Walaoulou Bilivogui Samedi, 17 Juin 2017 17:53
Dans tous les secteurs d'activités de la nation, dans les pays sous-développés en particulier, se pose avec acuité le problème de la qualité et de l'emploi des ressources humaines. Que ce soit pour diagnostiquer la problématique d'une activité, la rédaction, la conduite ou l'évaluation d'un projet, l'on a nécessairement recours à la ressource humaine que l'on juge la mieux qualifiée. En la matière, c'est l'expertise étrangère qui est privilégiée au détriment de la nationale.
Illustrons cela par un exemple entre mille. Dans les années 90, pendant que je gérais la cellule de formation du Centre national de surveillance et de protection des pêches (CNSP), la direction recourait régulièrement à l'expertise canadienne pour le montage ou l'exécution des différentes activités, nonobstant la présence dans le centre de 2 promotions d'inspecteurs des pêches formées au Canada.
Chaque fois qu'un expert canadien était programmé pour une activité, par exemple l'animation d'un atelier de formation de 4 jours, il faisait parvenir à la direction un devis pour sa prestation, devis qui s'articulait autour des rubriques suivantes : documentation et montage du projet / transport national / transport international / hôtel / frais de séjour / couverture assurance / honoraires. La note à payer se chiffrait banalement entre 40 et 50 millions de GNF d'alors. L'expert bénéficiait en plus de l'appui logistique pour ses déplacements et de l'appui documentaire (supplémentaire) de la bibliothèque du centre.
Mais ce n'est pas tout que chez-nous l'on favorise l'expertise étrangère, on s'évertue à sous évaluer le coût du travail lorsqu'il doit être exécuté par l'expertise nationale. Ainsi pour animer un atelier de formation, monter un projet, rédiger les statuts et règlement intérieur d'une association ou corriger un manuscrit littéraire, c'est des miettes qu'on accorde à l'exécutant. Manifestement nous n'accordons pas au travail intellectuel la valeur qu'il mérite à moins qu'il soit réalisé par un expatrié (blanc ou africain).
En témoigne l'écart scandaleux qui sépare les conditions de vie et de travail entre employés guinéens et expatriés des banques primaires de la place. Ce que coûte une prestation intellectuelle en définitive, c'est les yeux de la tête ou des broutilles selon que vous vous adressez à l'expertise étrangère ou nationale. Dommage pour l'élite de chez nous qui n'arrête pas de se jouer d'elle-même !
Walaoulou Bilivogui
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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