Polémique : Dr Aly Badara Doukouré ou les limites d’un intellectuel

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Universit_Gamal_Abdel_Nasser_Conakry_01Dr Aly Badara Doukouré a accordé une interview à la radio Djigui FM dimanche 26 Mars 2017. J’ai par le passé entendu vaguement parler de l’homme, mais cette interview m’a permis de le connaître davantage.


Dr Doukouré est présenté comme l’un des cadres éminents qui ont servi la Guinée depuis la première république. De tous les postes administratifs qu’il a occupés hier, le plus important est certainement le poste de Recteur de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Il a lui-même pris la parole pour faire un survol de son cursus scolaire et universitaire et des fonctions qu’il a eu à assumer.


Profitant du trente troisième anniversaire de la disparition du président Ahmed Sékou Touré, l’animateur a demandé à son invité de dire ce qu’il retient du disparu et ce qu’il pense de cette page sombre de notre histoire qu’a constitué le camp Boiro. En réponse, Dr Badara Doukouré s’est longuement étendu sur les qualités et les apports historiques de Sékou Touré à l’édification de la république de Guinée. Il a notamment rappelé qu’en plus d’être le père de l’indépendance guinéenne, Sékou a été l’un des fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), un grand panafricaniste et un homme de culture. Dr Badara n’a pas manqué en outre de révéler les rapports étroits qu’il a entretenus avec le Responsable suprême de la révolution, rapports initiés par son propre père qui a été un compagnon de lutte du président.


Pour ce qui est de la question relative au camp Boiro, Dr Doukouré s’est abstenu de porter un jugement, il a laissé le soin aux historiens de faire la part des choses. Pour lui l’accent devait être mis aujourd’hui sur comment réconcilier les fils et filles de la Guinée ? Je dois dire que cette réponse évasive venant d’un cadre de ce niveau m’a laissé sur ma faim. Pour moi il faudrait d’abord condamner avec force ce qui est arrivé avant de parler de justice ou de réconciliation. Je trouve honteux qu’il ait passé sous silence ou qu’il ait feint d’ignorer les atrocités commises à Boiro et autres camps de concentration sous le règne de la révolution.


Cette attitude de Dr Badara s’explique par le fait que bien des intellectuels se laissent dominer par les sentiments qu’ils ont pour un ou des criminels au détriment du raisonnement dans l’objectivité. Bien que connaissant la face noire de leur idole, ils ferment allègrement les yeux dessus et se contentent d’exalter sa face rose, d’encenser. C’est dans ce registre que je rangerais par exemple un autre proche du dictateur d’hier, en l’occurrence Georges Koly Guilavogui qui, dans son autobiographie (le président Ahmed Sékou Touré, ma femme et moi) s’évertue à blanchir Sékou dans l’aventure malheureuse de son foyer brisé.


Seulement il existe des intellectuels qui gardent la tête sur les épaules, heureusement. Ils tiennent un raisonnement objectif en toute circonstance ; les sentiments humains qu’ils éprouvent à l’égard de leur entourage ne les empêchent pas d’être raisonnables.


Walaoulou Bilivogui

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+5 #3 Boubacar Diallo, Washington 13-04-2017 21:42

Mr. Walaoulou Bilivogui , vous avez vu juste: Beaumarchais (1732-1799), l’un de ces INTELLECTUELS qui ont exposé les dictatures inhumaines ayant mené à la Révolution Française de 1789, disait dans le Mariage de Figaro: «Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.» Quant à la nature de l’intellectuel, elle ne se DEFINIT pas par une tête bourrée. En l’occurrence, au XVIème siècle déjà, Montaigne disait : «Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine.» Ainsi, la moralité intellectuelle est FONDAMENTALE.
S’agissant d’une «réconciliation» ou encore d’une appréciation des atrocités d’Etat dont il faut trouver les mesures correctives appropriées, elle commence par une honnête acceptation de la RECONNAISSANCE de ces barbaries et de son responsable suprême. Le bon sens, pour ne pas dire l’esprit scientifique, doit s’assurer qu’un problème est bien défini avant d’essayer de lui trouver une solution. La charrue avant les bœufs n’est pas une brillante stratégie.
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0 #2 Koto Ma Saliou Diallo 11-04-2017 21:42

Le parcours de certains"intellectuels"Guinéens nous a conduit fatalement à la période la plus sombre de notre histoire(1958-1984) de la 1ere République populaire de Guinée.Vanter les mérites de cette époque est une honte nationale et insulte envers les victimes.L'indépendance de la Guinée en 1958 est le résultat d'un Mouvement et,non l'oeuvre d'une seule personne.
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0 #1 K. Ba 11-04-2017 18:03

« Pour lui l’accent devait être mis aujourd’hui sur comment réconcilier les fils et filles de la Guinée »
C’est pour cela que tous les guinéens fans de la futilité de la réconciliation devraient faire attention. C’est un piège fumeux pour enterrer les crimes du PDG et ne retenir que ce qui apaise la mauvaise conscience des PDGIGSTE (à supposer qu’ils aient quelque chose qui ressemblerait une conscience). Mais les faits étant têtus, leurs tentatives sont condamnées.
Wa Salam
K. Ba
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