Richard Tamone Samedi, 04 Novembre 2017 21:03
Les acteurs de la presse se sont mobilisés pour défendre la cause de leur confrère emprisonné au PM3 de Matam. A cet effet, ils ont rallié le PM3, le mardi dernier. Bien malheureusement, les choses ont mal tourné. Ils ont été pris à partie, aveuglement par les gendarmes. Voici la réaction de certains.
Alpha Ibrahima Touré, Radiotélévision Gangan : « une de nos consœurs a été sévèrement brutalisée et s'est retrouvée avec des blessures »
« Nous étions à l'intérieur de la gendarmerie n°3 de l'escadron mobile de Matam, auprès du Coordinateur général de la radiotélévision Gangan, Aboubacar Camara. Du coup les gendarmes quand ils ont compris que le nombre de journalistes ne faisait que grossir. Ils nous ont aussitôt intimé de quitter la cour du PM3. Entre temps, certains confrères ont dit, si nous devons sortir, il faudrait que vous mettiez Camara à notre disposition. Certains de nos responsables de médias, ont essayé de les convaincre et finalement, ils nous ont encerclés. Et ils ont commencé la bastonnade, une de nos consœurs a été sévèrement brutalisée. Elle s'est retrouvée avec des blessures. Le cameraman de Gangan a perdu sa caméra, les gendarmes ont pris la caméra, ils l'ont fracassé par terre, et un camion est venu marcher dessus. Ils nous ont par la suite pourchassés. Quand ils retrouvent un journaliste, ils le violentent sévèrement ».
Bouba Camara, Caméraman de Gangan TV : « ils ont dit au camionneur de marcher sur la caméra »
« Ils ont commencé par tabasser mes collègues caméraman de Buzz Guinée, d'Evasion TV. Mais je vous dis, les gendarmes ont agi comme des sauvages sur nous. On ne pouvait pas comprendre, s'ils pouvaient réagir de la sorte. J'ai reçu assez de coups, et quand ils ont lâché de bastonner mes 2 amis caméramans, ils se sont tournés vers moi. Un des gendarmes a dit : il est de Gangan TV, tu ne vois pas sa caméra. Intérieurement, je me suis dit, ce n'est donc pas la presse qui est ciblée, mais le groupe Gangan. Du coup ils ont pris ma caméra, ils l'ont fracassé par terre devant le portail du PM3 de Matam. Et un camion venait, ils ont dit au camionneur de marcher dessus, et ce dernier aussi a fait marcher le camion sur la caméra. Mais je vous dis, ils nous ont bien bastonnés, regarde les plaies, tout mon corps me fait mal ».
Cheick N'Doye, membre de l'Urtelgui : « Nous ne sommes pas là pour braver l'autorité de l’État »
« Nous ne pouvons pas braver l'Etat, mais lorsqu'un d'entre nous est arrêté, je pense qu'il est de notre devoir pour une question de solidarité de venir se renseigner et demander à ce qu'il soit libéré. Que les autorités sachent que nous ne sommes pas là pour braver l'autorité de l'État. On ne peut pas braver l'autorité de l'État, une fois encore. Nous ne sommes pas non plus-là pour inciter à la violence. Nous sommes-là pour demander humblement qu'on libère notre confrère Aboubacar Camara. Et s'ils ne peuvent le libérer, mais qu'il soit traduit devant un juge. Mais pas le garder-là comme un criminel ».
Mohamed Sylla, directeur de programmes du Groupe Gangan : « ils m'ont frappé et écrasé mes 2 téléphones et ma paire de lunettes »
«Nous sommes juste-là pour que nous puissions faire quelque chose, afin que notre collègue Camara soit libéré. Et c'est dans ce sens, que les gendarmes sont venus pour nous prendre, et nous demander de partir par la force. Moi personnellement, ils m'ont pris manu militari et ils m'ont frappé, ils ont pris mes 2 téléphones, ma paire de lunettes, devant moi, ils l'ont écrasée. Je ne sais pourquoi. Ils ont marché dessus, je vous dis. Et en plus je recevais des coups, il a fallu qu'un de leurs responsables leur dise de cesser et de me laisser partir. Ils nous ont battus, je regardais mes collègues Kandia, Lamarana aussi en train de recevoir des coups aussi, Mamasta Sanguina de Gangan TV, Alpha et plein de journalistes ».
Sory Kandia, animateur : « il a pris un bâton et m'a tapé avec »
« Nous étions dans la cour pour venir apporter notre solidarité à notre chef. Parce que de toutes les façons, il faut noter que nous avons passé la nuit dans les locaux de l'escadron mobile de Yimbaya. Là, le commandant a estimé qu'il n'a aucune raison de nous garder de ce côté. Et donc, qu'il attendait les instructions du procureur. Et contre toute attente, ils ont envoyé un véhicule pick-up, on nous a embarqué direction PM3 de Matam. Nous étions dans la cour, ils n'ont pas empêché certains collègues de rentrer. Mais quand ils ont vu que le nombre de journalistes grandissait, ils ont décidé de nous dégager de-là. Ils nous ont encerclé pour nous amener à la sortie, arrivé-là, un de leur chef a donné un signal, c'est en ce moment qu'ils ont commencé à nous violenter. J'ai vu 2 cameramen par terre : un de la radiotélévision Gangan, et le caméraman de radio-télévision Evasion Tv, qui d'ailleurs est dans un sale état. Un journaliste de Guinée Buzz. Moi personnellement, je cherchais à me débarrasser d'eux, j'étais avec Sanguiana et Lamarana. A 50 mètres, pour celui qui connait le lieu, la localité de Casse encercle l'escadron de Matam. On a longé vers le pont, c'est en ce moment qu'un groupe de gendarmes sans grades a cherché à nous prendre. Un a terrassé Mamasta Sanguiané. Ils ont déchiré ses habits, la petite Lamarana la même chose. Quant à moi, ce sont 2 gendarmes qui ont essayé de s'occuper de moi. Je luttais afin de m'échapper. Arrivé à un caniveau, j'ai sauté, l'autre gendarme qui me pourchassait n'a pas compris que c'est un caniveau, il est tombé dedans. Finalement, c'est son ami qui m'a pris à la ceinture. Malgré tout je luttais, il a pris un bâton, il m'a tapé avec. Vous voyez les bleus, comment c'est enflé. Du coup, je l'ai repoussé vers une moto et dès qu'il est tombé. Et quand, j'ai vu les gens qui s'agitaient, pour ne pas que les gens, sans comprendre je me suis enfuit ».
Talibé Barry, journaliste membre de l'Urtelgui : « j'ai reçu des coups de ceinturons à la poitrine »
« Notre confrère a été entendu hier lundi 30 Octobre, à la gendarmerie de Yimbaya. Il a passé la nuit là-bas avec des confrères journalistes. Aujourd'hui, il est au PM3 de la Gendarmerie de Matam. On accuse sa radio : Gangan Fm, d'avoir été à l'origine de la rumeur qui a donné le président Alpha Condé mort. Depuis hier, la radio fait l'objet d'une traque de la part des forces de sécurité. Les journalistes ont estimé qu'en aucun moment la radio Gangan n'a annoncé la mort du président Alpha Condé. L'élément qui est incriminé a juste indiqué que tout être humain est mortel, que : le président Ahmed Sékou Touré est mort, le président Lansana Conté est mort, le président Dadis et le président Konaté ont quitté le pouvoir. Aujourd'hui, c'est Alpha Condé qui est au pouvoir, il mourra, c'est tout. Donc, on a jamais distillé une information selon laquelle le président Alpha Condé était décédé. Rien que pour cela aujourd'hui, nous sommes victimes de brimades, de répressions. Vous a avez vu, nous tous nous sommes mobilisés. Certains dans l'enceinte, d'autres devant le portail. On a été maltraités, bastonnés. J'ai reçu des coups de ceinturons à la poitrine, tout cela prouve que dans ce pays, on est loin encore, parce que dans une démocratie, on ne peut pas traiter des journalistes comme ça, comme si, c'étaient des voyous, des criminels. Alors que nous avons fait que nous mobiliser pour exprimer notre préoccupation, notre inquiétude face aux traitements qu'ils sont en train d'infliger à notre confrère Aboubacar Camara. Nous sommes en train d'observer, ce qui va se passer, parce qu'il faut forcément une suite qui permette à notre confrère de recouvrer sa liberté. Si effectivement la justice veut le poursuivre, la loi indique que le journaliste ne doit pas aller en prison pour un délit de presse : s'il y a délit. Encore, qu'il n'y a pas délit. Cela est dépénalisé dans ce pays, donc il faut qu'il nous rende notre confrère. S'il y a un procès qui doit se tenir, qu'il puisse se tenir plus tard, encore qu'il n'y a pas matière à procès. La preuve hier, la Haute autorité de la communication a écouté, et ne s'est pas prononcé, ça veut dire, certainement que la HAC ne trouve pas matière à condamner qui que ce soit dans cette affaire ».
Propos recueillis par Richard Tamone
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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