Aliou Sow Samedi, 11 Novembre 2017 09:17
Pour marquer leur désapprobation face aux violences subies par des journalistes, mardi dernier dans les locaux de l'escadron mobile de Matam, où ils s'étaient mobilisés pour soutenir le groupe Gangan TV, dont le coordinateur général était détenu dans cette garnison de gendarmerie, et contre la suspension pour une semaine du groupe Espace, ainsi que l'avertissement adressé au groupe Evasion, les associations de la presse privée ont décidé de répondre au coup pour coup. La riposte va consister pour un départ à « l'organisation d'une marche de la colère », prévue mardi 7 Novembre dans la matinée, selon la déclaration publiée à cet effet par les associations, qui désavouent dans cette foulée la Haute Autorité de la Communication (HAC).
La folle rumeur sur la mort du président de la République, imputée à tort au groupe Gangan TV, a mis à mal les rapports entre le pouvoir et la presse privée. L'interpellation du coordinateur général de ce groupe de presse audiovisuelle, Aboubacar Camara, suivie des violences perpétrées contre des journalistes, qui s'étaient massés devant les locaux de l'escadron mobile de Matam, pour lui apporter leur soutien, a envenimé la situation. Et comme pour ne rien arranger, la Haute Autorité de la Communication (HAC), qui est restée indifférente au sort infligé aux journalistes, a décidé de suspendre la radio Espace FM. Cette radio qui est le vaisseau amiral, du secteur de l'audiovisuel guinéen, tombe sous le coup de la suspension pour avoir diffusé « des informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité de l'État et de saper le moral des forces armées », dans son émission de grande écoute « les Grandes Gueules » du 1er Novembre.
La HAC reproche en effet, à nos confrères d'avoir fourré leur nez, dans le domaine réservé des secrets d'état, en pointant du doigt quelques lacunes, chez la grande muette. Piqués par un instinct de survie, les journalistes de la presse privée guinéenne ont rué dans les brancards contre cette atteinte à la liberté d'expression et d'information.
Pour freiner la tentative des autorités de brider la liberté d'expression, les associations de presse ont décidé d'organiser une marche de la colère contre les exactions et l'acharnement de la Haute Autorité de Communication contre la presse privée nationale dont l'itinéraire sera du ministère de la communication au siège de la Haute Autorité de Communication le mardi 7 Novembre à 8 heures. Elles vont aussi dans cette même lancée, retirer aux représentants des associations de presse au sein de la Haute Autorité de la communication, leur mandat. Pour leur remplacement par des mandataires plus professionnels.
Les associations de presse de Guinée qui expriment leur droit de ne plus reconnaître la Haute Autorité de la Communication (HAC) dans sa configuration actuelle, menacent de saisir la justice, contre les exactions ont été victimes certains journalistes, dans les locaux du PM3. Il était question de déclencher des journées sans presse, à partir de ce mardi, mais les associations de presse pour des raisons non encore élucidées, ont fait volte-face. Ce, au grand dam des journalistes qui n'en reviennent toujours pas de cette palinodie. Mais ils restent néanmoins déterminés à en découdre avec le pouvoir.
L'opinion indignée
Ces déboires de la presse privée ont suscité une vaste chaîne de solidarité chez la classe politique notamment, qui a condamné l'interpellation du coordinateur général du groupe Gangan, la suspension de la radio Espace FM, et l'agression des journalistes par des gendarmes du PM3.
L'Institution nationale indépendante des droits humains (INIDH), a aussi joué sa partition dans cette mobilisation de soutien aux journalistes, en se fendant d'un rapport, dès le lendemain des incidents survenus à l'escadron mobile de Matam. Rapport dans lequel, elle conclut que « les journalistes ont été victimes de violations des droits de l'homme du fait d'un usage disproportionné de la force par la gendarmerie du PM3 de Matam ».
L'INIDH dédouane le groupe Gangan, en faisant mention qu'il « n'est nullement à l'origine des rumeurs donnant le Président de la République pour mort, rappelant qu'une rumeur du même type avait circulé, de manière plus préoccupante, dans tout le pays, lors d'un séjour du Président Alpha Condé en Tunisie ». C'était l'année dernière.
A cette vague d'indignation, s'est jointe l'ONG Reporters sans frontières (RSF). Qui dans un communiqué publié sur son site dresse le constat alarmant de la pression exercée contre les médias privés, par le pouvoir. « En moins d'une semaine, deux radios ont été empêchées de diffuser et plus d'une dizaine de journalistes blessés lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. Reporters sans frontières (RSF) s'alarme de ces tentatives de réduire au silence les voix critiques du pays », peut-on lire dans ce communiqué.
Pour RSF, « la chape de plomb qui s'abat ces derniers jours sur les médias privés est interprétée, à tort ou à raison, par une partie de la population comme un signe supplémentaire de la volonté du président Alpha Condé l'intention de vouloir, en toute illégalité, réviser la constitution pour briguer un troisième mandat ».
Aliou Sow
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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