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« L'opposition n'a jamais créé une alternance dans notre pays »

Alpha Amadou Diallo  Samedi, 19 Août 2017 08:58

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MILLIMOUNO_Faya_L_2_01Le président du Bloc Libéral (BL) Dr Faya Millimouno a, dans un entretien accordé à nos confrères de Lynx FM, estimé que l'opposition serait en partie responsable de son échec électoral. Malgré tout, le Dr Faya Millimouno indique que le FAD est né pour une stratégie électorale et non pour diviser l'opposition républicaine.


Comment jugez-vous ce que certains appellent aujourd'hui la particularité guinéenne, c'est-à-dire la Guinée est en train d'innover une opposition à une opposition. Comment expliquez-vous ça ?

Je crois qu'il ne devait pas y avoir une opposition à une opposition. C'est la responsabilité de chacun des acteurs de savoir quel acte, il pose. Ce combat-là, nous l'avons mené, nous avons vu beaucoup de nos compatriotes qui ont perdu la vie, nous avons tellement marché ces six dernières années que j'ai encore à chaque fois que je dors, de cauchemars parce que devant nous ici sur l'axe Bambéto-Cosa, au cours des manifestations, j'ai vu des enfants tués. J'ai les images là encore dans la tête et chacun doit garder cela et qu'on ne devait pas trahir la mémoire de ceux-là. Au-delà de cela, ce combat est en train d'être mené depuis très longtemps. On se rappelle des jeunes qui ont perdu la vie au pont du 8 Novembre, ceux qui ont perdu la vie au stade du 28 Septembre, toutes ces personnes-là ont perdu la vie, ont payé le sacrifice suprême pour que notre pays un jour soit géré convenablement. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Notre pays coupe complètement avec  la tendance aujourd'hui de regretter les présidents quand ils ne sont pas là. On a l'impression que le président est bon quand il n'est plus là ! C'est parce que les présidents que nous obtenons sont purs que ceux qu'ils précèdent et c'est ce qui fait que nous regrettons ceux qui ne sont plus là. Il faudrait que nous cassions avec cela et que chacun soit conscient de ses responsabilités face à l'histoire.


Comment voyez-v aujourd'hui la création de cette nouvelle alliance politique, le Front pour l'alternance démocratique (FAD) ?

Je crois que je ne trouvais pas que le FAD était à mon avis une entité anti opposition. Dans une espace politique, les alliances sont plutôt quelque chose à souhaiter. Il faut rappeler aux compatriotes que l'opposition républicaine n'est pas une alliance. C'est une plate-forme de combat où nous nous retrouvons. Nous sommes en train de conjuguer nos efforts ensemble pour arriver à créer des conditions d'une élection libre, transparente et crédible.  C'est ça la mission principale de l'opposition républicaine. A l'intérieur, il y a des stratégies électorales qui se construisent. Donc, le FAD est né dans le cadre d'une stratégie électorale. J'étais aux États-Unis lorsque le FAD est né. La première question qu'un journaliste m'a posée : est-ce que la naissance du FAD ne divise pas l'opposition ? J'ai dit, non ! La naissance du FAD ne divise pas l'opposition ça devait plutôt renforcer l'opposition. Je crois que s'il y a d'autres problèmes au sein de l'opposition, il faut les poser et essayer de les débattre sereinement sans tabou et les résoudre. Le fait qu'une alliance naisse sur un échiquier politique, ça ne veut pas dire que ça divise une entité.


Mais le fait que l'opposition républicaine demande à marcher que d'autres opposants de cette même opposition disent non, ils ne marchent pas parce qu'il n'y a pas intérêt à marcher. Est-ce que l'union sacrée n'est pas en train de voler en éclat ?

En fait, c'est pour cette raison que devant ce tohu-bohu-là, le BL a choisi la sérénité. C'est-à-dire que nous ne voulons pas simplement aller à des choses parce que tout simplement nous voulons aller à des choses, il faut que nous mettions un peu de méthodes. Rappelez-vous, qu'on a suggéré à l'opposition guinéenne que nous nous regardions nous-mêmes dans le miroir pour savoir qu'est-ce qui est la cause principale du fait que l'opposition n'a jamais créé une alternance dans notre pays. Cela fait bientôt 60 ans que l'opposition existe, 26 ans à l'extérieur mais depuis l'arrivée du CMRN (Comité militaire de redressement national avec la prise du pouvoir en 1984 par Lansana Conté), l'opposition est à l'intérieur du pays mais l'opposition n'a pas encore réussi à créer l'alternance. Est-ce que c'est parce que simplement le gouvernement a toujours organisé de fraudes ? Si nous résolvons tous les problèmes en notre sein, je crois qu'on peut faire face à ce qui est devant nous. C'est comme si l'Africain continue à se victimiser de manière permanente. On considère que tous les problèmes africains, c'est parce que les blancs les ont créés. Ça fait 60 ans bientôt que nous sommes indépendants, il y a eu tellement de Mandela sur le continent africain mais le seul qui a survécu, c'est celui qui est né en Afrique du sud, même ici en Guinée, il y a ceux qui avaient la sagesse qui avaient la conviction qui avaient la compétence de Mandela. Patrice Lumumba a été certes tué avec l'aide pour certains, de services secrets étrangers mais celui qui a égorgé Patrice Lumumba est un Africain. Il faut qu'on arrête de regarder seulement l'autre pour dire l'autre est la cause de nos problèmes. Il faut qu'on regarde en notre sein, c'est à ce niveau-là que le premier travail doit être fait si nous réussissons, nous réussissons à faire face à ce qui est extérieur.


Tout à l'heure, vous disiez que quand vous vous souvenez de toutes ces victimes, vous avez du cauchemar et on dit pourtant que vous seul, peut être parmi ceux qui ont manifesté ces dernières années, vous seul n'avez pas bénéficié, parce que les autres, s'ils sont aujourd'hui devenus députés à l'assemblée nationale, c'est aussi  grâce à ces différentes manifestations. Qu'en pensez-vous ?

Je ne vois pas de problèmes en termes de gains : de gains matériels ou financiers. Il est vrai que le BL n'a pas de députés à l'assemblée nationale. Ce n'est pas parce que nous ne sommes pas présentés candidat et nous n'avons pas eu les suffrages des Guinéens. C'est parce qu'il y avait des circonstances qui ont fait que le parti a décidé de ne pas y participer. Nous pensons, quel que soit le bord où on se trouve, que notre responsabilité, elle est là qu'on soit député ou pas. C'est pour cette raison, par moment, nous sommes très critiques même à l'égard de nos amis qui sont à l'intérieur de cette assemblée. Il faut que chacun là où il a la capacité d'agir ait en tête seulement le peuple de Guinée. Si nous commençons à tourner notre dos à cette réalité-là mais tous les actes que nous avons posés s'annulent.


Comment expliquez-vous qu'un député, devenu député grâce à ces manifestations puisse dénonce une manifestation ?

C'est simplement une dérive. Je l'ai dit lorsque l'opposition républicaine s'est retrouvée en violant sa propre charte en disant tel, il n'a pas le point de vue conforme au nôtre. Donc, on ne l'invite plus, c'était grave. Je l'ai dit mais c'est comme si on crie parfois dans un stade rempli et que personne ne vous entende. C'est une dérive quand un député qui représente des gens essaye de prendre une position qui soit contraire aux prescriptions constitutionnelles. C'est la constitution qui donne le droit aux Guinéens de manifester lorsqu'ils ne sont pas d'accord avec un état de fait. On devait garder cela, présent à l'esprit quels que soient par ailleurs les intérêts immédiats qu'on a à défendre. Ceci est une dérive à mon avis.


Est-ce que le Bloc Libéral va participer à la prochaine manifestation ?

Ça dépendra. Nous prendrons notre temps. Nous, à chaque fois que nous avons participé à une démarche, nous avons notre point de vue a exprimé, et nous l'exprimons et la décision qui va s'en suivre, nous serons là pour l'appliquer. Mais nous ne sommes pas un parti qu'on peut inviter c'est-à-dire on va, on prépare tout, on dit venez maintenant. Non ! On n'est pas ce genre de parti. On a des gens très mûrs, des universitaires, des académiciens qui passent le temps à réfléchir pour nous construire des stratégies que nous sommes en train de défendre. Nous ne pouvons pas nous inscrire dans la voie d'un parti suiviste.


Docteur il y a des observateurs qui disent qu'Alpha Condé a réussi avec l'argent, ce qu'il n'a pas réussi avec la justice, la police et la gendarmerie. C'est-à-dire quand il a promis qu'il va anéantir son opposition, beaucoup pensaient que c'est par la répression mais là c'est l'argent qui est en train de diviser parce qu'il faut noter que depuis cette affaire de 500 millions accordés au chef de file, l'opposition est complètement déchiquetée ?

Je ne sais pas chacun dit n'importe quoi par rapport à cela. Au BL, nous avons une position qui est claire et limpide. Nous avons une loi en république de Guinée qui porte sur le financement des partis politiques. Si nous voulons que cette loi soit appliquée, battons-nous pour que cette loi soit appliquée. Les 416 millions arrondis à 500 millions, on aurait mieux fait d'arrondir à 400 millions. C'est une institution qu'on a créée en république de Guinée qui s'appelle chef de file de l'opposition. Même si ce n'est pas constitutionnel comme les autres institutions, comme la médiation de la république, etc, lorsqu'on crée une structure, on la nourrit. Donc, ce montant est destiné à nourrir la structure qu'on appelle chef de file de l'opposition. Et moi, je ne suis pas chef de file de l'opposition donc je ne réclame pas de part dedans. Il faut qu'on fasse la part des choses.


Est-ce que vous avez le sentiment que cet argent a contribué à diviser ?

Ma conviction personnelle, c'est que cet argent ne devait pas diviser l'opposition.


Mais il l'a fait ?

Vous savez, quand vous parlez avec des gens, ils ne vous disent pas c'est à cause de ça. C'est vrai que lorsque cette affaire de 416 millions s'est passée, la communication a été très mal faite. D'abord, on a commencé par nier que c'est vrai. On a entendu Fodé Oussou dire que ce n'est pas vrai, alors que c'était vrai. Je crois que la manière dont on a géré la communication par rapport à ce dossier et la manière même dont on a procédé à l'allocation de ce montant qui est questionnable que le montant lui-même. Et la destination, elle-même, parce que les gens ont critiqué le fait que l'allocation  budgétaire pour le chef de file de l'opposition n'a pas été soumise à la même rigueur que tous les autres budgets.


En fait, ça devrait être validé par la plénière de l'assemblée mais ce sont les membres du bureau qui se sont réunis pour valider ça ?

Voilà ! Donc c'est ce qui a suscité des critiques. Au-delà, je ne crois pas qu'un autre parti politique parce qu'il est de l'opposition peut réclamer avoir le droit d'en avoir de ce montant. Non ! Je le dis, je suis du Bloc Libéral. Le BL ne s'est, jamais de quelque manière que ce soit, prononcé en faveur d'une répartition de cet argent à des partis politiques. C'est au chef de file de l'opposition de décider ce qu'il va en faire. C'est une institution donc il doit rendre de rapport parce que si on est nourri par l'État, on doit faire de rapports annuels. Je crois qu'il va faire travailler des gens, à partir de ce travail-là, il fera des rapports. Je crois que si l'opposition devait aujourd'hui se dissoudre à cause de cet argent, je dis, on aura montré la piètre de la prestation en tant qu'opposition. C'est comme si on ne se bat pas contre des choses plus importantes que ça. Nous, nous sommes dans l'échiquier politique guinéen, celui dont on questionne toujours. Au fait, nous ne sommes pas issus d'une famille riche et nous avons choisi de faire la politique parce que nous croyons que ce n'est pas une compétition des hommes d'affaires ni des riches mais une compétition des visionnaires. J'en ai une, la vision et j'en ai la probité de me battre pour faire prospérer les valeurs qui nous sommes communes. Les gens ont accusé le BL à un moment donné. On nous a accusés d'avoir fait la campagne dans les vieilles voitures de l'UFDG, ce qui a été une pure fausseté.


Dr Faya est-ce que avec l'enlisement là, la crise à la Ceni qui ne trouve pas sa solution et avec un possible troisième mandat qu'on accorde plutôt au président Alpha Condé et la non organisation des élections ne favorisent-ils pas le maintien du Président Condé au pouvoir ?

Tout ça c'est politique. Vous savez, ce n'est pas pour rien que les Guinéens que nous sommes, nous devons nous réveiller. Peut-être, la solution n'est pas dans les mains des politiques parce que ce qui est clair, le changement qu'on a obtenu au tournant de l'année 2000, ce n'est pas seulement l'action des politiques qui a permis cela c'est aussi la contribution des acteurs sociaux : les syndicalistes. On se rappelle de Docteur Ibrahima Fofana, paix à son âme, on se rappelle de Rabiatou etc… Aujourd'hui, on manifeste, c'est Elie Kamano, demain c'est Takana Zion. Il faut qu'il ait une synergie d'actions pour dire : cette descente aux enfers ça doit cesser. Parce qu'effectivement, ce que vous dites, il y a aujourd'hui 3 scénarii que nous avons devant nous : le premier scénario, c'est une modification de la constitution,  je crois qu'on n'y va pas y aventurer parce que ça peut précipiter les choses ou alors on peut proposer une nouvelle constitution  Mais la nouvelle constitution à 90%  aura le même contenu que la constitution. Donc, un petit amendement ça suffit. C'est ce qui se fait dans les pays sérieux. Mais on va nous proposer une nouvelle constitution comme pour passer de la 3ème République à la 4ème République. Dans la troisième république, on n'a pas à manger, dans la 4ème république on n'aura pas à manger où est la différence ? ça c'est le deuxième scénario face auquel on se trouve, le troisième scénario que vous avez évoqué, c'est effectivement le glissement électoral à la congolaise. Le glissement à la congolaise, on va dire au nom de la paix, on va demander le chef de file de l'opposition de trouver parmi ses hommes un premier ministre puis le tour est joué. Je vais vous dire, ce n'est pas pour rien que le BL se refuse de participer aux choses éphémères. Nous voulons de la substance et nous voulons qu'on se prenne un peu au sérieux et qu'on se respecte mutuellement. C'est pour cette raison ici, je défends cette position des jeunes gens qui sont en train de se battre tous les jours au sein de ce parti. Le BL exige désormais la substance.


Quand le Dr Faya Millimouno demande aux Guinéens de se réveiller, il veut dire de passer par une révolution ?

Pas nécessairement ! Écoutez, nous n'allons pas continuer quand même à croiser les bras. Nous sommes en train de mourir aujourd'hui. Est-ce que c'est parce que l'épidémie n'a pas atteint la proportion, il y a déjà une épidémie, la souffrance.


Que doivent faire les Guinéens ?

Les Guinéens doivent être vigilants, et s'organiser. Au-delà des politiques, les acteurs sociaux doivent prendre conscience qu'aujourd'hui on n'arrive même plus à enlever la poubelle à Conakry et que ça, ça tue les gens tous les jours.


Faut-il manifester ?

Bien sûr des manifestations mais pas n'importe comment. Il faut que l'on sache une chose, on peut avoir une manifestation aujourd'hui, demain une autre, après demain une autre, mais il faut avoir une manifestation qui vise la solution pour mettre fin à la pagaille qui est en train de sévir.


Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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