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Accord cadre, remous sociaux, élections communales : la lecture critique de Sidya Touré
Alpha Amadou Diallo Vendredi, 03 Novembre 2017 10:22
Le président de l'Union des forces républicaines (UFR), Sidya Touré a, dans une interview accordée récemment à nos confrères d'Espace FM, livré ses impressions sur les remous sociaux enregistrés à Boké, Kérouané, Beyla. Il a ensuite donné son point de vue sur l'accord-cadre entre la Chine et la Guinée portant sur 20 milliards de $.
En 17 ans d'existence de l'UFR, est-ce qu'on peut dire que vous êtes incompris, Sidya Touré ?
Non, les choses étaient ce qu'elles étaient. Nous avons huit années pendant lesquelles le président Conté était encore là . On a eu la transition et puis, il y a eu les élections en 2010. Je ne vais pas revenir là -dessus parce que tout le monde sait comment est-ce qu'elles se sont passées. Et nous avons cette année, le président Condé que nous voyons venir à son achèvement.
En 17 ans, il y a eu des couacs si on peut se permettre de le dire comme ça. M. Touré, pourquoi, on ne vous a pas compris. Enfin de compte parce que quand on prend, Cellou Dalein Diallo entre autre, c'est vous qui les avez mis au-devant de la scène parce que vous étiez Premier ministre à l'époque ?
Les critères pendant longtemps, il faut dire, les choses comme elles sont, les critères qui ont été retenus ici pendant longtemps, surtout en ce qui concerne les premières élections n'étaient pas basées sur la compétence des candidats. Elles étaient basées sur les critères régional, ethnique, fraternel et tout ce que vous voulez. Mais aujourd'hui, nous sommes arrivés à une période en Guinée où chacun commence à mieux comprendre ce que c'est que la démocratie, et que quand nous cherchons à avoir un leadership. Car, ce thème fait partie des thèmes qui vont être débattus lors de cette journée porte ouverte. On doit y réfléchir par deux fois parce que les conséquences sont multidimensionnelles. Je crois que peut-être dans ce cadre-là , il sera plus facile pour quelqu'un comme moi, d'aller beaucoup plus en avant.
Avant 2010, on sait ce qu'était l'UFR, le parti que vous dirigiez. Tout le monde en parlait. Mais depuis 2010, l'alliance que vous avez nouée avec M. Cellou Dalein Diallo. C'est devenu un parti dont on parle de moins en moins en termes de présence sur l'échiquier national. Mais plus loin, on vous voit, vous associer avec M. le président Alpha Condé, alors que vous aviez dit que vous ne vous associerez jamais à M. Alpha Condé. On est quand même porté à penser que l'UFR est un parti qui serait en train de mourir ?
Je crois franchement quand même que vous deviez venir à notre siège le samedi. Comme ça, vous allez comprendre exactement dans quelle position se trouve notre parti aujourd'hui. L'UFR est actuellement le parti qui reçoit le plus d'adhésions sur la scène politique guinéenne. Ça, c'est pratiquement au quotidien et dans toutes les couches de la population. C'est l'une des raisons pour lesquelles, nous avons convoqué ces journées. Et l'une des raisons pour lesquelles nous allons avoir notre meeting pour relancer le parti et quitter cette phase dans laquelle nous avons été très silencieux où nous allons participer un peu plus aux débats.
Vous dites que c'est le parti qui reçoit de plus en plus d'adhésions. C'est un fait qui peut se prouver à partir du chiffre mais aussi la vitalité du parti. C'est aussi cette présence sur l'actualité politique et là il faut dire que l'UFR n'est plus très présent ?
Je suis là pour ça. Avant moi, je crois que vous avez reçu beaucoup de nos députés. Vous avez reçu, beaucoup des personnes de notre parti. Je vous dis la manifestation en dehors des élections, si c'est par des marches, vous allez au siège des partis, je pense que nous sommes l'un des trois partis qui tient chaque samedi son assemblée générale et ces assemblées aujourd'hui en Guinée, répondent à des critères d'adhésions massives. C'est une réalité. Allez-y donc, je vous invite.
M. le président, il y a aussi depuis quelques semaines maintenant la Guinée connaît des remous sociaux. Des populations qui se réveillent, qui réclament certaines infrastructures pour l'amélioration de leurs conditions de vie. Des soubresauts qui ont d'abord touché Boké, ensuite Kérouané et là , on parle de Beyla. Comment vous avez analysé tout cela. Des zones qui avaient été nommées des zones fiefs du parti au pouvoir.
Corrigeons d'abord. Boké n'a jamais été nommée comme fief du parti au pouvoir. Le député uninominal de Boké est un député UFR. Donc ceci dit, je suis passé à votre radio ici. Je crois au début de cette crise. J'avais indiqué, les prémisses de ce qui allait se passer. C'est une réalité. Nous avons des populations aujourd'hui qui ont des demandes en ce qui concerne les investissements sociaux de base. Cela va de soi. Les gens ont besoin d'eau, ils ont besoin d'électricité. La population crie un peu sur un certain nombre de choses dans ces zones-là notamment Boké, Kamsar et de Kolaboungni. Il y a un problème environnemental sérieux aussi. Les gens protestent pour tout cela.
Et on y ajoute maintenant les problèmes de Beyla, de Kérouané et autres. Ce sont des problèmes des équipements de base qui, à mon sens, toutes les populations ont le droit de réclamer. En ce qui concerne d'ailleurs le cas de Beyla, je regrette un peu parce que nous avons initié avec le président de la République auprès des autorités ivoirienne l'obtention de l'électricité permanente 24/24 dans cette zone à partir de Mandiana en passant par Kankan, Beyla, Senko. Vous descendez par Karala jusqu'à Lola, Nzérékoré, jusqu'à Yomou simplement par une extension du réseau de l'autre côté de la frontière.
Je vais bien vous expliquer de quoi il s'agit. Quand vous voulez prendre de l'électricité dans notre pays, on fait un système d'interconnexion qui est beaucoup plus coûteux parce que c'est de la haute tension. Ensuite, on met des transformateurs et tout ce qui s'en suit. Mais là , il s'agit de l'extension du réseau, c'est-à -dire, vous considérez l'autre côté de la frontière comme si c'était un quartier de tel ou tel en Guinée ou la frontière avec le Liberia.
Mon amie Ellen Johnson Sirleaf a pu électrifier le long de la frontière de préfecture en sous-préfecture de cette façon-là . Le Président Condé, nous avons discuté, il avait obtenu du Président Ouattara qu'on puisse faire la même chose en huit mois. Ces villes que je viens de citer auraient eu l'électricité 24h/24.
Il ne vous a pas écouté ?
Non ! On s'est mis d'accord. Je crois qu'il a confié les dossiers à des gens. Je ne sais vraiment pas qu'est-ce que c'est devenu. Ce sont des genres de choses quand on entend ce qui vient de se passer. On s'est dit, si on était allé un peu plus vite sur un tel dossier, ça nous coûte quoi ? On devait demandait 30 MW à la Côte d'Ivoire qui en produit 2300MW et ça devait nous coûter à peu près 30 millions de $. Ce n'est pas grand-chose. Je suis désolé que ces choses n'aient pas pu avancer. Je pense qu'on fera relancer après cette émission. Mais nous sommes parfaitement d'accord que ces populations ont des demandes qui sont responsables. Il faut que l'administration essaie de travailler un peu plus rapidement.
Les élections communales et législatives en 2018, beaucoup pensent à un risque de glissement de calendrier à la congolaise. Alors dans un pays où on a du mal à organiser les élections à temps, 2020 qui approche également, quelle analyse faites-vous des années à venir concernant les élections en Guinée ?
Moi, j'estime qu'il y a des élections qu'on ne peut pas reporter. Les élections communales ne devaient être reportées pour des raisons de développement communautaire. De ce qui est quelque chose d'extrêmement important pour les populations à la base mais pour des institutions de la République, vous ne pouvez pas vous permettre de repousser les élections de l'assemblée nationale ou de la présidentielle. Ce sont des choses totalement claires pour moi en tant que démocrate, en tant que libéral. Nous sommes basés dans un système de liberté qui avait des institutions. Donc, nous estimons que ça ce n'est pas acceptable. Si j'ai des craintes, je commence à dire dès maintenant que ce ne serait pas acceptable.
La date de 2020 doit être respectée ?
Absolument ! Il y aura des élections présidentielles.
Quels sont vos rapports avec les proches du Pr Alpha Condé, notamment Kassory, Kiridi Bangoura, Kalil Kaba, Tibou Camara etc. ?
Je suis désolé. Moi, je ne travaille pas à la présidence. Je ne suis pas fonctionnaire là -bas. Je l'ai dit ici mille fois. Je ne suis pas salarié là -bas comme tous ceux que vous citez qui sont membres du cabinet du président.
On vous a vu en Russie, en photo avec Kassory et le président. Vous êtes arrêtés tout semblait bien.
Je n'ai pas dit que nous sommes en train de nous bagarrer. J'ai dit que nous ne remplissons pas les mêmes fonctions. Il n'y a même pas de combats d'idées. Ce sont des ministres d'État ou des ministres qui sont au service du président de la République.
Mais il y a eu des polémiques à un moment avec Kassory Fofana entre autres ?
Je ne suis pas membre de ce cabinet donc je n'ai pas de débat sur ces questions avec les personnes. Nous ne nous asseyons pas autour d'une table pour discuter de quoi que ce soit. Je suis totalement indépendant par rapport à ça. Le seul rapport que j'ai avec le président de la République, je l'ai avec lui.
Il y a des méga-projets qui ont été annoncés, et qui sont dans l'ordre économique. C'est notamment l'accord-cadre avec les Chinois de 20 milliards de $ et puis récemment, la projection au palais du peuple, le méga-projet de la transformation de la commune de Kaloum.
Je n'ai pas vu ça. J'étais à Abidjan. La Guinée est en train de se battre actuellement pour conserver la deuxième phase du programme et en train de préparer également la levée du fonds au niveau des institutions à Paris. Bientôt, il y a beaucoup de choses à dire par rapport à ça.
Nous avons un taux de croissance qui s'est élevé un temps soit peu mais qui est dû qu'aux productions minières. Notamment la situation de Boké qui a beaucoup amélioré cela. La réalité, on revient là -dessus. Je suis arrivé au côté du Président pour discuter d'un certain nombre de choses et le paradigme principal sur lequel j'ai insisté. Je tenais à donner un rôle important à l'agriculture. Tant que nous ne l'avons pas fait dans ce pays, nous avons un retard à l'image en ce qui concerne les populations à la base.
Parce que, ce sont ceux qui doivent avoir des revenus pour pouvoir se payer les services sociaux de base dont nous sommes en train de parler parce que ce n'est pas gratuit. Vous dites, par exemple, j'envoie un groupe à Kérouané, j'envoie un groupe à Boké mais qui paye. Si vous êtes avec des populations qui n'ont aucun revenu et le revenu ne peut pas être un salaire seulement, il y a 5000 gars qui travaillent là -bas. Nous avons 500 000 personnes. L'agriculture seule peut régler ce problème de revenus pour que ces gens puissent se prendre en charge, en ce qui concerne les besoins sociaux de base.
Vous avez parlé de l'accord cadre. Oui ! Je crois que quelqu'un d'autre l'a dit ici. Si on vous promet de l'argent en tant que pays en voie de développement, l'argent fait partie des capitaux. Vous en avez besoin pour le développement. Avant, on nous disait ça quand on était à l'école. Les capitaux, les ressources humaines mais aujourd'hui tout le monde sait que le principal élément, ce sont les ressources humaines. Il faut des gens pour cela. C'est pour cela que j'ai apprécié la question d'une journaliste de la RTG qui avait demandé au Président de la république lors de la conférence de la presse, c'était extrêmement pertinent. Est-ce que M. le Président compte tenu de l'administration qu'on a, nous pouvons avoir la capacité d'absorption de ce montant-là ? C'était une très bonne question. Mais avant qu'on en arrive là , l'argent en soi n'est pas mauvais.
De quelle manière, elle doit se faire. Le Président Condé m'a appelé, j'étais à Abidjan pour le congrès du RDR. Quand il m'a appelé pour me dire qu'ils sont en train de finaliser cet accord, j'ai dit très bien. Si on vous donne 20 milliards de $, personne ne dit qu'on va refuser l'argent mais la première chose que je vous recommande, c'est d'aller à Conakry, organiser un conseil des ministres et puis organiser une conférence de presse pour expliquer aux Guinéens parce qu'ils n'ont pas l'air de comprendre de quoi il s'agit moi y compris d'ailleurs.
Une fois que tout ça est expliqué, la réalité, elle est là . Comment est-ce que cela va se passer ? Quelle va être les rôles des Guinéens par rapport à ces différents projets. Si nous nous asseyons en disant, les Chinois vont venir nous faire des ponts, ils vont faire des routes ensuite ils vont prendre le fer ou la bauxite, qu'ils veulent pour partir avec. Il n'y a pas de développement par procuration. Les Chinois ne travaillent pas dans la journée. Les ponts, les chaussées et tout ça et le lendemain, vous Guinéens, vous voulez vous développer.
Le développement est quelque chose d'endogène. Donc, nous devons être associés à 100% à ce genre de choses et les fonds qui se dégagent. Je suis de ceux qui disent et qui vont le dire et vont continuer à le dire que 70%, 80% soient consacrés au développement du secteur agricole de notre pays. C'est ce qui touchera 70% de nos populations.
Alors, à vous entendre, vous êtes un peu sceptique M. le président ?
On n'a dit que c'est un accord cadre. Nous allons avoir de l'argent. On ne peut pas être septique alors que nous allons avoir de l'argent. Ce sur quoi, je parle. Nous sommes à un débat économiste. Par exemple, j'ai organisé mes journées le 2 novembres prochain pour que des économistes, des gens du secteur social puissent venir donner leur point de vue. Mon point de vue à moi, l'argent arrive, c'est bien. Comment est-ce qu'on va l'utiliser, ça c'est mon point de vue là -dessus.
Qu'est-ce qui n'a pas marché au niveau de l'agriculture ?
Non ! Les dispositions non pas été prises. Il faut qu'on se dise les choses comme elles sont. Nous en avons parlé. Je crois qu'à un moment donné, il a fait venir un certain nombre des produits des pays voisins mais ce n'est pas tout. L'ampleur de ce qui doit être mis dans ce secteur ne se limite à cela.
Les intrants agricoles ?
Non ! Pas seulement les intrants, l'organisation des sociétés d'assistance, la mise à la disposition de semences, l'assistance aux paysans étant le premier volet le plus important.
Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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Commentaires
En tant qu'économiste Sydia devrait faire de la pédagogie (il y est meilleur qu'en politique) en expliquant effectivement que si le PIB guinéen augmente mécaniquement, ce n'est pas à cause de la politique géniale de ses dirigeants (il n'y en a pas, ni politique, ni dirigeants), mais simplement parce que des sociétés étrangères sont davantage attirées par nos cailloux que par le passé et seulement par nos cailloux.
Il devrait également expliquer dans le détail ce qui ne fonctionne pas, car les gens ne comprennent pas forcément la propagande du régime.
Et parmi les raisons à ce ratage, disons:
- l'usure des années d'exposition politique qui a
fini par avoir raison du mythe exagéré de
compétences dont le pouvoir PUP avait auréolé
l'ex-conseiller du premier ministre ivoirien,
Alassane Ouatara à sa nomination;
- le fait que SIDYA se soit mis dans une
problématique politique incompatible avec la
stature qu'il ambitionne pour son parti et lui-
même, à savoir s'opposer au pouvoir Condéiste
tout en se mettant officiellement au service de
ce dernier;
- les méfaits manifestes de cette corruption
d'Etat larvée dont le système RPGiste est en
train de dévaster tout le paysage politique, en
prévision de la présidentielle de 2020.
Notons également que le très probable futur candidat de l'UFR n'est pas encore de ceux qui émettent des doutes sur la fin du pouvoir Condéiste en 2020. A espérer que les faits lui donneront raison sur ce point (...)








