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« Avec une société civile forte, on peut changer pas mal de choses»
Richard Tamone Vendredi, 26 Mai 2017 09:53
Simon Tedga, écrivain et éditeur camerounais, il est également consultant en politique et stratégie de défense. Nous l'avons approché lors de l'ouverture de Conakry « capitale mondiale du livre ». Avec lui, l'on a parlé du retard de la plupart des pays africains par rapport à certains pays du continent asiatique, notamment la Chine…
Le Démocrate : M. Tedga, les intellectuels africains estiment souvent que l'Afrique pour sortir de la pauvreté, doit prendre l'exemple sur la Chine, parce que selon eux, il y a quelques années la population de ce pays asiatique avait le même niveau de vie que celui de certains pays du continent africain. Quelle est votre perception de cet argumentaire ?
Simon Tedga : effectivement, les Africains en parlant de l'économie africaine, ils essayent de la comparer à la Chine, qui il y a quelques dizaines d'années était au même niveau que l'Afrique. Mais moi, ma thèse est de dire qu'on ne peut pas voir la Chine simplement comme un pays qui a une économie. Il faut voir la Chine également comme un grand pays qui a 3 000 ans d'histoire et une culture forte. Notamment une langue, une écriture : ces éléments-là sont très importants pour le développement d'un pays, et si l'Afrique ne se développe pas à mon sens, c'est aussi parce qu'elle n'a pas une culture forte, elle n'a pas une culture commune, elle n'a pas de langues communes. Ce sont tous ces éléments qui font que l'Afrique est derrière par rapport aux autres continents.
Pour vous que faut-il, pour qu'elle puisse se développer ?
J'ai rappelé, il y a quelques mois dans une conférence qu'en 1963, quand il y a eu la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), aujourd'hui l'Union Africaine (UA), les pères des indépendances africaines ont décidé de doter l'Afrique d'une langue internationale. Je pense que la langue qui a été choisie, c'était le Swahili. Si tous les Africains aujourd'hui parlaient le Swahili, les Africains seront considérés par les autres citoyens du monde.
Mais aujourd'hui, nous n'avons pas de langues communes, nous n'avons pas de cultures communes. Comment voulez-vous qu'on prenne l'Afrique en considération ? Je pense donc que le terrain de la culture est le mieux indiqué pour transformer les choses. Je pense que nous devons donner un grand coup de fouet à la culture africaine, retrouver nos racines, notamment développer et ramener nos langues et choisir des langues qui peuvent compter dans le concert du monde.
Il nous manque une langue internationale, il y a quelques années, j'ai rencontré Dilamini Zuma qui était présidente de la Commission de l'Union africaine. J'ai eu 5 minutes de conversation avec elle, la seule chose que je lui ai demandée, je lui ai dit madame Dilamini est-ce que vous pouvez demander aux États africains d'appliquer la résolution de l'OUA, qui a dit qu'il fallait que les Africains soient dotés d'une langue internationale et à l'époque c'était le Swahili.
On peut en choisir une autre pourquoi pas, alors je crois puisque cette année le président guinéen est le président en exercice de l'Union africaine, vous pouvez lui transmettre ce message. Pourquoi ne pas dès maintenant travailler pour que l'Afrique ait une langue internationale. Je dis bien une langue internationale. Parce que quand les gens sont à l'ONU, ils parlent l'anglais, ils parlent portugais. Quand les Africains viennent, ils reprennent les langues des autres. Comment voulez-vous qu'on nous prenne en considération ? On doit venir à l'ONU avec nos langues, voilà les choses qui manquent à l'Afrique et qui ne coûtent pas cher. Ce sont des décisions, ce sont des résolutions politiques, mais malheureusement nous n'avons peut-être pas de bons chefs d'États.
Justement, sur ce sujet, il y a toujours des dirigeants qui vont en rangs dispersés. Quelle est la solution selon vous pour remédier à cette pratique ?
C'est la qualité de la gestion de la gouvernance qui est ici en question : est-ce que nous avons les chefs d'État aujourd'hui capables de poser le problème que vous venez d'entendre. Malheureusement, ma réponse est non. Pourquoi, parce que la plupart ne sont pas choisis par leur peuple.
Donc il y a un combat démocratique à mener, c'est clair, il est dans la société civile, elle est aussi importante. On a bien vu que dans les sociétés civiles fortes : je vais citer le Burkina Faso qui n'est pas très loin d'ici.
On est capable de changer les choses, ne dites pas que la personne qui est aujourd'hui chef de l'État est meilleure que l'autre. Mais toujours est-il que la population n'a pas voulu de Blaise Compaoré, ils l'ont chassé.
Je pense que si les sociétés civiles africaines font la même chose et c'est ce que nous constatons un peu partout en Afrique, notamment au Burkina Faso. Avec elle, on peut changer pas mal de choses.
Entretien réalisé par Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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Commentaires
Mon Dieu, quelle explication simpliste pour expliquer notre retard !
Ce monsieur sait-il combien il y a de peuples, de cultures et de langues en Chine ?








