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« Aujourd'hui, on sait que le RPG a carrément abandonné Alpha »

Amadou Sadjo Diallo  Samedi, 20 Mai 2017 08:35

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mohamed lamine kabaDans cet entretien accordé à notre reporter, le président du parti FIDEL, ne mâche pas ses mots pour dénoncer les velléités du président sur un éventuel troisième mandat. Mohamed Lamine Kaba accuse également le président de la République d'être à la base de la création des coordinations régionales qui seraient des structures qui en rajouteraient à la division ethnique.


Le Démocrate : une vingtaine de morts, c'est le bilan d'un accident survenu récemment à Dubréka. Qu'est-ce que cela a provoqué chez vous en tant que citoyen ?

Mohamed Lamine Kaba : c'est un évènement douloureux que nous avons senti. A cette occasion, nous présentons nos condoléances les plus attristées aux familles éplorées. Nous partageons leur douleur et que l'âme des victimes repose en paix. On demande à l'autorité de faire en sorte qu'on puisse réduire l'accident sur ce trajet. Le problème d'accident sur cette route n'est pas seulement lié à l'état de la route, mais aussi, il faut pouvoir sensibiliser les conducteurs. L'État doit s'investir non seulement pour la sensibilisation, mais aussi le code de bonne conduite doit être maîtrisé par les chauffeurs. Il faut améliorer l'état de la route dans certaines localités de la Guinée.


Le chef de file de l'opposition était en tournée à l'intérieur du pays. Quelle analyse faites-vous de cette tournée ?

Je crois que ça a été une tournée qui s'est soldée par une réussite extraordinaire, lorsqu'on sait que son fief traditionnel est bien la Moyenne Guinée. On reconnait encore qu'il a des militants partout à l'intérieur du pays. Mais cette marée humaine qu'il a drainée à l'intérieur du pays en passant par N'Zérékoré, Kankan, Kouroussa et partout dans des coins considérés comme parti au pouvoir, je crois que ça veut dire que quelque chose est en train de changer à l'intérieur du pays. Je pense que c'est une démarche qu'il doit continuer en vue de mobiliser. Vous savez la politique en des moments, personne n'a un militant attaché à la maison, mais a des moments donnés, il faut partir prendre contact avec les militants, galvaniser un peu la lutte, essayer encore de leur faire comprendre quels sont les objectifs de tout ça. Quelles sont les nouvelles orientations du parti, et aller étaler aussi en place publique les carences de l'État. Il est important qu'un leader se rapproche de ses militants. C'est ce qu'il a fait. Et félicitation pour tout ce qu'il a eu à faire comme démarche, comme mobilisation.


Dans une récente sortie médiatique le député Damaro se dit favorable pour un troisième mandat d'Alpha Condé. Quel est votre point de vue sur cette communication ?

Ce qu'ils sont en train de faire, c'est grossièrement insultant à l'égard du peuple de Guinée. Nous avons consenti assez d'efforts dans ce pays pour ne pas qu'on se retrouve dans les mêmes situations. Les erreurs de ce genre nous les avons constatées par le passé. Vous vous rappellerez de Dadis. On risque encore d'induire le président Alpha en erreur parce que lui déjà, il a cette velléité, il veut se présenter. Mais il suffit seulement que son entourage lui dise que ce n'est pas un cas possible pour qu'il puisse abandonner ce projet arrogant. Ceux qui sont en train de le pousser, s'ils continuent à le faire au moment venu, ils le paieront d'une manière ou d'une autre. Aujourd'hui, on sait que le RPG a carrément abandonné Alpha. Ça d'abord, c'est un facteur qui ne lui permet pas de briguer un troisième mandat. Mais aussi la situation économique du pays est aussi catastrophique au point que les gens ne veulent pas avoir un autre mandat qui va prolonger le calvaire des Guinéens. Donc, c'est une arrogance de la part de Damaro et de tous ceux qui soutiennent cela. Ce sont des opportunistes. J'étais du RPG, quand nous étions dans l'opposition, on était en train de se battre contre le pouvoir, Damaro n'était pas avec nous, il était couché aux États-Unis. Lorsqu'on a conquis le pouvoir, c'est en ce moment l'opportuniste est venu. Si le président Alpha tente de le faire, le peuple de Guinée sortira dans la rue et il risquera de partir en exil forcé comme Dadis est en train de le subir en ce moment. Mais aussi la poursuite sur le plan international à la CPI. Il risque de se retrouver à côté de son ami Laurent Gbagbo au niveau de la CPI.


Ousmane Kaba a finalement créé un parti. Qu'en pensez-vous ?

La liberté politique est consacrée dans notre constitution. Ousmane Kaba a été exclu du RPG parce qu'il a dénoncé le président Alpha au regard de son discours qu'il a tenu à l'endroit des malinkés. Donc Ousmane Kaba était obligé de se constituer en parti politique, et c'est ce qu'il a fait. Il est en train de diriger un parti politique qu'on appelle PADES qui est un parti qui est en train d'avoir l'estime de beaucoup de frustrés du RPG. Et je pense que s'il continue à travailler dans cette dynamique, il pourra s'affermir dans l'espace politique guinéen.


Alpha est attendu en Moyenne Guinée dans les prochains jours. Qu'en pensez-vous ?

La Guinée est un territoire qu'il gouverne, pas d'exception pour une région. S'il veut se rendre là-bas, tant mieux qu'il aille au moins avec un projet, il ne faut pas aller cette fois-ci, comme il est allé à Kankan en mobilisant toutes les sous-préfectures de la Haute Guinée pour le réceptionner au stade de Kankan. Je crois que tout ça, prouve à suffisance que le président Alpha a été désavoué par ses hommes. Il n'a plus de soutien. Je souhaite qu'il aille de façon sérieuse et qu'il ne va pas mobiliser toutes les préfectures de la contrée pour venir lui réceptionner comme s'il venait de tuer un lion... Ce qu'on sait de lui, il est responsable de l'abîme, de la catastrophe, de la déchéance, de ce vampirisme économique que nous sommes en train de subir. Je voudrais me rappeler un peu de ce qui se passe à Boké etc. Donc, le président Alpha peut aller en Moyenne Guinée, mais annoncer son troisième mandat, ils seront chassés par d'autres « bêtes », comme à l'inauguration de la mosquée de Timbo.


Quelle lecture faites-vous de l'affairisme qui mine l'administration ?

Le président Alpha est le grand promoteur de l'impunité, de l'ethnocentrisme et de la corruption à outrance. Cela me rappelle du pillage systématique qui est en train de se passer à Boké. A Boké, il y a un consortium qui est là-bas, UMS et puis la Société minière de Boké qui est en train de travailler pour l'exploitation de nos ressources, mais c'est un scandale. Vous savez d'abord pour qu'une société minière puisse travailler dans un pays, elle a besoin de la licence d'exploitation. Mais après avoir obtenu la licence, vous ne pouvez pas aller travailler, vous êtes obligés d'attendre la convention qui doit être ratifiée par l'Assemblée. Donc pour la société minière de Boké, il n'y a pas de ratification.

L'Assemblée n'a pas été saisie pour qu'elle puisse statuer sur l'exploitation minière qu'ils sont en train de faire. Donc personne ne sait l'accord qui lie ces sociétés et l'État. Et selon les informations que nous avons en notre possession, il y a deux ports, le port de Dapilon et le port de Katougouma. Chaque port exporte 70 mille tonnes par jour. Lorsque vous multiplierez les 70 mille tonnes par mois, vous vous retrouverez juste pour le port de Katougouma avec 2 100 mille tonnes. Et quand vous prenez les deux ça vous fait plus de 4 000 000 de tonnes exportés par mois. Et quand vous vous rendez dans leurs bureaux, vous allez voir à la salle d'attente mentionné qu'ils donnent plus de 12 millions de $ par an comme contribution dans le budget national.

Alors quand vous évaluez juste pour le port de Katougouma, les 2 100 mille tonnes, une tonne vendue à l'extérieur, la meilleure qualité de la Guinée, c'est 45 à 50 $. Prenons les 45 $, multipliés par les 2 100 mille tonnes, vous avez 94 millions de $. Alors eux ils ne payent que 12 millions de $ par mois. Ça veut dire juste pour le port de Katougouma par mois, ils donnent 12 millions de $ à l'État, et eux ils emportent 82 millions de $. Donc, ce sont des détournements scandaleux. Donc chaque mois à un seul port, on perd 82 millions de $. Les deux ça vous font plus de 164 millions de $ que l'État guinéen perd par mois, c'est le scandale le plus retentissent, le vampirisme économique le plus gigantesque dans l'histoire de notre pays. En plus aucune route n'est refaite.

Si on avait fait des routes, ça pouvait permettre aux Guinéens d'utiliser ces routes le moment venu, s'ils avaient construit des logements, ça pouvait permettre à la Guinée d'utiliser ces maisons, parce qu'ils ne vont pas partir avec les bâtiments. Il n'y a pas de port aussi, c'est en haute mer que les bateaux s'arrête, ça se fait par transbordement. Vous avez des petits bateaux qui viennent prendre des charges et conduire directement en haute mer dans les grands bateaux. L'autre scandale concerne ces camions qui quittent de la Chine, qui débarquent au port là-bas et finalement qui commencent à transporter. Ce sont des camions qui ne sont pas dédouanés, qui ne sont pas assurés, qui ne sont pas immatriculés, et qui sont en train de travailler. Sur le plan environnemental, les cultures des paysans sont complètement détruites par la poussière. Les rivières ont totalement tari, l'environnement est totalement détruit par ces pilleurs de l'économie guinéenne avec assez d'arrogance parce que quand vous partez, ils vous disent non, si vous voulez chercher des informations, venez à Sékhoutoureya. Ce qui prouve à suffisance que c'est le pouvoir y a quelque à avoir dedans. Il faut que les Guinéens soient conscientisés.


Que vous inspire l'élection d'Emmanuel Macron en France ?

L'élection d'Emmanuel Macron doit être une forte leçon pour l'Afrique. Il faut qu'on renouvelle la classe politique. La population française a tiré des bonnes leçons, a écarté les grands partis politiques, et donner la chance à quelqu'un qui n'a même pas un parti politique, mais juste un mouvement. Donc, tout ça ce sont des choses qu'il faut apprécier. Si nous pouvons nous inspirer de cela, je crois, c'est une bonne chose pour notre pays. Nous devons tirer la leçon pour changer, pour redynamiser la classe politique, pour écarter ces vieux qui ne répondent plus à la légitimité, qui ne sont plus capables à satisfaire l'attente de la population. Parce que le plus crucial pour la jeunesse de la Guinée, c'est l'emploi. Vous savez dans le monde actuel on ne parle pas de l'expérience, on parle de l'expertise. L'expertise c'est la capacité de la mise en œuvre de la mission qu'on te confie. Confier le pays à quelqu'un qui est éclairé, qui est ambitieux, patriote. Il faut avoir confiance, Macron peut améliorer.


Votre mot de la fin ?

Il y a un sujet qui me tient à cœur, c'est l'existence des coordinations régionales. Elle me dérange. La plupart des Guinéens souhaitent que ces coordinations soient une autorité morale, mais elles ne peuvent pas l'être.

D'abord la première coordination qui a été créée, c'est la coordination de l'union mandingue. Après les évènements de 1985, le coup d'État de Diarra, beaucoup de cadres malinkés ont fui, ils sont partis se réfugier au Mali. Donc c'est au Mali que cette coordination a été née. En 1987, deux ans donc après le coup Diarra, les cadres qui ont fui ont été encouragés par des politiques à mettre en place, la coordination de l'union mandingue. Donc ça a été créé non pas pour une autorité morale comme les gens l'auraient souhaité, mais face à un défi politique, c'était dans un esprit de vengeance contre leurs oppresseurs qu'ils ont créé ce mouvement. Comme un front de lutte pour venir comme quoi, les soussous nous ont chassés, il faut qu'on revienne dans notre pays, l'union mandingue a été créée dans cet esprit-là par des opposants au régime de Conté.

En 1992 après la libération des activités politiques, des gens viennent voir le doyen Aye Fodé, chef religieux influent à l'époque, qui était à Kaloum, pour dire au vieux que les malinkés se sont organisés au Mali. Vous aussi essayez de vous organiser afin de mettre une coordination ici, en se réclamant devant lui qu'il est soussou. Nous aussi nous devons créer notre coordination. Donc, la coordination de la Basse côte est née non pas encore comme une autorité morale mais face à un défi politique, celui de créer une structure de réplique pour protéger le pouvoir soussou contre les malinkés qui sont organisés à l'étranger. C'est ainsi que les deux autres coordinations sont nées, les coordinations de la moyenne Guinée et de la Guinée forestière comme quoi, les autres se sont organisées, organisons nous. Donc, ce sont des mouvements antagonistes à caractère communautaire. Donc ils ne peuvent pas être des autorités morales. Vous remarquerez, quand il est élu en 2011 il a démis Moussa Keita de ses fonctions au niveau de la Sotelgui. C'est la coordination du mandingue qui est venu taper sur la table, en disant que c'est notre fils, entre temps c'est Pivi qui a été inquiété par la justice, c'est la coordination de la forêt qui est venue frapper la table. Il y a aussi le cas de Mathurin qui a été aussi inquiété par la justice, là aussi la coordination Baga est venue frapper la porte.

Le dernier cas en date, c'est celui d'Elhadj Sékhouna. Donc cet esprit séparatiste que les coordinations sont en train de promouvoir, pour nous c'est le moment d'agir. C'est pourquoi nous sommes en train de concerter des mouvements, des leaders d'opinions, politiques et humanitaires, pour qu'on puisse organiser une manifestation pour la dissolution de ces coordinations régionales qui sont devenues des structures dangereuses, qui représentent de véritables obstacles pour l'unité nationale ou pour la réconciliation dans ce pays. Donc, nous, nous pensons que ces coordinations régionales qui ont été créées représentent aujourd'hui des dangers réels pour notre génération, les futures générations. Donc, ensemble sauvons les futures générations en bannissant ces pratiques.


Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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