Simandougate : le dossier accablant de la Guinée contre Beny Steinmetz (2ème partie), les bénéficaires de BSGR

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STEINMETZ_Beny_01Dans une première partie, il avait été indiqué les raisons qui font que la Guinée accuse BSGR d’avoir corrompu pour obtenir 2 blocs du riche gisement de fer du mont Simandou.

Les principaux « bénéficiaires » des largesses de BSGR pour obtenir Simandou « par corruption » selon les avocats de la Guinée – sont dans l’ordre suivant :


Ismaël Daou

Tout aura commencé par un homme d’affaire malien qui sera contacté par des intermédiaires de BSGR pour trouver une entrée au sommet du pouvoir guinéen sous l’ère de feu Lansana Conté. D’après les enquêtes des avocats, M. Daou serait vraisemblablement le dirigeant d’une société dénommée Medilab UK Limited, qui se spécialise dans la fourniture d’équipements scientifiques aux écoles et universités. Les avocats de la partie guinéenne soulignent que Pentler, la société écran utilisée par BSGR, a promis de verser à M. Daou 2.975.000 $ pour l’obtention de droits miniers sur les zones nord et sud de Simandou ainsi que 900.000 $ pour l’obtention de droits sur les blocs 1 et 2 de Simandou. En plus, il lui sera proposé une participation de 2% dans le projet s’il aboutit.


Aboubacar Bah

Inconnu du grand public, l’homme d’affaires est pressenti par Ismaël Daou pour ses relations avec un des influants caciques tout puissant de l’époque, feu Elhadj Fodé Soumah, ancien gouverneur de la banque centrale d ela République de Guinée. Aboubacar Bah introduira Cilins, le Français à Fodé Soumah et ce dernier leur avait suggéré apparement de voir Mamadie Touré (considérée comme l’une des épouses de Conté) et son demi frère Ibrahima Sory Touré qui auraient « l’oreille du président Conté ». Aboubacar Bah obtiendra 420.000 $ le jour de la signature du protocole d’accord BSGR/Guinée le 20 Février 2006. Initialement, devant toucher 15,3 millions de $, Aboubacar Bah exigera – sans succès – d’être payé rubis sur ongle. Il le précisera dans un courriel où il exige la tenue des engagements « conformément à l’accord qui a permis de vous introduire en Guinée » et proférera des menaces de « tout révéler » dans une série de courriels entre Novembre 2009 et Mai 2010 présentés comme preuves par les avocats de la partie guinéenne.


Mamadie Touré

La quatrième et plus jeune épouse du président Conté agée de 24 ans à l’époque – fille d’un de ses amis – sera approchée via Elhadj Fodé Soumah. Mamadie Touré, qui n’a pas poussé loin les études, se révélera tenace dans la défense de ses intérêts. Elle devient la personne clé du dossier guinéen pour BSGR et se révélera celle par qui le scandale éclatera. Mamadie crééra une société écran « Matinda » pour empocher des « frais de consultations » sans commune mesure avec ses supposées compétences minières et se verra rémunérer 4 millions de $ en 2009 après la signature de la convention. Mme Touré – à la mort de son mari Lansana Conté – s’en ira se réfugier à Freetown, Sierra Léone avant d’aller aux États-Unis où ses achats d’immobiliers attireront l’attention du FBI (Federal bureau investigation) qui ultimement la retournera et en fera un témoin assisté pour piéger Frédéric Cilins qui cherchait à détruire des documents compromettants. Cilins sera condamné à 2 ans de prison aux États-Unis puis expulsé. Mamadie Touré se verra expropriée tous les « biens mal acquis » par les autorités américaines.


Ghassan Boutros

Homme d’affaires libanais d’origine, M. Boutros sera le lien qui permettra à BSGR de récupérer les 5% promis à Mamadie Touré. Ghassan Boutris recevra 1,3 million de $ de BSGR et reversera un million de $ à Mme Touré en deux échéances : 998.000 $ le 28 Août 2009 et 2.000 $ le 20 Décembre 2009. La transaction sera camouflée sous la forme de vente de matériel roulant. Entre Mars et Avril 2010, BSGR a transféré un montant total de 2.137.000 $ sur le compte d’un certain « Adama Sidibé » en Belgique au titre de règlement de factures de « consultation » LMS, la compagnie de Ghassan Boutros.


Ibrahim Sory Touré

Le demi frère de Mamadie Touré – plus «lettré » sera le démarcheur de BSGR. Vu le succès initial de BSGR, notamment le protocole d’accord de 2006, Ibrahima Sory Touré sera successivement promu chargé de communication puis vice-président à l’obtention du permis d’exploitation. Après l’élection d’Alpha Condé, et les ennuis de BSGR, Ibrahima Sory sera mis en état d’arrestation sans procès avant d’être libéré sur décision du tribunal de la Cedeao. En principe, Ibrahima Sory Touré et Aboubacar Bah devraient toucher 15 millions de $ selon le document présenté par la Guinée si le deal avait abouti et les paiements devraient être « échelonnés par étape en fonction de l’obtention de droits et titres miniers ».


Mahmoud Thiam

Ministre des mines sous la junte militaire, ennemi juré de Rio Tinto qu’il voyait – à juste titre – comme obstacle au développement de Simandou, Mahmoud Thiam encouragera BSGR à « foncer » pour rendre le projet irrévocable et créer des emplois dont bénéficieront plusieurs Guinéens et sous contractuels. Pressenti par la junte sur apparent piston de Kassory Fofana, Mahmoud Thiam se verra payer des voyages – y compris assister au mariage de la fille de Beny Steinmetz à Tel Aviv – par BSGR. Mahmoudou Thiam financera le déplacement de Kassory à Londres pour un montant de 8.017,60 $ qu’il se fera rembourser par BSGR le jour de sa nomination comme ministre des mines le 15 Janvier 2009. Subséquemment, BSGR financera un de ses voyages à Paris pour un montant de 4.680 $ en Avril 2009 peu avant la confirmation du permis minier. Après avoir assisté au mariage de la fille de Beny, BSGR achètera un billet d’avion pour Mahmoud Thiam vers Hong Kong dont la valeur est estimée à 10.746,66 USD. Même si ces montants semblent modestes par rapport aux autres, l’implication ici est le conflit d’intérêt évident d’accepter des « cadeaux » d’entités dont on doit se prononcer sur les dossiers.


Kassory Fofana

Ancien ministre et réputé favori de l’ancien président Conté avant de tomber en disgrâce, victime de la guerre des clans et aller en « exil » aux États-Unis, Kassory Fofana fera du lobbying pour les intérêts de BSGR et se verra rémunérer 100.000 $ effectué par BSGR le 15 Décembre 2008 pour « consultation ». En plus, le 18 Décembre 2008, les sociétés BSGR ont également réglé une facture de 7.125,78 $ pour un voyage en avion de M. Fofana entre Conakry, Washington et Paris du 10 au 21 Décembre 2008. Le 5 Février 2009, BSGR émettra un paiement de 80.000€ au profit de Kassory Fofana. Mais il est difficile pour ce dernier d’être accusé de corruption étant donné qu’il n’était pas fonctionnaire du gouvernement guinéen, mais plutôt un consultant indépendant.


Alpha Condé

Non ! Le président Alpha Condé n’a pas été cité parmi les « bénéficiaires » tel n’est pas le rôle des avocats de la Guinée. Mais il est important de noter qu’en 2011 en pleine renégociation sur les contrats miniers et l’obtention de l’accord transactionnel avec Rio qui a généré 700 millions pour le trésor guinéen, le président Alpha Condé aurait demandé lors de la rencontre avec BSGR en début de son mandat la somme de 1,25 milliards sur l’accord de revente du projet à Vale. BSGR – qui de toute façon n’avait pas cette somme – refusera. Plus tard en Juin 2011, selon la récente plainte de BSGR contre Georges Soros, ce dernier aurait indiqué à Vale, que s’il payait 250 millions, la Guinée se « débarrassera » de BSGR et transigerait seulement avec les Brésiliens. Quelques temps après, Soros aurait changé de position en disant que les 250 millions ne sont que « pour tout simplement des frais pour engager les discussions avec le président Alpha Condé ». Vale aurait refusé cette proposition.

Le refus de BSGR de s’acquitter sera suivi de la suspension de ses travaux tant sur le chemin de fer Conakry – Kérouané que sur les mines de Zogota et plus tard par la mise en place du Comité Technique de Revue de Contrat et Titres Miniers et le retrait subséquent du permis et le reste est bien connu.

Corruption ou pas, un arrangement à l’amiable aurait dû être poursuivi, car la Guinée se retrouve sans mines opérationnelles (Simandou, Zogota) vu le retrait de Rio Tinto et des emplois ont été perdus avec un sentiment d’avoir raté le boom minier dont on ne sait pas quand il reviendra. La Guinée est aussi obligée de se défendre devant des tribunaux internationaux malgré l’adage qu’« un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès ».

Les mauvaises langues diront que les 700 millions versés par Rio Tinto, n’ont pas été dépensés dans la transparence, puisqu’à part le barrage de Kaléta financé en grande partie par un prêt chinois, il est difficile de voir l’impact direct de cette somme faramineuse en Guinée. Au vu des multiples scandales financiers qui ont éclaté ces dernières années tous impunis, est ce qu’un système corrompu et opaque du temps de Conté n’a pas été remplacé par un autre ? Mais ça c’est un autre débat.


Boubacar Caba Bah (Guineenews)


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Commentaires  

 
+2 #1 Boubacar Diallo, Washington 05-05-2017 21:02

L’ex ministre Mahmoud Thiam, détenu pendant le jugement, est encore sous la garde de la police fédérale. La condamnation est prévue d’avoir lieu le 11 août, 2017 –Former Minister Mahmoud “Thiam was detained pending trial and is still in the custody of the U.S. Marshals. Sentencing is scheduled for Aug. 11, 2017.” https://www.justice.gov/opa/pr/former-guinean-minister-mines-convicted-receiving-and-laundering-85-million-bribes-china
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