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Après la sortie du ministre de la Défense contre Malick Sankhon, des acteurs sociopolitiques réagissent

Amadou Sadjo Diallo  Vendredi, 03 Novembre 2017 21:20

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SANKHON_Malick_2_01Le samedi 28 Octobre 2017 au siège du RPG/AEC, le ministre de la Défense nationale recadré les propos de Malick Sankhon qui, il faut le rappeler avait menacé sur la même estrade de faire appel à une milice de près de 3000 hommes, pour protéger la CNSS contre toute menace d'intrusion. Cette sortie du Dr Mohamed Diané a été diversement appréciée par des acteurs sociopolitiques que nous avons interrogés. Ils souhaitent que le parti ne se limite pas à la condamnation, mais intente des poursuites en justice contre le directeur général de la CNSS.


Mohamed Lamine Kaba, président du parti Fidel « tous les pyromanes doivent être dénoncés »

« Je crois que c'est un propos sage de la part de l'autorité publique. Je crois que si tout le monde se comportait de la sorte, plusieurs personnes seraient dissuadées dans leurs comportements, dans leurs pensées malsaines. Donc nous apprécions cette sagesse du ministre de la Défense. Et nous croyons que cela doit continuer. Et cela ne doit pas s'arrêter là. Donc je pense que cela doit être élargi à ce farfelu et qui était au ministère de la Sécurité, qui avait parlé de 3ème mandat du président Alpha. Ces mêmes propos doivent être condamnés, parce que ce sont des propos qui pousseront les Guinéens à affronter l'autorité publique. Ce ne sont pas des discours qui instaurent la quiétude sociale. Donc c'est la même manière qu'il faut condamner Nantou Cherif dans ses propos encore, reconnaissant le président Alpha Condé comme un président à vie. Donc ça ne doit pas s'arrêter seulement à Malick Sankhon, tous les pyromanes doivent être dénoncés. L'autorité publique doit se déscolariser. Je pense que c'est un propos sage de la part du Ministre Diané.

Je crois que le discours de Malick Sankhon, franchement c'est de la pyromanie. Ce qui est regrettable encore, c'est une défiance à l'égard même de l'autorité que lui-même est chargée de défendre. A partir du moment où il dit qu'il va essayer de mettre en place une force personnelle, c'est-à-dire une milice contre les manifestants, ça veut dire tout simplement que lui, il ne reconnaît pas l'autorité, les services de sécurité. C'est une façon de défier aussi la justice. Donc pour nous cela premièrement, c'est grossièrement insultant à l'égard de l'autorité publique. Deuxièmement, nous avons connu Malick Sankhon, quand nous étions au RPG. C'est lui qui organisait des loubards pour nous réprimer dans les manifestations. Je me rappelle en 2000-2001, lors du procès du président Alpha Condé, c'est Malick Sankhon qui organisait les manifestations contre nous. Quand nous partions au procès du Pr. Alpha. Et si aujourd'hui ce dernier encore use de la même pratique sale, ça ne nous étonne pas, c'est un habitué des faits. Mais ce qu'il doit comprendre, c'est que tôt ou tard, la justice se saisira du dossier, et traquera les personnes qui sont associées à tous les crimes que notre pays a connu. Lorsqu'on veut incarner une personnalité, on doit avoir des comportements qui riment avec ses pratiques, avec ses faits. Mais contrairement à ce que Malick est en train de faire, c'est une honte pour la République ».


Karamo Mady Camara, juriste « j'apprécie la réaction du ministre de la Défense »

« J'apprécie la réaction du ministre de la Défense qui est à la hauteur de ces attentes. D'ailleurs, il a retardé à faire cette affirmation, parce que les propos ont été exprimés, il y a quelque temps. Il devait systématiquement avoir une rupture avec ces propos qui sont de nature à mettre en péril la stabilité sociale et la paix dans le pays. Il est inadmissible que dans un État organisé, que l'on puisse penser à avoir une milice d'autodéfense. Les propos du ministre de la Défense viennent donc encore une fois soutenir cette affirmation comme quoi, il ne peut pas être acceptable que de telles choses se produisent dans le pays. Quoique l'État normalement devait réagir aussitôt. Mais au-delà de cela, il aurait fallu qu'immédiatement le procureur de la République puisse se saisir, et qu'il puisse mettre la machine judiciaire en branle, en mettant toute action publique en mouvement contre Malick Sankhon, qui est quand même un haut cadre de l'administration, qui se donne une certaine liberté de ton, lorsqu'il estime que cela lui monte à la tête.

C'est un dysfonctionnement de la justice comme nous l'avons toujours constaté, dénoncé depuis tout le temps. Il est quand même de bon aloi, que face à cette situation, que la justice puisse en faire un effort. Mais il n'y a eu aucune réaction. On a un moment entendu certains magistrats affirmer qu'ils se concerteraient pour prendre une décision. Je crois que ce type d'actions n'a pas besoin de concertation. La justice doit pouvoir être indépendante et s'affirmer lorsque cela est opportun. On n'a pas besoin d'une concertation. Souvenez-vous qu'il y a quelque temps, lorsque certains propos avaient été tenus par une catégorie d'hommes politiques, la machine judiciaire s'était mise en branle, et il y a eu une poursuite qui a été engagée contre l'intéressé au point même qu'il a été condamné, et avant d'être par la suite mise en liberté. Donc il ne faudrait pas qu'il y ait dans notre pays deux poids deux mesures. Lorsque c'est le camp d'en face, l'opposition qui tient des propos à l'encontre du président ou à l'encontre de la quiétude sociale, de la paix sociale, de la stabilité, il y a tout de suite des actions qui sont prises. Mais si c'est du camp du pouvoir, il n'y a aucune réaction de la justice. Cela doit être dénoncé. On ne peut pas continuer avoir une justice à deux vitesses qui n'agit que lorsqu'il s'agit de ceux qui ne sont pas au pouvoir ».


Alhousseini Makanera, président du FND « le fait de désavouer Malick Sankhon est une bonne chose, mais ce n'est pas suffisant »

« Le fait de désavouer Malick Sankhon est une bonne chose, mais ce n'est pas suffisant. Le ministre de la Défense nationale représente l'exécutif. Un chef ne dénonce pas, il sanctionne. Aujourd'hui, nous sommes tous conscients à chaque fois qu'il y a manifestation, il y a des violences, il y a des blessés et des morts. Si quelqu'un va jusqu'à dire qu'il est chef d'une milice et qu'il est prêt à marcher sur les gens qui pensent autrement que lui, dès qu'on ne le poursuit pas, qu'on ne l'interroge pas, on se limite seulement à condamner, nous dirons même que c'est une catastrophe. Aujourd'hui en tant que chef des armées, lui il devait faire en sorte que Malick Sankhon réponde devant la justice, pour qu'il nous dise cette milice là c'est pourquoi, pendant combien de temps ils sont là, ils ont causé combien de dégâts et pourquoi. Parce que n'oubliez pas, on dit le hasard est le compagnon du policier, cela veut dire que vous pouvez découvrir la commission d'un crime dans une chose dont vous ne vous attendez pas. Par exemple aujourd'hui si Malick est poursuivi, et qu'il est confondu, qu'il est responsable de beaucoup de crimes, c'est que c'est un simple fait du hasard, qu'on ne pouvait pas croire, à partir d'un fief, et surtout du parti au pouvoir qui a l'armée et la police. Un responsable du bureau politique national de ce parti peut aller jusqu'à dire qu'il a une milice. Même s'il en a et je suis convaincu qu'il en a. Pour ceux qui ne connaissent pas, Malick organisait des jeunes pour saccager chez des gens, d'après les informations que j'ai reçues, ce n'est pas la première fois. Je n'ai pas vérifié, je le mettrai au conditionnel. Il parait qu'au temps de Fodé Bangoura, Malick tournait autour de certaines personnes pour leur dire, donnez-moi les moyens je vais l'attaquer. Vous savez, il a été tour à tour ami de Fodé Bangoura, ami de Cellou Dalein Diallo et ami de Mamadou Sylla. Et aujourd'hui, il est avec Alpha Condé. Hier, il était chef du protocole de Lansana Conté. C'est un monsieur qui ne laisse aucun moyen pour se maintenir dans ses fonctions de responsabilité. Donc c'est un individu dangereux, qu'il faut vraiment juger, pour qu'on sache réellement ce qui est derrière tout ça ».


Propos recueillis par Amadou Sadjo et Tidiane Diallo

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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