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« La gestion de Conté était beaucoup plus transparente et claire que celle d'aujourd'hui »

Alpha Amadou Diallo  Samedi, 28 Octobre 2017 18:59

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altLe vice-président de l'UFDG, Ibrahima Chérif Bah, a dans un entretien, accordé à la radio Lynx FM, dénoncé la corruption et le détournement de deniers publics qui gangrène notre administration publique. L'ancien gouverneur de la Banque Centrale de République de Guinée a aussi rappelé des faits tristes et historiques qui se sont passés en 1971 sous le régime de PDG-RDA.


Bonjour M Bah ! Votre réaction par rapport à la manifestation des jeunes enregistrée récemment à Beyla. Et l'anniversaire de la fusillade du 18 Octobre 1971.

Merci ! Ce qui se passe à Beyla s'est déjà passé à Boké, à Sangarédy, à Kamsar, à Kolabougni et à Kérouané. Il n'y a pas longtemps. Ce sont des choses qui vont encore se passer dans ce pays plusieurs fois dans les mois et années qui vont venir tant que le pays est gouverné de cette manière-là. A Beyla, ils ont expliqué. Ils voulaient simplement rencontrer les autorités et expliquer leurs doléances. On leur barre la route, on arrête des personnes et on leur bloque le passage. Ce n'est pas comme ça qu'on gouverne le pays si on veut la paix. Je dis souvent que le gouvernement là est ingénieux de crises, c'est-à-dire que les choses qu'il peut traiter facilement, rapidement, il les complique, ça devient une crise, tant au gouvernement central que dans les préfectures, c'est ce que nous voyons là.

Donc les jeunes doivent pouvoir espérer parce que ce qu'ils disent, ce qu'ils demandent est légitime. C'est le cas partout dans ce pays. Dans toutes les villes de ce pays, c'est l'abandon, c'est le chômage des jeunes, ce sont des infrastructures dégradées. C'est vraiment la déchéance, c'est la chute. J'ai aimé un passage qu'ils ont indiqué dans leurs revendications, ceux de Beyla, la race M'Dama. Ils disent qu'ils veulent que les zébus qu'on a introduit récemment soient dégagés et que la race M'Dama soit instaurée, qu'elle ne disparaisse pas.

La race M'Dama, c'est la race la plus résistante qu'on a dans cette région en terme d'élevage, résiste aux maladies, aux intempéries. On doit pouvoir la développer davantage d'ailleurs au lieu de la faire disparaitre. Donc là, nous soutenons ce genre de manifestation et de revendication. La race M'Dama est un patrimoine national de la Guinée.


Les fusillades ?

Les fusillades, nous étions là, jeunes, à l'Université en train de terminer les études. Bien entendu, on n'a pas su à l'époque mais ce qu'on sentait dans la ville présager quelque chose de grave. J'ai aimé la déclaration de M. Tounkara qui résume bien le cas de la Guinée. C'est-à-dire qu'on doit traiter le cas de la Guinée de manière très, très profonde. On ne peut pas aujourd'hui juste mettre en avant le ‘'NON'' du Septembre 58 pour prendre les gens comme des ‘'HEROS''. C'est une équipe qui a fait cela pour nous, nous Guinéens. On doit pouvoir écrire l'histoire réelle de la Guinée sur tous ses aspects.

Ce que M. Tounkara a dit, invite les historiens de ce pays à se pencher sur le cas de la Guinée, et à écrire son histoire réelle. On ne peut pas occulter ces crimes odieux qui ont eu lieu dans notre pays. Il a indiqué un fait dont je me rappelle à l'époque. C'était essentiellement des cadres ce jour-là qui ont été liquidés, des gens que nous connaissions, qui nous enseignaient à l'Université. Tout d'un coup, un jour, on a perdu tous nos professeurs, voyez-vous ? Donc je suis d'accord avec la déclaration de M. Tounkara. J'invite les historiens patriotes à enseigner à nos enfants, à nos petits-enfants ce qu'on a été, ce que nous sommes, d'où nous venons, où nous allons.

Bien entendu, si quelqu'un dit qu'il prend la Guinée là où Sékou Touré la laissée, ça veut dire qu'il n'est pas prêt à traiter les problèmes guinéens. C'est pour cela que nous avons vu dans ce régime actuellement, le régime RPG, les déviations graves en matière de droits de l'homme. Je cite Galakpaye, Saoro, Womey, Zogota et ailleurs. Tout récemment à Boké, il y a eu 5 morts et je reviens à Conakry pour parler de plus de 80 militants de l'opposition républicaine tués par balle.

Nous sommes dans un pays où un docteur, professeur en droit, Chef de l'Etat, président d'un pays dans lequel les gens meurent en manifestant pacifiquement les mains nues. On doit corriger cela. D'ailleurs, c'est l'un des points majeurs de revendications de l'UFDG et de l'opposition républicaine. Nous avons dit qu'il faut que cette impunité cesse. Il faut qu'on installe rapidement la commission d'enquête promise par le ministère de la Justice, qu'on fasse ces enquêtes, qu'on traite les présumés coupables, qu'on les juge et qu'on les condamne. Sans cela, je dis, à nous tous actuellement en Guinée et la génération future, tant qu'on n'aura pas payé le crime de sang, il va encore se répéter en Guinée. Nous nous ne voulons pas cela pour nos enfants et nos petits-enfants.


Récemment en tournée en Guinée Forestière, le président Alpha Condé a accusé les anciens collaborateurs de feu Général Lansana Conté d'être à l'origine du retard de la Guinée. Il a dit la même chose lors de la journée des enseignants. Beaucoup soutiennent que vous seriez visé dans cette sortie du président ?

Je ne sais pas pourquoi le président s'attaque à un citoyen ordinaire. Je pense que très souvent, il est induit en erreur pour m'attaquer de manière un peu détournée. Ce n'est pas nécessaire. Je pense qu'il a été induit en erreur par ses conseillers ou par ses ministres. Moi personnellement, ancien gouverneur de la BCRG, il y a au moins quatre rapports d'audits sur ma gestion.

Il y a eu un rapport avant Dadis. Il y a eu deux rapports de l'inspecteur d'Etat Mansour Thiam ; tous ces rapports existent. Et moi, je suis blanc comme neige. On ne peut pas me traiter pour dire que j'ai détourné un franc guinéen de l'Etat pour m'enrichir. Au lieu que les gens l'induisent en erreur, qu'il fasse la synthèse objective de ces quatre rapports là au moins. Et qu'on lui donne ça, il aura la vérité.

Maintenant la question large que vous indiquez. Les anciens gestionnaires du régime Conté. Je dois dire aujourd'hui que nous anciens gestionnaires du régime de Conté, nous défendons le bilan. On ne peut pas dissocier les premiers ministres de Conté et des grands commis de Conté comme moi par exemple. Le bilan de Sydia Touré sous Conté, le bilan de Louceny Fall Sous Conté, le bilan de Maître Sidimé, le bilan de Lansana Kouyaté surtout le bilan le plus important de Cellou Dalein Diallo sous Conté, nous les partageons.

Moi aussi, j'ai fait beaucoup de temps dans la sphère de l'Etat à un haut niveau en tant que directeur du budget pendant quatre ans, et à la BCRG pendant dix ans, vice-gouverneur, deux ans, gouverneur pendant huit ans. Je partage ce bilan et je le défends. Je le défends parce qu'il est positif. Quand ce régime RPG arc-en-ciel venait, le secteur minier guinéen était en bon ordre. Il y avait un code minier de 1995 sur la base duquel des compagnies minières aussi importantes que CBG fonctionnaient en paix.

Et on avait des grosses compagnies qui venaient. Rio tinto, GAC, Vale et autres, le projet Simandou, le projet Djandjan ainsi de suite.

Le régime de Conté a fait que la santé primaire de base de la population était préservée. J'étais jeune à l'époque-là mais je vous rappelle qu'il y avait un bon programme qu'on appelle PEV, CEV médicament essentielle, c'est-à-dire le programme élargi de vaccination (PEV) et SSP (Soins santé primaire) et CEV et ME (médicament essentiel). Dans les campagnes, les gens étaient traités avec des postes de santé bien aménagés à l'époque. Quand Conté quittait, on avait des infrastructures neuves, des routes.


Vous avez occulté le chemin de fer qui avait été bradé durant cette période aussi. Aujourd'hui, le chemin de fer n'existe plus.

Ça, c'est un point qu'on peut considérer comme négatif mais que voulez-vous ? Il n'y avait pas de train. Le train minéralier était sur le chemin de Boké, le train passager effectivement ne circulait plus mais je peux quand même vous dire qu'il a joué un grand rôle pour le secteur privé. On sortait de régime révolutionnaire, les privés étaient interdits pratiquement, le secteur privé a été développé sous Conté.

Surtout, Conté nous a évité un choc en 1984. Le changement de régime, il a évité ce pays la guerre civile en calmant les gens. Nous connaissons toutes les exactions qui ont été commises. Il disait restez calmes! Restez calme ! L'histoire jugera, ça sera traité par l'histoire. Il a réconcilié les Guinéens, il nous a réconciliés. Des gens condamnés à mort ont été graciés. Il a demandé à tous les Guinéens de l'extérieur de rentrer chez eux. Car son régime est libéral.


Les gens de la mouvance donnent raison à Alpha Condé parce que les dix dernières années qui ont précédé le décès du feu Général Lansana conté aurait été selon eux des années de dilapidation des biens puisque le président était malade, il ne contrôlait rien. Ceux qui étaient proches de lui selon eux, ont bradé les biens de la Guinée ?

Oui ! J'ai entendu la fois dernière dans une radio, l'ancien ministre de la justice que je respecte bien, excellence Salifou Sylla qui parlait de leur dernière année où des gens effectivement ont commis des fautes face à un président qui était diminué physiquement. Donc cela a terni un peu la fin du régime de Lansana Conté. Mais globalement parlant, je vais dire ceci que nous anciens dirigeants ou anciens grands commis de l'Etat ou ancien ministre partageons son bilan, nous sommes vraiment fatigués, écœurés d'être insultés, menacés et on nous renvoie la responsabilité du retard la Guinée. Non ! La gestion de Conté était beaucoup plus transparente et claire que celle d'aujourd'hui. Je suis un ancien comptable, j'ai beaucoup de chiffres ici que je vais vous donnez tout à l'heure. L'un des points clés, c'est les marchés publics, c'est à travers là qu'on déchiquette le grand contrat de travaux de l'Etat. C'est un désordre total.

Il y a eu des travaux, le gouvernement a des rapports sur 146 marchés. Vous prenez 68 marchés audités d'une valeur de 12 000 milliards de francs guinéens et sur ce montant également vous prenez 16 marchés sur 68 d'une valeur de 3 000 milliards de francs guinéens. Le constat est que 13% seulement des marchés sont conformes à la loi sur les marchés publics qu'on appelle code des marchés publics ; 63% sont non conformes, il y a 24% qui ne sont même pas auditables. C'est-à-dire, il n'a même pas de document de base correcte, sincère pour dire qu'ils sont préjugés. Donc grosso modo, 93% des marchés sont hors normes. Et dans ce lot également 92% des marchés sont dé gré à gré.

Vous vous rappelez que notre président, Cellou Dalein Diallo a dénoncé ça maint fois. Les marchés de gré à gré, sont sources de corruption, de surfacturation, de mauvais travaux, de contrôles non faits et toutes les dépenses que nous connaissons. Quand les gens manifestent à Kérouané, manifestent à Beyla pour demander de route, ça vient de là. Les gens sont payés. Les travaux ne sont pas faits. Et ici, il y a une grave iniquité dans l'affaire. 80% de ces démarches sont octroyés gré à gré à un petit lot d'entreprises, c'est-à-dire un clan. C'est un clan qu'on enrichit, c'est l'affairisme au plus haut niveau de l'Etat que nous avons dans notre pays.

Alors, nous disons que nous sommes très, très fiers du bilan de Conté comparé à la gabegie actuelle, au pillage actuel des ressources de l'Etat. Nous anciens dirigeants surtout qui sont opposants aujourd'hui, ont été entièrement audités. Nous demandons l'équité alors, au moins l'équité, qu'on audite au moins certains dossiers que tout le monde connaît aujourd'hui dans ce pays. Qu'on prenne de 2011 à maintenant, je suis sûr qu'il y a ce service d'audits à la présidence. Il y a le secrétariat général d'Etat et surtout le secrétaire général des finances qui est habilité à faire ce genre de travail. Nous voulons qu'ils se mettent à l'œuvre pour travailler sur plusieurs dossiers dont : je vais indiquer certains, 700 millions de $ de Rio-tinto, vous vous rappelez bien l'accord transactionnel de Rio Tinto signé à l'époque.

Il disait à l'époque que : Rio Tinto voulait avoir la paix, travailler sur le projet Nimba dans lequel, il allait financer 20 milliards de $, 800 Km de chemin de fer et 40 000 emplois directs. Il voulait avoir la paix pour faire ce travail. Qui sait comment ce régime s'est arrangé à perdre cette opportunité. Je vous rappelle à l'époque, Dr Ousmane Kaba, économiste, a fait une sortie pour dire vraiment que cet accord transactionnel est bon, il ouvre la voie. Aujourd'hui, tout ceci est dans l'eau, ils sont partis. Rio Tinto est parti. Je crois que l'une des divergences avec Dr Kaba, c'est un des points. Vous avez 360 millions de $ à la société minière de Boké. Là, les gens ne connaissent pas, nous les miniers nous connaissons.


Une synthèse de Alpha Amadou Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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