Communale à Kankan : les ambitions d'un candidat indépendant

Facebook Imprimer    

 

altYoussouf Kaba, candidat à l'élection communale pour le compte de la mairie de Kankan, pour le scrutin à venir, a fait part de ses ambitions à notre reporter dans cet entretien. Il flétrit le comportement des partis politiques traditionnels qui, selon lui seraient un facteur de division de nos communautés.


L'indépendant : en préparant cet entretien, vous nous avez fait savoir que les élections locales sont le soubassement du développement. Que voulez-vous dire par là ?

Youssouf Kaba : vous savez pour gérer une famille, il faut commencer par le père de famille puis la mère de famille, ensuite les enfants vont venir. Pour une localité avant de remonter quelque chose à Conakry, il faudrait que ça quitte dans une famille, puis le quartier et ensuite dans la commune. Donc lorsqu'il n'y a pas un bon père de famille, est-ce que l'enfant sera bien éduqué ? Lorsqu'il n'y a pas un chef de quartier, est-ce que le quartier sera administré ? Et s'il n'y a pas de chef de quartier, ça va jouer sur la commune et lorsqu'il n'y a de commune, ça jouera sur la préfecture puis le gouvernorat ainsi de suite… Et c'est ce qui fait que les choses ne vont pas bien dans la plupart des cas.


Vous avez des ambitions pour briguer le poste de maire de la ville de Kankan. Peut-on savoir vos motivations ?

Ce qui me motive, c'est que j'ai besoin d'unir les Kankanais, parce que la quiétude sociale est menacée à Kankan. Kankan est une ville sainte et historique très structurée, socialement irréprochable, mais aujourd'hui, nous avons beaucoup de problèmes sociaux.


Lesquels ?

Lorsque vous prenez les jeunes qui sont l'avenir de ce pays, que ces jeunes-là en classe secondaire prennent de l'essence, viennent calciner leurs établissements scolaires. Il faut dire que c'est grave et tout ça c'est parce que les politiques sont rentrés partout. Les jeunes sont devenus les véhiculaires des messages politiques, nous, nous voulons faire cesser cela, nous voulons faire une rupture entre le développement et la politique, entre le social et la politique, entre l'éducation et la politique. Nous voulons mettre ces choses sous un autre aspect. La politique doit être juste une petite période électorale… et c'est fini. Mais aujourd'hui, nos villes sont constamment en campagne électorale.


C'est ce que vous voulez changer j'imagine ?

C'est ce que nous voulons changer, lorsque les partis politiques vont jouer leurs rôles, j'espère qu'ils ont un secrétaire permanent qui va jouer son rôle. Mais la population va suivre les activités lorsque les périodes politiques viendront, et on va faire la campagne, et partir voter tranquillement.


A l'allure où vont les choses les autorités de la place ne sont pas enclines à faire voter les Guinéens pour les élections locales. Vous en tant que candidat indépendant aux élections locales, quelle est votre perception de la chose ?

Si elles n'organisent pas les élections locales, cela risque de retarder le pays. Regarder par exemple à Kankan, cette ville a été toujours administrée par une délégation spéciale, avec tout ce que vous connaissez comme erreur de gestion.


Justement certains estiment que ces délégations spéciales sont championnes en malversations. Qu'en dites-vous ?

A Kankan par exemple, ça n'a rien donné. Elle n'a rien fait à Kankan. Même si le professeur Alpha Condé veut faire de Kankan, je ne sais une ville comme Paris, mais s'il n'y a pas d'autorité à la base pour planifier, organiser et initier, contrôler et suivre, je ne pense pas s'il pourra réussir. Donc nous, nous pensons que les élections locales sont très importantes pour notre pays.


Que ferez-vous si elles n'organisent pas ces élections ?

Mais les autorités en place ne sont pas elles qui décident. La loi nous autorise, les conditions sont claires, il faut être Guinéen, il faut être âgé de plus de 18 ans et être un homme responsable et crédible.


Selon nos sources, une synergie de candidats indépendants est née. Qu'est-ce qui vous a motivé à vous fédérer ainsi ?

Parce que nous ne relevons pas des partis politiques, nous sommes tout juste des fils du terroir qui veulent développer leur localité. Ne relevant pas de partis politiques, nous avons besoin des associations, des jeunes, des femmes pour qu'ils nous reconnaissent. Mais au-delà de nos localités, le code des collectivités parle souvent d'associations de plusieurs communes, c'est ce que nous voulons commencer d'abord. Laissez-moi vous dire ceci, nous avons eu un séminaire où j'étais avec le candidat de Pita qui me disait que s'il est élu, qu'il m'enverrait des pommes de terre à Kankan, et à mon tour, je lui ai dit que nous pourrions faciliter les échanges commerciaux. Chez moi, l'igname se développe bien. Autre chose, c'est que nous voulons créer une atmosphère de confiance, nous voulons réconcilier les Guinéens. On parle souvent de réconciliation, mais les partis politiques ne peuvent pas réconcilier la Guinée. Voilà les raisons qui nous ont poussés nous à se fédérer. Parce que quand on est candidat indépendant, on peut aller vers tout le monde, discuter sans barrière politique et la confiance peut régner. Imaginer, si 30 ou 50 jeunes se réunissent pour deux jours : Youssouf Kaba de Kankan, Barry de Ratoma, Eli Kamano de Matoto, Soumah de Fria, déjà sans appartenance politique, ce sont les fils de Guinée qui se sont réunis de toutes les régions. N'est-ce pas un point de départ de réconciliation. Là, on ne parle pas de partis politiques, on ne parle que de nos villes. Pas avec les histoires de partis malinké, peulhs, soussou… parce qu'en Guinée aujourd'hui c'est ce qui existe. Nous, nous voulons casser cette barrière. Parce que les politiciens n'ont fait que nous diviser. Les partis politiques ne jouent pas leurs rôles.


Avez-vous un message pour les Guinéens, surtout ceux de la ville de Kankan ?

Mon message va à l'endroit des autorités. Qu'elles sachent que les candidatures indépendantes sont une opportunité de réconciliation et de développement durable. Nous devons les soutenir, soutenir les candidatures indépendantes, c'est soutenir le développement à la base. C'est aider à tuer l'ethnocentrisme, c'est aider à réconcilier toutes les villes. Kankan, la ville sainte de Nabaya, de Karamoko Sékouba chérif, de Alpha Kabinet… c'est une ville sainte, on ne connaissait pas les divisions ethniques, cette ville était là toujours en modérateur. Quel que soit votre rang social, vous rentrez aujourd'hui dans cette ville, vous serez logé et vous devenez kankanais dès que tu rentres à moins que tu ne fasses quelque chose qui n'est pas compatible aux règlements sociaux de la ville. Kankan votez pour monsieur Kaba, votez pour votre ville, votez pour les candidatures indépendantes, parce que qu'elles pourront relever les défis. Et vous éloigner des méfiances interethniques, des détournements. Parce qu'ils savent c'est vous qui les avez portés-là où ils sont. Mais lorsque c'est un maire d'un parti politique, c'est au parti politique qu'il rend compte, et le parti est plus fort qu'un individu.


Entretien réalisé par Richard Tamone

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
+1 #1 Koto Ma Saliou Diallo 24-04-2017 19:51

Toute candidature indépendante est à encourager pour la voie démocratique.Mais aller aussi en désordre n'aide pas non plus à la lutte de développement économique durable.
Citer