Affaire « destitution » du président de la République, Kory Kondiano nous a conviés à une rencontre

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altDans cet entretien accordé à notre reporter, Oumar Bah, le président du Parti de l'unité et de la liberté (PUL) ne mâche pas ses mots pour dénoncer la mal gouvernance qui sévit dans le pays. Selon lui, la destitution du président la République, en usant de la voie légale, est la seule option pour mettre fin à la crise guinéenne. Par ailleurs, il a qualifié la sortie du ministre de la Défense nationale, qui avait pour but de recadrer les propos de Malick Sankhon, de tape-à-l'œil.


L'Indépendant : récemment, dans un courrier adressé à l'Assemblée nationale, vous appeliez à la destitution du président de la République. Qu'est-ce qui a motivé cette demande qui est restée sans aucune réaction ?

Oumar Bah : les raisons sont simples et connue de tous les Guinéens. Aujourd'hui, comme vous le savez, le président ne respecte pas la constitution. Il fait tout ce qu'il veut. Il viole les lois de la République et usant d'une mal gouvernance avérée. L'insécurité bat son plein sur toute l'étendue du territoire national. Regardez par exemple les différents affrontements populaires à Siguiri, à Galapkaye, à Zogota, c‘est parce qu'il y a l'injustice et l'insécurité. Un président de la République aussi ne doit pas assumer d'autres fonctions que les siennes. Cependant Alpha Condé est toujours à la tête du RPG, c'est illégal. Autre raison, nous avons vu que depuis 2010, les élections surtout locales tardent à se dérouler, parce que tout simplement Alpha se sent impopulaire. Tout ce que les Guinéens attendaient de lui, il ne l'a pas fait. Puisque maintenant l'article 3 de la constitution nous autorise, en tant qu'un parti de l'opposition de contrôler les actions du gouvernement et de proposer la solution. La seule solution que nous, nous avons trouvé au niveau de notre parti, et qui semble être la meilleure solution, c'est la destitution du président. Son départ immédiat et qu'on mette en place un gouvernement de transition. C'est pourquoi nous avons jugé nécessaire d'adresser un courrier à l'Assemblée nationale pour la destitution d'Alpha Condé. Sur la même lancée, on a adressé des courriers et pris à témoins la communauté internationale, notamment les ambassades des États-Unis d'Amérique, de la France et de l'Allemagne, et nous allons adresser des courriers aux autres ambassades et institutions présentes en Guinée.


L'actualité aussi ce sont les propos de Malick Sankhon, qui déclare avoir une milice de contre manifestants. Quelle est votre réaction ?

Malick que je connais est capable de le faire. Et croyez-moi, Malick a été juste le porte-parole de la mouvance. Il ne peut pas sortir, pour tenir de tels propos, sans l'accord de certains cadres du pouvoir. Il ne faut pas minimiser cela. Le pouvoir d'Alpha Condé, ce sont des gens hors la loi. Ils n'ont pas la capacité de gérer ce pays. Si c'était dans un pays démocratique, Sankhon devait être démis de ses fonctions, immédiatement. Et puis ce n'est pas la première fois, mais malheureusement, il n'a jamais été inquiété.


Mais le ministre de la Défense a recadré ces propos. Dr Mohamed Diané, a rectifié en quelque sorte le tir…

Cette sortie du ministre, c'est du tape-à-l'œil. C'est parce qu'ils ont vu que ça a vraiment créé un tollé dans la cité, c'est pourquoi il a fait cette déclaration pour calmer. Ce sont des gens qui jouent au pompier, mais ils sont toujours complices. Malick Sankhon, c'est un petit dans tout ça. Et n'oubliez pas aussi que Dr Mohamed Diané était récemment dans des problèmes. Les médias s'interrogeaient sur sa fortune. Il cherche à détourner les gens de cette affaire.


Quelle lecture faites-vous des manifestations à répétition à l'intérieur du pays ?

C'est ce qui prouve que nous partons vers un soulèvement populaire. Tout le monde en a marre de ce pouvoir. Le pouvoir est en train de gouverner comme il veut, pas comme ça se doit. Des promesses non tenus, l'insécurité, l'impunité, la mal gouvernance. C'est un clan qui se partage le contribuable guinéen. Face à cette situation, le parti PUL, nous travaillons, en vue de demander le départ immédiat du Pr. Alpha Condé, et ça ce n'est pas pour longtemps. C'est pourquoi nous avons déposé un courrier à l'Assemblée nationale. Le président de l'Assemblée Kory Kondiano nous a conviés à une rencontre. Nous avons dit d'accord, d'abord nous allons consulter notre base.


Comment vous envisagez la destitution du président, alors que la Haute Cour de Justice seule institution habilitée à le faire, n'est pas mise en place ?

L'Assemblée nationale est une grande institution qui peut jouer un grand rôle par rapport à la destitution du président de la République. C'est pourquoi on a commencé par-là.


Et si vous n'obtenez pas gain de cause à l'Assemblée nationale, quelle sera la prochaine étape ?

On a d'autres solutions. Mais nous n'allons pas les dévoiler pour l'instant.


Croyez-vous à la tenue des élections locales le 4 Février prochain ?

Pas du tout. On ne croit pas ce gouvernement.


Mais c'est la CENI qui organise les élections et non le gouvernement ?

Cette CENI porte seulement le nom indépendant. Elle n'est pas indépendante, elle est télécommandée par Sékhoutoureya, par le gouvernement. Elle est une voix du gouvernement.


Si les élections ont lieu, votre parti va-t-il participer à ces locales ?

Bien sûr. Mais nous ne croyons pas à la tenue de ces élections, et on se concentre plus sur la destitution du président qu'à ces élections. D'ailleurs nous ne voulons pas d'ici à cette date que le président soit là.


Vous faites cavalier seul, vous n'êtes en alliance avec aucun parti. Pourquoi ?

Pour l'instant on est en train d'observer, on va voir dans quelle alliance ou plateforme de partis politiques nous allons adhérer. Vous savez en 2009 on était dans les forces vives. On avait bénéficié d'un voyage en Italie. Avant les forces vives on était avec l'UFDG en 2008, puis le RPG en 2010. Nous avons été dans l'ADP, et il y a eu aussi l'opposition extra-parlementaire, ça a été notre dernière alliance. Donc ça veut dire que tous ces acteurs politiques, on les connaît. Le président Alpha Condé se déplaçait personnellement pour venir nous voir, pour demander de le soutenir. Et on a cru du fait qu'il a longtemps vécu en occident, et qu'il n'a jamais accepté de collaborer avec l'ancien régime. Donc on a cru. Mais après la première année, on a quitté.


Vous regrettez de l'avoir soutenu en 2010 ?

Bien sûr, on le regrette parce qu'il n'a pas répondu à l'espérance des Guinéens.


Que pensez-vous de l'accord cadre passé récemment avec Chine ?

Les Chinois ne vont jamais donner 1 franc quelque part sans savoir qu'en retour, ils vont gagner plus. C'est une façon de vendre la Guinée. Mais il y a eu d'autres fonds qui ont été versés à ce gouvernement. Où sont partis ces fonds. C'est un petit clan qui est en train de diriger ce pays, qui s'enrichit tous les jours.


Croyez-vous à l'ouverture du procès du 28 Septembre 2009, comme l'a promis le ministre de la Justice ?

C'est un procès purement politique. On ne croit rien avec ce gouvernement. Il y a des officiers de l'armée qui étaient au stade, qui occupent aujourd'hui de hautes fonctions dans ce gouvernement. C'est regrettable, peut-être on peut ouvrir un procès injuste, mais un procès juste, c'est impossible.


Le mot de la fin ?

On demande à tous les Guinéens de se joindre à nous pour demander le départ du président de la République.


Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+4 #4 I. MB. SOW 12-11-2017 14:07

L'appel de ce leader (qui ne me connaît nullement) a surtout le mérite de poser l'actuel problème de mal gouvernance guinéen de la manière la plus idoine possible. Pourquoi l'écouter, lui, et non ou plus que d'autres? Parce que:
- il pose sous des apparences de simplicité et de jeunesse à Paris, devant un monument symbolisant une ville et un pays dont les autorités précédentes ont pesé lourdement dans l'élection et la réélection de AC;
- il propose aux Guinéens de le soutenir dans une action politique somme toute pacifique et légale, telle que cela serait envisageable dans tout Etat de droit où la constitution et la loi républicaine seraient aussi violées à répétition depuis 2010;
- enfin, sa démarche initiée ne semble pas relever de cette habituelle aspiration à l'ascension bêtement personnelle, si caractéristique des élites politiques guinéennes, notamment. Il fait montre de ces qualités que l'on trouve rarement dans notre microcosme intellectuel et politique que sont l'humilité et la capacité de se remettre en cause (...)
Autant de raisons pour que les Guinéens avisés se reconnaissent dans cette démarche de destitution "à la Brésilienne" que BO et le parti PUL nous préconisent pour enrayer les velléités cachées du "petit dictateur" de Conakry.
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+4 #3 AOT Diallo 11-11-2017 19:59

Franchement pourquoi une photo avec la Tour Eiffel dans le fond pour faire un plaidoyer pour son parti politique ?
- Certainement un manque de tact et de vision, surtout dans un pays ou ils sont hélas encore nombreux a penser que la France est le 1e responsable de tous nos problemes...
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+5 #2 Gandhi 10-11-2017 09:31

Si les Guinéens utilisent la violence pour combattre une violation de la constitution, ils doivent savoir qu'en dernier ressort ce sera souvent (toujours ?) l'armée qui s'imposera, car elle seule détient des armes. Il faut apprendre à utiliser le droit (moyen pacifique de règlement des différends) et n'utiliser la violence qu'en dernier recours (si un pouvoir ne veut pas appliquer des décisions judiciaires par exemple).
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+3 #1 I. MB. SOW 09-11-2017 23:01

Voilà enfin un leader qui semble avoir trouvé la bonne partition politique à jouer face aux tenants du système hors-la-loi que AC et son clan mafieux ont progressivement substitué à l'Etat guinéen depuis 2011.
Car si l'on pouvait combattre tant soit peu efficacement un régime corrompu et criminel sans oser le dénoncer courageusement dans ce pays, cela se serait déjà vu depuis l'ère du tyran AST.
En politique, le plus dramatique n'est pas de se tromper une voire plusieurs fois, mais de s'entêter éperdument dans dans une mauvaise vision des choses.
L'idée du président de ce PUL, qui semble bien épais en cette période plutôt froide y compris en Guinée, est plus qu'intéressante. Pour troubler ne serait-ce que le sommeil d'un dictateur, c'est bel bien son trône qu'il faut tenter de secouer ouvertement.
A chacun d'en juger, mais cette initiative de Bah Oumar (BO) pourrait avoir le mérite de chasser définitivement de nos mémoires un autre BO qui a hélas choisi de jouer avec le Diable. Pourquoi ne pas rêver?
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