Mamady Keita Mercredi, 12 Avril 2017 08:17
Le chef de l'État a reçu vendredi dernier son principal opposant au palais pour discuter de l'application de l'accord paraphé le 12 Octobre 2016. Cellou Dalein Diallo est revenu sur ce tête-à-tête dans un entretien accordé à nos confrères d'Africaguinee.com dans des termes pas du tout rassurants, quant à la volonté du premier magistrat du pays de favoriser la tenue des élections locales à court terme. Surtout que le président se serait défaussé sur la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qu'il rend responsable du retard pris dans la mise en route de la machine électorale.
Sur les sujets abordés lors de sa rencontre avec le chef de l'État, Cellou Dalein Diallo révèle : « il m'a fait part d'un engagement pris par l'OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) de mettre à la disposition de la Guinée des experts pour aider l'Assemblée Nationale à rédiger la nouvelle loi sur la CENI (commission électorale nationale indépendante). Il m'a montré la lettre de la Secrétaire Générale de l'OIF à cet effet. Moi j'ai attiré son attention sur le retard pris dans l'application des dispositions de l'accord politique du 12 Octobre 2016. J'ai égrené les décisions qui n'ont pas connu même un début d'application. Comme le lancement de l'appel d'offres pour le recrutement du cabinet chargé d'auditer le fichier électoral. J'ai dit qu'on n'avait aucune lisibilité sur la date de l'organisation des élections communales. Et que malgré tous les engagements pris jusque maintenant on ne sent pas une volonté des autorités et de la CENI d'aller de l'avant dans la mise en application de ces importantes dispositions ».
Il a ensuite rappelé avoir dit au président « que les dispositions relatives à l'indemnisation des victimes, l'ouverture des enquêtes pour identifier les crimes commis lors des manifestations pacifiques de l'opposition, tout cela n'avance pas. Je lui ai dit que l'opposition souhaite que les élections locales soient tenues avant les grandes pluies. Ce qui est possible à notre avis s'il y a une volonté politique de sa part. S'il fait l'injonction à la CENI de prendre les dispositions pour que ces élections puissent enfin être organisées. Je l'ai rappelé que tous les pays limitrophes dont certains sont venus après lui au pouvoir ont organisé des élections locales et que ce n'est pas normal que la Guinée reste dans cette situation sans renouveler les élus locaux », a indiqué le chef de file de l'opposition.
En guise de réponse, Alpha aurait rétorqué : « En réponse il a dit qu'il va appeler la CENI et lui demander de lui présenter un chronogramme d'organisation des élections ».
Quant à la volonté du président de faire évoluer les choses dans l'application de cet accord, Dalein affirme n'avoir rien senti dans ce sens.
« Je dois avouer que non. Je n'ai pas senti une volonté ferme de sa part de diligenter l'organisation de ces élections. Il a dit qu'il va en parler avec la CENI. Mais il n'y avait pas la fermeté que je souhaitais de sa part», a déploré l'opposant.
A noter que l'opposition souhaite que la mission de l'OIF soit élargie à d'autres institutions comme l'a souligné Dalein dans cet entretien accordé à Africaguinee.com. « Je lui ai demandé d'élargir à d'autres Institutions telles que l'union européenne, le NDI, qui nous accompagnent comme l'OIF dans l'organisation de ces élections. L'union européenne par exemple avait exprimé des réserves par rapport à la capacité de la CENI actuelle d'organiser des élections transparentes et équitables en Guinée. Il a dit qu'il va voir ça ».
Cette rencontre entre le président et son principal opposant n'a donc pas permis de faire bouger les lignes. C'est le moins qu'on puisse dire. Certains observateurs parlent d'ailleurs d'une fuite en avant du président, quand il se défausse sur la CENI, à qui il fait porter l'entière responsabilité de faire traîner les choses dans les préparatifs des élections locales.
Mamady Kéita
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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