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Avec Bakary Fofana il ne pouvait pas y avoir d'élections transparentes

Alpha Amadou Diallo  Mardi, 11 Juillet 2017 08:19

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jacques gbonimyLe directeur du département de formation et accréditation de la CENI, Jacques Gbonimi s'est exprimé sur la gestion de son institution dans un entretien qu'il a accordé à nos confrères de la radio Lynx FM. C'était à la veille de la plénière qui a donné lieu au départ de Bakary Fofana, remplacé par Me Salif Kébé.


Parlez nous de la crise qui secoue cette CENI. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il y a près d'un mois nous avons constaté l'absence de notre président à une des plénières. C'était un vendredi, nous nous sommes informés, on a essayé de le joindre, on n'a pas pu, le lundi qui est le jour de la plénière ordinaire, il était encore absent. C'est ainsi que nous avons décidé d'envoyer une mission composée de trois personnes, deux membres du bureau et un commissaire, à son domicile pour savoir ce qui se passait.

Alors la mission a été là le mardi qui a suivi. La mission a été reçue par sa femme, lui, il est resté à la maison, il n'est pas sorti. Sa femme a dit que son mari n'était pas prêt à recevoir les membres de la CENI. Quand ils sont revenus, ils ont rendu compte mercredi. On a dit mais est-ce qu'on vous a envoyés chez sa femme ? S'il n'avait pas le temps de vous recevoir, vous ne deviez échanger avec son épouse, c'est après cela on n'a compris à travers des informations recoupées par-ci par-là qu'il avait déposé une lettre de démission. Le jeudi qui a suivi il est venu, il a convoqué une plénière. Dans cette plénière on lui posé la question à savoir s'il avait déposé sa lettre de démission.

Il nous a dit non, qu'il a un droit de réserve pour ça, il n'a donné aucune réponse. On s'est demandé à quoi le président est en train de jouer. Si vous vous souvenez bien, depuis décembre les démembrements ne sont pas payés, c'est le sixième mois, cela nous pose beaucoup de problèmes. Nous voyons que la commission elle-même ne fonctionne pas comme ça se doit. On s'est dit, non, qu'il faut dans ce cas-là relever tous les dysfonctionnements de la CENI et essayer de les corriger, et voir comment le président peut être en harmonie avec les autres commissaires.

C'est ainsi que nous avons mis une en place une commission qui a travaillé sur les différents dysfonctionnements, et le document a été soumis à l'appréciation du bureau. Et M. le président n'était pas en harmonie avec ce document. De plénière en plénière, on a mis une seconde commission pour alors travailler sur ces dysfonctionnements et voir qu'est-ce que nous pouvons faire pour corriger tous ces dysfonctionnements ? C'est ainsi que la commission nous a proposé la création d'un comité de trésorerie.

Depuis les cinq ans que nous sommes avec la CENI deuxième phase, on ne sait pas qu'est-ce qui est dans notre compte et qu'est-ce que la CENI a. Et aussi créer un autre comité de suivi de l'application de la décision de la plénière parce que tout ce que nous disons en plénière est soit modifié par le président ou n'est pas appliqué par le bureau.

Lors d'une plénière le président de la CENI a dit qu'il n'est pas d'accord de la création d'un comité de gestion de ses moyens matériels et financiers. De fil en aiguille, on s'est rendu compte qu'il ne voulait pas de cette mesure de transparence parce que c'est un outil de transparence pour nous, pour savoir qu'est-ce que l'État donne à la CENI, qu'est-ce qui est dépensé et qu'est-ce qui reste avec nous ?

Si depuis cinq mois nos démembrements ne sont pas payés, il faut qu'on sache que la CENI a de l'argent dans son compte ou il n'y a pas d'argent parce que nous n'avons pas de compte rendu du DAF, ni du trésorier qui est d'ailleurs écarté de la gestion totalement. Donc finalement on a mis en place une commission qui a rédigé le TDR de cette commission et on s'est dit de se conformer à la loi. Quand le document a été proposé, il a dit qu'il est  d'accord de signer, et qu'il demande pardon au commissaire et qu'il pardonne à tous ceux qui l'ont offensé. Donc ce jour-là on était en harmonie.


Qu'est-ce qui a poussé Bakary Fofana à faire ce rétropédalage ?

C'est quand ce document a été rédigé, il a accepté au départ de signer, par la suite on a constaté qu'il ne veut pas signer à cause de certains points qu'il veut écarter. Finalement on a dit à la  commission non vous n'allez pas lui donner le document, après le travail. Il faut attendre que la plénière adopte le document. Et le document adopté doit être signé sans modification, c'est ce que nous avons fait à la dernière plénière. Quand nous lui avons posé ce problème, il a dit non, « j'ai dit à la commission de me donner le document, je vais lire et signer ».


Oui c'est son droit…

Non, pas lire simplement, il voulait lire et modifier, on n'est pas d'accord que le document adopté  en plénière soit modifié par un président ou par un membre de la commission, c'est ainsi que nous lui avons dit non. Dans cette plénière on reste tous ensemble, on travaille et ce qui sera adopté sera signé  par vous monsieur le président.


Pourquoi l'autre fois vous étiez en harmonie avec lui et subitement il a changé, c'est qu'il y a eu quelque chose entre temps ?

Sûrement il s'est rendu compte que nous voulons lui retirer certains pouvoirs, il n'a pas voulu signer, c'est lui qui sait pour quoi il ne veut plus signer le document. Les TDR sont clairs, il s'agit d'une cellule de suivi et de gestion des moyens matériels et financiers, c'est une cellule de suivi, ce n'est pas une cellule qui ordonne les dépenses. Les prérogatives du président c'est d'ordonner les dépenses. C'est quand les dépenses sont vérifiées et justifiées que la commission s'engage à dépenser ou à modifier, la commission n'ordonne pas mais la commission suit l'exécution des dépenses au sein de la commission, ce qui n'a jamais été fait depuis les cinq ans.


Pourquoi vous avez attendu toutes ces cinq années passées et maintenant vous  soulevez ce problème ?

A ce niveau nous sommes responsables, parce que c'est maintenant qu'on se rend compte que la CENI a des difficultés financières. Depuis les cinq ans on n'en a pas eu. On se rend compte maintenant que nos démembrements et le fonctionnement même de la CENI posent problème. Moi j'ai même garé ma voiture VA parce qu'il n'y a plus d'entretien.


Parce que justement ceux qui connaissent les rouages de la CENI déclarent que Bakary Fofana avait habitué les commissaires a beaucoup d'argent et maintenant Alpha Condé a refermé le robinet de son côté lui aussi, que c'est le nerf de la guerre ?

Non, pas du tout, effectivement le problème se situe là, certains pensent que c'est des questions d'argent qui nous amènent à ça, non, ce n'est pas la première revendication à la CENI. Juste après notre installation, il y a eu une pétition contre Bakary mais à l'époque tout le malheur était que tous les commissaires ne parlaient pas de la même voix. Il y a eu deux ou trois pétitions à la CENI qui n'ont jamais abouti à cause de la division entre les commissaires. Mais aujourd'hui tous les commissaires sont unis pour aller vers le même objectif, et l'objectif c'est quoi vraiment, c'est imprimer la transparence dans la gestion des moyens matériels et financiers de la CENI. On ne veut plus laisser tout à la seule décision d'hommes qui se croient au-dessus des commissaires.


Ce jeudi vous avez voté une motion de défiance à l'encontre de Bakary Fofana, vous avez convoqué même une nouvelle élection. Comment cela va se passer, notamment avec le décès de Yéro Condé ?

Effectivement le jeudi c'était une plénière, nous nous sommes retrouvés parce que le lundi après la plénière on a fait le document. Le mardi, on l'a adopté et on n'a donné au président 24 heures de signer le document.  Malheureusement le mercredi soir, on se rend compte que le document n'est pas signé. Donc ce délai de 24 heures est expiré. On est passé à une autre étape, cette étape c'est cette motion de défiance qui retire la confiance des commissaires à M. le président et programme une nouvelle élection pour le mardi. La motion a été déjà signée le jeudi 29 juin par 15 commissaires. Yéro devait signer ce soir du vendredi, malheureusement il décède ce matin.  Je crois que le corps étant dans nos mains, le corps est prioritaire, c'est un de nos collègues qui vient de disparaître. Nous allons partir en famille pour prendre le programme de l'enterrement, en fonction du programme on pourra revoir notre plénière. L'enterrement prime sur  cette plénière parce que c'est un collègue que nous venons de perdre.


Dans ce contexte de crise, est-ce que la CENI peut organiser des élections communales libres et transparentes, avant la fin de cette année ?

Avec M. Bakary, je ne crois pas. C'est pourquoi nous voulons nous réorganiser pour aller vers ces élections, dans la sérénité, dans la quiétude avec une confiance mutuelle  entre les commissaires.


Quel est le règlement intérieur, en cas de démission ou de vacance du président ?

En cas de vacance, une plénière est convoquée par les 2/3 et cette plénière élective, elle est présidée par le doyen de l'institution, aidé en cela par les 2 plus jeunes ou comme rapporteurs.


Qui peut être candidat ?

La loi est claire, c'est seulement les représentants de la société civile qui peuvent présider la CENI, ils sont au nombre de 3, les 3 peuvent être candidats.


Bakary n'a plus la chance d'être reconduit ?

Non, on ne veut plus de sa présidence, c'est ce qui est clair.


Et si dans le vote il arrivait que certains votent, qu'il soit encore plébiscité ?

Non, je ne crois pas. Nous sommes maintenant à 23 commissaires, si déjà hier 15 ont signé le document, même si les 15 votent pour un candidat, Bakary ne pourra plus passer.


Le vote est secret ?

Oui. Le vote est secret, ce n'est pas le vote à main levée.


Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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