jamais pu faire passer une loi à l'Assemblée.

Ils viennent dans la rue pour que ce soit dans les accords et que les accords fassent de ces points d'accords une loi. Et des accords qui doivent nier à l'Assemblée ou aux députés leurs droits de dire oui ou non ! Sinon, nous avons des règlements intérieurs promulgués. Nous avons le code électoral promulgué, nous avons la loi sur la CENI. Ils ont dit qu'on devait en parler en débats à l'Assemblée mais on ne peut pas nous imposer, il faut une loi sur la CENI dans le sens que nous voulons et pendant cette session.

Les accords ne peuvent pas supplanter l'Assemblée nationale qui est la deuxième Institution du pays. Donc qu'est-ce qui reste encore aujourd'hui qui n'a pas connu un début d'exécution ? Je n'en vois pas mais ça ce n'est pas pour l'opposition. La Guinée a 58 ans d'indépendance, c'est pendant ces 5 dernières années que la Guinée a eu toutes ses institutions démocratiques, sur les 9, il reste une.


Alpha Amadou Diallo

L'Indépendant, partenaire de Guineeactu


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook