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« Nous allons nous inscrire dans un cycle ininterrompu de manifestations »

Alpha Amadou Diallo  Dimanche, 25 Juin 2017 12:21

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SYLLA_Aboubacar_7_01Le président de l'UFC et porte-parole de l'opposition républicaine, Aboubacar Sylla a dans un entretien accordé à la radio Lynx FM, expliqué les problèmes qui minent la CENI et la nécessité de réviser la constitution pour changer le système de gouvernance en Guinée. Ce n'est pas tout. Il a également évoqué les manifestations prévues par l'opposition républicaine après le ramadan.


Les analystes disent que la Guinée doit faire en sorte que les élections soient organisées par un ministère en charge des élections comme c'est le cas au Sénégal. Pourquoi vous vous opposez à cette démarche ici ?

Je dois vous rappeler que l'immixtion de la  CENI dans le paysage politique africain est due à ce grand déficit de confiance entre l'administrateur public et parmi les compétiteurs électoraux et la classe politique et en particulier celle de l'opposition. C'est une grande avancée qui constitue les CENI en Afrique. Revenir encore en arrière et confier le sort des élections à un ministère qui prend ses ordres sous le président de la République qui fait partie de la compétition électorale. Donc, il n'est pas neutre et a une attitude forcément subjective dans le processus électoral. En acceptant cela, ce serait une catastrophe encore. On reviendra à la case de départ et  tous les acquis et tous les progrès réalisés seraient perdus. Et je le disais tant tôt, notre constitution est claire sur cette question. On ne peut pas modifier ce système si on ne retourne pas à une révision constitutionnelle si on n'amende pas notre constitution. Donc c'est pour vous dire que c'est une question qu'on a même pas voulu discuter ou débattre au niveau de l'atelier d'imprégnation et de croisement des expériences organisé par l'OIF parce que tout simplement, c'était sans objet.

C'était comme si on demandait à un pilote d'avion de venir parler son expérience de pilotage d'avion. Comme nous on n'est pas des pilotes, on n'a aucune vocation à conduire des avions. C'était sans intérêt malgré que la mouvance ait dit que de toutes les façons qu'elle veut être informée. L'information ne veut pas dire qu'on prenne une décision sur le sujet.

Nous avons dit non ! C'est une perdre de temps inutile. C'est une option impossible du fait de notre constitution et ce serait un grave recul dans la transparence des élections en Guinée que retourner encore la responsabilité des élections au niveau du ministère de l'Administration du Territoire.


Alors vous avez dit que vous allez reprendre les manifestations à Conakry et à l'intérieur du pays après le ramadan parce ce que selon vous l'accord du 12 Octobre 2016 n'est pas du tout appliqué.  Or, nous avons reçu dans ce studio Amadou Damaro Camara, de la mouvance. Selon lui, tous les points sont en train d'être appliqués.

Écoutez c'est très simple ! Nous allons si vous voulez avec vous et les acteurs ont passé en revue les différents points de l'accord et nous allons simplement  apprécier s'ils ont mis en vigueur ou non.

Le premier point, c'est le problème des communales. L'accord avait prévu que ces élections communales  devaient être organisées au mois de Février 2017. Est-ce que c'est le cas ? Je dis non ! Non seulement les élections ne sont pas organisées mais on a aucune idée sur le calendrier électoral. On n'a aucune visibilité sur ces élections. On ne sait plus quand elles seront organisées. On n'en sait absolument rien. Nous avons un comité de suivi qui fait tout pour que la CENI participe à ces travaux. La CENI s'y oppose farouchement, au nom d'une certaine séparation des pouvoirs. Je ne sais pas ce que cela veut dire concernant la CENI. Donc il y a aucune visibilité. Ces points ne sont pas appliqués.

Le deuxième point, c'est le problème de la réforme de la CENI elle-même. Nous avions prévu qu'au cours de la présence session, la CENI ferait l'objet de réforme ou une modification substantielle dans la loi 016 portant composition, organisation et fonctionnement de la CENI. Il se trouve qu'on s'achemine vers la fin de la session qui va être clôturée dans moins d'un mois alors que le projet attendu du gouvernement n'est même pas arrivé. Alors qu'on se refuse à ouvrir la concertation, le débat au tour de la proposition des lois de l'opposition comme prévu par l'accord du 12 Octobre 2016. Donc là aussi, c'est un code manifestement qui n'est pas du tout appliqué.

L'audit du fichier électoral. D'après l'accord du 12 Octobre 2016, cet audit devait être réalisé et le résultat final disponible au 31 Mai 2017 au plus tard. Nous sommes aujourd'hui le 13 Juin. Donc cela fait déjà deux semaines que ce rapport devait être entre nos mains. Mais même l'appel d'offre n'est pas encore lancé.

Le comité de suivi a pris sur lui de faire rédiger un cahier de charges pour lancer l'appel d'offre. Ce document a été transmis à la CENI depuis le mois de Décembre. Et au jour d'aujourd'hui  même un appel d'offre n'est pas lancé.

Je vous laisse évaluer le délai, même si l'appel d'offre était lancé aujourd'hui. Il faudrait donner au moins un mois 45 jours aux sociétés intéressées pour soumissionner pour l'audit. Il faudrait un autre délai pour dépouiller les offres pour faire l'adjuration du marché, négocié le contrat et recruter le cabinet d'audit. Il faudrait peut-être compter encore presqu'un mois. Ensuite, il faudrait que le cabinet d'audit dispose le temps nécessaire pour faire l'audit proprement dit. Auditer le fichier, ça c'est encore peut être un mois ou 2 mois avant de déposer un rapport final.

Donc on est en retard d'au moins de 4 à 5 mois en ce qui concerne  cette disposition de l'accord de 12 Octobre 2016. Je crois le problème du code électoral également qu'on brandit comme étant des points  exécutés, le point a été exécuté en moitié. Et à contre temps. Ce code électoral devait être adopté à la session budgétaire 2016. Elle n'a été qu'à l'occasion d'une session extraordinaire tenue en Février 2017. Et depuis ce texte, il  se promène entre le président et la cour constitutionnelle. Au jour d'aujourd'hui, elle n'est pas applicable tout simplement parce qu'elle n'est pas promulguée. Là aussi, c'est une disposition qui n'est pas arrivée à son terme même si on n'a pas franchi quelques étapes.

En ce qui concerne la Haute Cour de justice, on n'en parle pas. Au jour d'aujourd'hui, le président de la République, les membres du gouvernement même s'ils faisaient des aveux publics de détournement de fonds ou de violation de la constitution, ils ne seraient pas susceptibles d'être poursuivis parce que la juridiction qui peut les entendre n'existe pas. On refuse de la mettre en place, alors qu'elle, indépendamment de l'accord du 12 Octobre 2016, devait être mise en place au plus tard en Juillet 2014. Donc ça fait un retard de 3 ans pour la mise en place d'une institution constitutionnelle aussi importante surtout dans le domaine de la moralisation de la vie publique. Parce que là aussi, c'est une disposition de l'accord qui n'est pas appliquée.

Les enquêtes judiciaires qui devaient être initiées et qui devaient aboutir à l'identification et à des poursuites contre les auteurs et les commanditaires des actes de violences qui ont émaillé nos manifestations en 2013 avec à la clé 57 morts, je ne parle pas des blessés et des biens détruits. De ces enquêtes, rien n'est fait. Les coupables courent toujours et bénéficient même d'une protection de leurs autorités parce que tout simplement même les sanctions administratives ne sont pas prises dans ce domaine.

Pour les indemnisations des victimes dont on parle, je vous rappelle que l'accord du 12 Octobre pratiquement jour pour jour, à 8 mois d'existence, on ne parvient pas encore à identifier les personnes qui sont décédées. Je ne parle même pas des personnes blessées ou handicapées encore moins des personnes qui ont perdu leurs biens ou qui ont fait l'objet de pillages ou d'acte de vandalisme. Je parle de celles qui sont décédées dont les listes étaient dressées au fur et à mesure de leur décès. (…)

On parle de la neutralité du service public, également une disposition prévue dans l'accord du 12 Octobre 2016. La neutralité du service public ça suppose la neutralité notamment de l'administration territoriale par un traitement équitable de tous les partis politiques quelles que soient leurs sensibilités à l'intérieur du pays comme à Conakry. Mais également par l'ouverture de médias  du service public à un courant de pensée, d'opinion du pays comme prévu dans notre constitution, comme prévu dans la loi sur la liberté de presse, comme prévu la loi par sa création du CNC devenu la Haute autorité de la communication, comme dans l'accord du 12 Octobre 2016.

Cette disposition encore elle est facile à vérifier. C'est rentré en vigueur ? Regardez la RTG aujourd'hui, est-ce que vous voyez l'opposition ? Est-ce que vous voyez la déclaration de l'opposition ? Est-ce que vous voyez le débat auquel l'opposition participe ? Est-ce que vous voyez les couvertures de nos conférences de presse, de nos réunions ? Ou une de nos manifestations ? Non ! Pas du tout. Donc c'est aussi un point qui n'est pas appliqué. Peut être à la limite, on peut parler de la libération  de nos prisonniers. Là il faut dire qu'on n'a pas de prisonniers politiques aujourd'hui en tout cas du fait de manifestation parce que la plupart des cas, les intéressés ont fini de purger leurs peines ou certains ont fait l'objet de libération conditionnelle par le ministre de la justice alors qu'ils avaient déjà purgé plus de la moitié disons-le deux tiers de leurs peines. Donc c'est par la force des choses que là aussi on n'a pas des prisonniers. Il n'y a aucune politique réelle de mettre en œuvre cet accord.


L'opposition républicaine a réitéré son intention de manifester après le ramadan précisément à partir de la première quinzaine de juillet. Qu'est-ce qui motive cette décision et comment ça va se passer ?

C'est ce que je dis tantôt. Cet accord est devenu un marché de dupe. Je l'ai dit l'autre jour que l'accord du 12 Octobre 2016 a rejoint le cimetière des accords signés sous l'égide du Pr Alpha Condé. Ce sont des accords qui sont enterrés sans jamais connaître un début d'exécution sérieuse. L'accord du 12 Octobre 2016 comme je l'ai dit tantôt est violé dans toutes ces dispositions en tout cas n'est pas appliqué dans le délai convenu.

Donc nous ne pouvons pas continuer à croiser les bras et à laisser des phénomènes plus ou moins irréversibles s'instaurer dans le pays alors que nous avons la possibilité d'intervenir. Donc nous avons décidé de faire des manifestations. Avant, nous avons décidé donc de rencontrer certaines personnalités de ce pays parce que, lorsque nous commençons nos manifestations, ce sont elles qui mettent la pression sur nous et qui nous demandent au nom de la paix, au nom de la cohésion sociale, qui nous demande d'arrêter ce mouvement.

Nous avons déjà rencontré la communauté internationale, il y a quelques semaines. Nous l'avons déjà informée sur le niveau d'application de cet accord et l'obligation que nous avons après l'épuisement de tous les recours d'engager ce cycle de manifestation. Nous avons décidé de rencontrer également les sages, notamment les membres de la commission provisoire de réconciliation nationale, l'Imam de la grande mosquée de Conakry et l'archevêque de Conakry.

Nous avons décidé d'envoyer de délégations rapidement pour les rencontrer. Nous avons également décidé de rencontrer le ministre de l'administration et du territoire parce que nous voulons aussi lui mettre devant ses responsabilités parce qu'il a été le président du cadre de dialogue, le président aujourd'hui du comité de suivi. Nous voulons lui dire que ça fait 8 mois que nous nous réunissons avec lui mais 8 mois les choses ne bougent pas.

Donc nous allons lui expliquer que si les choses continuent à s'attendre, nous allons être obligés de nous retirer du comité de suivi et nous allons également commencer une série de manifestations. Je dirai même, nous allons nous inscrire comme je l'ai dit dans un cycle ininterrompu de manifestations.

On se rend compte que les dialogues ne servent qu'à avoir des accords qui sont systématiquement violés. Donc le dialogue devient sans objet et ne sont plus des solutions de sortie de crise.


Synthèse d'Alpha Amadou Diallo

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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