« Ce ne sera pas à cause de l'argent que l'opposition guinéenne va éclater »

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SYLLA_Aboubacar_6_01Le président de l'Union des Forces du Changement (UFC), Aboubacar Sylla a dans un entretien accordé récemment à la radio Lynx FM dans son émission Œil de lynx, abordé la question liée à l'affaire du budget du chef de file de l'opposition républicaine, qui continue de défrayer la chronique dans la cité. Sylla a invité ses pairs à faire preuve de vigilance pour ne pas se donner en spectacle pour une affaire d'argent.


Le budget du chef de file de l'opposition, est-ce que dans la loi des finances 2017 cela était prévu, M. Aboubacar Sylla ?

« Non, je crois qu'il faut bien remonter à l'origine de ce qui est devenu maintenant une affaire, c'est qu'en Décembre 2014 une loi a été votée, la loi n'est pas intitulée loi portant sur le statut du chef de file de l'opposition contrairement à ce que j'entends par-ci par-là. La loi est intitulée « loi portant statut de l'opposition politique en République de Guinée ». C'est dans cette loi portant statut de l'opposition que figure une disposition relative au statut de chef de file de l'opposition républicaine, c'est très clair.

L'objet de la loi, c'était de définir l'espace de liberté qui était nécessaire aux partis de l'opposition pour qu'ils jouent le rôle d'animation de la vie politique, leur rôle de contestations pacifiques et légales des actions gouvernementales mais de manière à ce que la démocratie puisse exercer normalement en République de Guinée. On a prévu dans cette loi qu'il y a un chef de file qui va être l'interlocuteur privilégié du pouvoir, notamment le président de la République et qui pourra directement discuter avec le président de la république à tout moment à la demande de l'un ou de l'autre, des questions d'intérêt général, les questions d'actualités pour éviter que l'absence de dialogue n'aboutisse à des citations conflictuelles. Il est prévu pour ce chef de fil de l'opposition, certaines obligations mais aussi certains droits et certains avantages. Et il était prévu qu'à la résolution de l'assemblée nationale succéderaient des avantages qui allaient lui être dévolus.

Cette résolution a été faite, c'est vrai qu'elle n'a pas été soumise et votée en plénière de l'assemblée nationale mais il semble qu'il y a une résolution qui a été faite au niveau de l'assemblée nationale. C'est vrai que cette ligne budgétaire, elle n'existe pas dans la loi des finances 2017. Il n'y a pas eu un budget qui a été voté par l'assemblée dans lequel budget figure ce montant de 5 milliards alloués au chef de file de l'opposition. Ce montant a dû être prélevé dans ce qu'on appelle dans le budget des dépenses communes qui permettent une certaine flexibilité qui permettent au gouvernement de pouvoir dans ces dépenses communes là parfois extraire des lignes qui permettent de faire face à certaines situations qui n'avaient pas été envisagées au moment du vote de la loi.

C'est une rubrique d'ailleurs extrêmement importante qui fait à peu près le quart du budget général de l'État, c'est autant vous dire que jusqu'à présent, on est dans un cadre relativement légal. Ce que certains députés contestent c'est du fait que ce montant de 5 milliards n'ait pas été ressorti clairement pour que les députés l'approuvent. Mais cela a fait partie des résolutions qui amènent le gouvernement à prélever dans les dépenses communes ces 5 milliards.

La deuxième chose que je voudrais dire, c'est qu'il ne s'agit pas de 500 millions, c'est vrai que le chiffre de 500 millions par mois est plus facile à retenir et surtout plus impressionnant. Il s'agit de 5 milliards divisés par 12 mois, ça veut dire 416 millions par mois, alors si on veut arrondir mieux vaut arrondir à 400 millions. Donc au lieu d'arrondir à 400 millions on a arrondit à 500 millions. Bref c'est une boutade mais on est à 416 millions. Vous comprenez ?

Moi je crois qu'il y a quelques questions qu'il faut se poser par rapport à ce budget. Je dois vous dire franchement et je l'ai dit au chef de file de l'opposition et tous ceux qui m'ont écouté ces derniers jours, que personnellement en même temps que les autres collègues de l'opposition, nous n'avons pas été informés que le 24 Février, une lettre a été adressée au président de l'UFDG, chef de file de l'opposition par le ministre du Budget, l'informant de la création de cette ligne budgétaire de 5 milliards de GNF qui devaient être décaissés trimestriellement, pour un montant de 1,250 milliard de GNF, tous les trois mois. Nous n'avons pas été informés de cela, ça c'est clair.

Maintenant les questions qu'il faut se poser. Quel est l'usage qu'on peut faire de ce budget ? Parce que la loi qui a été votée à l'assemblée nationale, n'est pas suffisamment explicite. Elle est assez vague et c'est ce qui a ouvert justement toutes ces interprétations, en ce qui concerne l'usage qui doit être fait de ce budget mis à la disposition du chef de file de l'opposition dans le cadre de l'application d'une loi. Donc on est jusqu'à présent dans la légalité.

La question est de savoir qu'est-ce qu'il faut faire de ce budget ? Est-ce que c'est un budget alloué au chef de file de l'opposition en tant que personne, en tant qu'individu ? Ou c'est un montant alloué au parti qu'il dirige, ou c'est un montant qui est alloué à toute l'opposition pour améliorer son fonctionnement. Je crois que ce sont les questions qu'il faut se poser. Mais jusqu'à présent c'est des questions pour lesquelles l'opposition républicaine ne s'est pas retrouvée.

Je crois que le chef de file de l'opposition républicaine qui est absent de Conakry est conscient de cela, puisque j'ai eu un échange téléphonique avec lui-même hier. Bon, je pense que lorsqu'il reviendra à Conakry, l'opposition républicaine se retrouvera et on va clarifier cette situation pour éviter que la question de ce budget ne soit une pomme de discorde. Et pour ne pas que la Guinée livre au monde entier l'image d'une opposition qui se déchire pour des questions pécuniaires, pour des questions bassement matérielles. Alors qu'on a un combat beaucoup plus noble qu'une répartition d'une manne qui est mise à disposition par l'État. Je pense qu'on va surmonter ce cap ».


Ce montant appartient au chef de file de l'opposition ou quoi, selon la loi puisque vous êtes député ? Que dit la loi ? Concernant cette partie ?

« Écoutez, la loi est très vague là-dessus, la loi parle de certains avantages destinés au chef de file de l'opposition. Comme la mise en place d'un cabinet, d'un bureau, d'une certaine sécurité, d'un budget de fonctionnement ainsi de suite. Mais lorsque vous voyez le montant, il s'agit quand même d'un montant de 5 milliards de GNF. Cette subvention de 5 milliards ne peut pas être allouée à un individu. Ce qui voudrait à 416 millions de subvention mensuel.

Je rappelle que le président des États-Unis d'Amérique Barak Obama puisque Trump lui a renoncé à son salaire, touche à peine 30 000$ par mois. Et M. François Hollande, donc maintenant Emmanuel Macron, maintenant président de la France, touche 15 à 16 000€. Alors on est en train de parler de 50 000€ par mois. Donc ça ne peut pas être alloué un individu pour financer son train de vie ou financer sa représentativité, ce serait totalement disproportionné par rapport au budget de l'État.

Quand on parle de Médiateur de la République, c'est une institution, ce n'est pas un individu. Il y a au sein de la médiature des services, un cabinet et il y a des prestations que la médiature doit fournir pour pouvoir intercéder entre les autorités et les personnes physiques, les personnes morales, il faut être très bien. Le Médiateur de la République a une expertise à sa disposition et tout ça coûte de l'argent, donc on peut le comprendre.

Moi je pense de mon point de vue personnel, nous n'avons pas discuté de cette question au sein de l'opposition. Je pense que l'objet visé par cette loi, c'est-à-dire la lettre parce que dans l'esprit de la loi, il y a lettre dedans. La lettre c'est une chose, l'esprit de la loi pour moi, c'est de faire en sorte que l'opposition fonctionne mieux, que la démocratie s'enracine dans notre pays, de manière à donner des possibilités à cette opposition de pouvoir en quelque sorte financer ses activités parce qu'on sait, même si on ne dit pas tout. La mouvance présidentielle est généralement prise en charge d'une façon ou d'une autre.

Si on veut améliorer le fonctionnement de l'opposition, il faut que ce montant soit utilisé pour permettre à l'opposition de disposer d'une cellule de communication, de pouvoir avoir son Site internet, recruter des journalistes qui animent les réseaux sociaux, de pouvoir financer nos manifestations, nos meetings, nos marches pacifiques, financer les missions ou les voyages de l'opposition à l'intérieur pour pouvoir sensibiliser les populations à l'extérieur, pour rencontrer la communauté internationale. Et aussi évidemment permettre au chef de file de l'opposition de disposer d'un cabinet qui va être un cabinet de l'opposition, où les partis politiques de l'opposition pourraient exercer les activités qui vont leur permettre de mieux jouer leur rôle d'opposant, de mieux formuler des propositions alternatives aux actions du gouvernement ainsi de suite.

Si c'est ça, oui. Ça améliore le fonctionnement de l'opposition, ça améliore l'état de la démocratie dans notre pays. Et si c'est pour financer un parti politique, on créerait une discrimination, ce serait de prendre le fond public donner à un parti et créer une situation de concurrence déloyale. Fausser la compétitivité entre les partis politiques, parce qu'un parti serait favorisé et de manière massive parce que 5 milliards de GNF ce n'est pas un petit montant.

Nous de l'UFC si on a chaque année 5 milliards de GNF, je vous assure que dans 2 ou 3 ans si on n'est pas la première on sera peut-être la deuxième ou la troisième force politique du pays. Donc effectivement ça crée une situation discriminatoire, et ça ce n'est pas de l'équité ».

Et puis les partis politiques ne sont pas financés or il y avait une loi portant sur le financement des partis politiques en Guinée. On en parle assez mais ça a été adopté depuis le temps du feu général Conté.

Oui, elle a été adoptée depuis 2007, c'est une loi qui a été adoptée en même temps que la loi sur l'ancienne CENI et la loi sur les chartes des partis politiques, ce sont les 3 textes qui ont été adoptés dans la foulée par l'ancienne assemblée nationale avant qu'elle ne soit dissoute après le décès de Lansana Conté. Il est prévu une loi portant financement public des partis politiques. Cette loi-là prévoit des subventions directes non pour les partis politiques cette fois-ci pas pour les entités comme l'opposition et la mouvance, mais pour les partis politiques de toutes obédiences politiques.

Cette loi prévoit qu'il y ait des critères qui soient déterminés, pour évaluer le montant de subvention allouée à chaque parti. Il s'agit des critères liés au nombre de sièges de l'assemblée nationale, au nombre d'élus locaux, au nombre de participations à des élections dans le pays. Tout ceci permet de définir les montants qui sont alloués à chaque parti politique pour leur fonctionnement y compris pour leurs campagnes électorales, cette loi-là existe.

Mais la loi portant statut de l'opposition dans laquelle figure le statut de chef de file de l'opposition prévoit d'allouer une subvention, c'est pour permettre l'enracinement de la démocratie dans le pays. Ce n'est pas pour dispersion entre les partis politiques, ce n'est pas pour discriminer certains partis, favoriser d'autres ».


Ça veut dire que si ce montant-là n'est pas utilisé pour l'épanouissement de l'opposition entière, ça pourrait donc avoir un impact sur l'harmonie au sein de l'opposition ?

« Sur la qualité de la démocratie dans notre pays parce qu'il y aura une mouvance présidentielle qui est prise en charge par l'État comme vous le savez dans des conditions occultes et totalement illicites, et d'autre part vous aurez un seul parti d'opposition qui serait pris en charge légalement par l'État au détriment de tous les autres partis politiques. Je crois que ceci serait un manque total d'équité et n'importe qui serait en droit d'attaquer une telle loi au niveau de la cours constitutionnelle parce que c'est une loi qui fausse le jeu de la compétition électorale et qui crée une discrimination entre les partis politiques, donc entre les compétiteurs électoraux. Je suis certain que cette loi pourrait être retoquée mais je pense qu'on n'en arrivera pas là.

Quand M. Cellou Dalein reviendra, nous allons en débattre, nous allons en discuter sereinement. En tout cas une chose est certaine, ce ne sera pas à cause de l'argent que l'opposition guinéenne va éclater. En tout cas en ce qui me concerne, je ne suis pas du tout accroché à cette considération. On a évolué jusqu'à maintenant sans un franc de l'État. Je pense que mieux vaut continuer comme ça, nous sommes mus par des convictions politiques profondes liées à notre ferme volonté d'assurer l'alternance politique dans ce pays, de manière à faire en sorte que les Guinéens puissent jouir des biens que la nature leur a procurés ».


Êtes-vous d'accord comme le dit Baïdy Aribot qu'il faut mettre en place une commission d'enquête parlementaire autour de cet argent que le chef de file de l'opposition aurait reçu bien avant que la loi ne soit votée, et que le budget ne soit validé par les parlementaires ?

« Je ne vois pas l'utilité d'une enquête parlementaire, la résolution … même peut être si elle n'a pas suivi toutes les voies régulières et nécessaires à savoir être examinée et discutée, votée en plénière mais il était prévu que c'est une résolution au niveau de la loi. Il était prévu que c'est une résolution qui déterminait les avantages qui doivent être alloués au chef de file de l'opposition.

Moi je pense que tout ça c'est un accident de parcours, c'est un épiphénomène. Je pense que le retour d'El Hadj Cellou va sonner le glas de tous ces débats. Nous allons nous retrouver et nous allons en discuter sereinement. Mais l'appel que je lance à tous les partis politiques de l'opposition ; c'est de ne pas accepter que cet appât lancé par le pouvoir soit la cause de l'implosion de l'opposition républicaine. On se ridiculiserait qu'on dise à l'avenir qu'il y a une opposition en République de Guinée dans un pays de l'Afrique de l'Ouest là-bas où il y a eu implosion parce qu'on a fait le jeu du pouvoir, simplement parce qu'on s'est pas entendu dans la répartition d'une manne qui a été attribuée par le pouvoir, à un parti de l'opposition ou l'opposition dans sa globalité ».


Le président du PDEN dit que Cellou Dalein a mordu à l'appât d'Alpha Condé qui avait promis qu'il allait faire en sorte que l'opposition guinéenne disparaisse de la scène politique. Qu'en pensez-vous ?

« Non, je pense que c'est une caricature tout ça. Vous avez une loi qui est votée à l'assemblée nationale, qui a été votée à l'unanimité, il n'y a pas beaucoup de lois qui soient votées à l'unanimité, à moins que ce soit des accords de financement ou des lois portant sur des investissements en Guinée de la part de coopération internationale, c'est rare qu'une loi soit votée comme ça à l'unanimité. Donc là, on ne peut pas parler là de mordre à un hameçon quelque.

Cette loi prévoit des avantages mais évidemment des obligations pour le chef de file, et finalement tout ceci devait être précisé dans une résolution de l'assemblée nationale, discuté avec le chef de file de l'opposition également. Cela a donné lieu à ces dispositions. C'est que nous, nous reprochons tout simplement le manque de transparence qu'il y a eu dans cette affaire, on aurait dû être informé à toutes les étapes de l'évolution de ce processus d'attribution de ces avantages dès le 24 Février où le ministre du Budget a fait la notification au chef de file de l'opposition.

On aurait dû informer tout simplement à l'opposition que cette ligne budgétaire est ouverte. Et que voici ces modalités de règlement, c'est par trimestre, voici le montant alloué par trimestre, et puis on en discuterait, puisque la loi est vague sur le sujet, s'il s'avère que c'est un même montant qui doit être attribué à l'UFDG, nous prendrions acte et puis c'est tout. Et si c'est un montant au contraire qui doit être attribué à l'opposition dans sa globalité, on verrait quels sont les postes qu'il faut créer pour que ce montant soit utilisé de façon rationnelle.

L'objectif ultime étant d'améliorer la qualité de la démocratie guinéenne en faisant en sorte que l'opposition ait les moyens de réagir et à cette réflexion à mon avis, il ne faut pas se limiter à l'opposition républicaine. Il faut ajouter à tous les partis qui se réclament de l'opposition. Chef de file de l'opposition ce n'est pas l'opposition républicaine seulement, c'est toute l'opposition guinéenne, y compris le PEDN, y compris le BL, qui ne participent pas actuellement à nos rencontres mais ce sont des partis qui sont manifestement de l'opposition, donc ils sont concernés par cette question ».


Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+6 #2 K. Ba 29-05-2017 03:23

Koto ZAGAMOR (*), Il est difficile de dire la vérité quand on est qu’un est un petit parti, phagocyté par l’UFDG. Mais en filigrane, on comprend bien votre dépit. C’est l’occasion d’oser dire la vérité crue. Mais vous l’avez ratée.
Il faut le dire. Cellou a mordu au fruit de Iblissa Condé. En plus il a menti là-dessous. Les militants à la base auxquels il fait payer voyages en business classe, hôtels de luxe, limousines de transport et des notes faramineuses de téléphones, sont désarçonnés par la « maladresse » du chef - pour utiliser leur euphémisme. Ce sont des gens de niveau économique modeste pour la plupart. On leur a fait croire que Cellou représente le prétendu « salut » d’un président peul. Mais un d’entre eux m’a dit que tout le monde se demande que faire de ce chef radin et sans compassion. Il m’a dit que la quasi-totalité des militants se lamentent en douce de la naïveté : même la dernière bonne femme n’accepterait que la coépouse lui donne la dépense disent-ils. Mais avec résignation, ces mêmes modestes gens reconnaissent être tétanisés par la baraka de Cellou qui tient de la peur du qu’en-dira-t-on et l’absence d’un autre « héro » à suivre... Ainsi, le président de l’UFDG n’a pas à se faire du mauvais sang. On va encore oublier pour célébrer ses nouvelles frasques... LOL.
(*) Surnom de lycée de Boubacar Sylla
K. Ba
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+1 #1 Gandhi 28-05-2017 13:50

Si Sylla annonce que l'argent ne créera pas de problème au sein de l'opposition, c'est justement parce qu'il pense le contraire !!!
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