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« Cette loi fondamentale se modifiera, mais c'est après Alpha»
Richard Tamone Dimanche, 30 Avril 2017 11:24
Dans cet entretien accordé à notre reporter, El hadj Sékou Béka Bangoura, fin connaisseur de la vie socio-politique guinéenne, revient sur certains sujets de l'actualité guinéenne dont la survie du PUP, l'affaire du 3ème mandat pour Alpha Condé, etc.
Le Démocrate : avant-hier au PUP, hier au PEDN, aujourd'hui vous êtes de retour à la case départ. Qu'est-ce qui explique ce retour ?
Elhadj Sékou Béka Bangoura : c'est mal reformulé. Ce n'est pas le parti qui a évolué du PUP au PEDN. C'est l'homme. Alors, c'est de dire vous étiez militant du PUP après vous avez quitté ce parti pour le PEDN, après vous êtes revenu au PUP, c'est ça.
Comme vous voulez, dites-nous maintenant le pourquoi de cette migration ?
Bon, je ne vais pas passer l'historique.
De façon succincte ?
C'est la guéguerre au sommet du PUP, de Somparé, Solano de ceci ou de cela.
Votre démarche est singulière. Là où ça ne va pas, vous, vous partez vers là -bas ?
Laissez-moi répondre à la question, ne me perturbez pas.
Ok, vous avez le champ libre ?
Donc, c'est ma génération. Je refuse de me mettre à l'infinitif de quelqu'un pour être mouchard, tant que c'est comme ça moi, je m'éloigne de vous. Peut-être, quand tu auras éclairci que je reviendrais. Mais, on ne dira pas Béka est dans le camp de Paul contre Pierre. Déshabiller Saint Paul pour habiller Saint Pierre, je suis loin de ça donc. C'est ainsi qu'après l'échec de celui que vous appelez le grand leader historique de l'opposition.
Nommez-le ?
Mais Dieu est grand. Je vous dis ne soyez pas pressé, (rire). Après sa tentative de m'amener dans le RPG, directement au bureau politique, mes témoins sont ma grande sœur feu N'Sirah, mon jeune frère Malick dans la cour, le professeur Alpha Condé a tout fait. Mais, je lui ai dit non, grand frère laisse tomber. Je ne vais pas au PG pour mille et une raison. Tu sais ton degré de nuisance pendant le règne du PDG-RDA, tu as conscience de ton degré de nuisance dans la gestion du pays par Lansana Conté. Or, Sékou Touré et Lansana Conté, je fus un de leurs défenseurs sur le plan de la théorie, à la pratique. Donc, je ne peux pas que ce même peuple me voit changer de veste comme le fait le caméléon. C'est ainsi, j'ai préféré aller avec le parti de François Louceny Fall, Fidel. Là -bas, j'ai mesuré à sa juste valeur la lourde et terrible responsabilité qu'on me dégageait : seul doyen. Et c'était pour la première fois que Fall venait officiellement dans le combat politique. C'est finalement, je me suis retrouvé dans les entrailles du Parti de l'espoir du développement national (PEDN) du grand leader son Excellence El hadj Lansana Kouyaté, l'homme terrible du pays, le lion, le baobab.
Que vous avez tout de même quitté ?
Que j'ai quitté pour des raisons qui ne sont rien d'autres que pour venir renforcer mon parti le PUP qui était à l'agonie. Il fallait le réveiller et il s'est remis début, il a fait effrayer tout le monde, Alpha Condé en tête.
Ah bon comment ça ?
Quand Alpha est allé raconter ce qu'il a raconté en Chine, avant qu'il ne vienne, j'ai pris toutes les dispositions.
Rappelez-nous de ce qu'il a dit ?
Il a dit que Lansana est une catastrophe nationale, je l'ai interpellé.
Il n'est pas le seul à le dire ?
Ne confond pas l'ombre à l'objet, Alpha est au-dessus de ceux qui le disent. Il l'a dit en tant que président de la République, que les vermines racontent ce que Alpha a dit, ça ne remue pas un seul cheveu. Et donc, la direction du parti a réagi, le PUP l'a attaqué officiellement, en l'occurrence Fodé Bangoura. Vous savez comment ça s'est terminé. Il a mobilisé son gouvernement, le Premier ministre en tête pour nous rejoindre à Dubreka auprès de celui qu'il appelle Sotikèmo, El hadj Sékouna.
Pour vous qu'est-ce qu'il a voulu éviter ?
Qui ?
Alpha Condé ?
Il s'est rendu compte de la gravité de sa déclaration, il s'est rendu compte que Lansana Conté reste encore populaire dans la majorité des cœurs des Guinéens. Parce que jusque-là , nous ne vivons que les résultats de Conté : Sékhoutouréya où Alpha est, ce n'est pas Conté; le palais des Nations, Mohamed V, rénové par Conté, suite aux bombardements; les routes-là , ce n'est pas Conté. Tout ce qu'Alpha a fait, ce sont des projets que Lansana a laissé. Je peux en faire démonstration toute la journée, parce que je suis un acteur conscient et conséquent de la gestion du président, Général Lansana Conté.
Vous regagnez le PUP, mais le PUP est dans une guerre intestine qui ne dit pas son nom ?
Il faut avoir peur des mots, il est facile de dire guerre intestine.
Je ne vais pas vous apprendre que les héritiers de Conté sont divisés, M. Beka.
Il y a une incompréhension, il faut nuancer.
Mais, nous avons souvent assisté à des scènes au siège du PUP à Cameroun, qui ne font pas honneur au parti ?
Bon, il faut m'en parler, parce que je ne suis pas témoin de ça.
Vous n'êtes pas sans savoir qu'aujourd'hui, qu'il y a deux camps au PUP ?
Vous savez combien de camps, il y a dans les entrailles du RPG arc-en-ciel ?
Mais nous parlons du PUP et non le RPG ?
Mais écoute, ce n'est pas propre à notre parti, le PUP.
Vous reconnaissez quand même qu'au sein du PUP qu'il y a deux camps ?
Avant mon arrivée, ils ont organisé un congrès au cours duquel Fodé Bangoura aurait été élu secrétaire général, président du parti. Il y a Cheick Amadou Camara dont on dit qu'il a laissé les travaux, il est parti. Vous savez la nature a horreur du vide. Donc Fodé est reconnu aujourd'hui comme le président du PUP. Donc, si vous parlez de guéguerre, il n'y a pas de guéguerre, il y a deux camps, certainement le camp de Cheick Amadou et de Fodé Bangoura.
Ah vous revenez ?
Je dis deux camps, guéguerre ça c'est la compréhension des choses, vous comprenez. Moi je n'ai pas été membre électeur de ce congrès, mais quand je suis arrivé, l'équipe que j'ai trouvée, parce que ma déclaration est officielle, je l'ai écrite, je l'ai fait diffuser partout jusqu'au niveau de l'administration pour dire que je rejoins le PUP et avec mon grade de membre du bureau politique et je prends acte de ce que j'ai trouvé-là .
Aux côtés de Fodé Bangoura ?
Oui, l'élu c'est ça, Fodé Bangoura, qu'il plaise ou pas, moi je ne l'ai pas élu je l'ai trouvé président du PUP suite à un congrès.
M. Béka, récemment le Pr Alpha Condé en visite d'Etat a été interrogé par nos confrères, au sujet de la modification de la constitution guinéenne. Il a laissé entendre que c'est « le peuple qui jugera », a-t-il dit en réponse à cette question ?
Mais Alpha dort débout, laissez tomber.
Comment ça M. Bangoura ?
Sur ce plan, je suis clair et net.
Qu'est-ce que vous voulez dire par là : dort débout ?
(Rires) dans les moindres détails, parce que tu es un journaliste vicieux. Ce que tu n'oses pas dire, c'est que tu veux que je dise et je suis prêt à le dire, parce que la maîtrise que j'ai de la gestion sociopolitique de ce pays, vous êtes des jeunes. Je suis un des artisans de la loi fondamentale, (rires). Le Conseil national de la transition, quand nous sommes arrivés au conseil, le premier acte que nous avons posé c'était : conception, adoption, promulgation de cette loi fondamentale. C'est cette loi qui a permis au Pr Alpha Condé d'être dans le camp qu'il est. Parce qu'il a juré la main sur cette Constitution guinéenne. Donc quand il parle de ça, je pense qu'on lui fait mélanger les pédales.
Qui lui fait mélanger les pédales ?
Ces extrémistes, ces démagogues, ceux-là qui s'ignorent parce que ce sont des tartufes. Ce qu'ils disent sous la table, ce n'est pas ce qu'ils disent une fois sur la table. C'est en cela, je manifeste un sentiment de pitié pour Alpha Condé. Alpha Condé est allé dire en France que s'il savait que la Guinée était comme ça, qu'il regrette d'avoir été président de la République, il l'a dit. Ça veut dire que la charge est compliquée, et lourde. Or, pendant que Lansana Conté traînait cette charge, il lui tirait à boulets rouges. Maintenant dans le four, il s'est rendu compte que Lansana était un homme. Il a supporté la chaleur du four et jamais Lansana n'a renoncé en tant qu'officier supérieur, général de l'armée, il a supporté, il n'a jamais découragé ses hommes. Et Alpha Condé ose affirmer à Paris, où il a vécu près de 60 ans qu'il regrette d'avoir accepté d'être président de la République au regard des difficultés. On ne le dit pas à ce niveau de responsabilité : à vaincre sans péril, on règne sans gloire.
Bien des Guinéens sont très sceptiques tout de même là -dessus ?
Ça ne se fera pas, je le dis haut et fort, Béka a dit qu'il n'y aura jamais de modification ouvrant la porte pour un quelconque troisième mandat. Nous avons été clairs et nets.
Pour vous, la Constitution guinéenne est verrouillée et l'actuel président de la République ne pourra rien faire ?
Qui il est pour la déverrouiller.
Le directeur national de la police a soutenu cette modification. Certains ont fait des déclarations demandant son limogeage, mais il n'a pas été inquiété. Le chef de l'État lui-même est ambigu là -dessus ?
Je le tiens de vous, Alpha est ambigu là -dessus. Il ne sait pas ce que ça signifie, le fait qu'il n'ait pas remercié l'officier de la police ça c'est pour ce qui est de la gestion directe de l'administration, je me réserve. Mais sur le plan politique, j'attaque frontalement, parce que ce n'est pas conforme à la logique des choses. Je n'ai peur de personne, sinon que de la loi parce que seule la loi qui m'accompagne jusque dans ma tombe. Mais un homme, vous pouvez débuter, à la fin il désiste. Donc je dis, je persiste et je signe : cette loi fondamentale ça se modifiera mais c'est après Alpha Condé. Il y a des gens qui annoncent déjà : le Nigérien : ce n'est pas l'international socialiste, comme Alpha; le militaire mauritanien il a dit, en 2019, il va quitter. Alpha quitte en 2020, Ouattara aussi. Donc voilà ce sont des situations qui devraient le rappeler à sa juste valeur.
Entretien réalisé par Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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