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Violence policière, enquête sur la torture, défense et sécurité : « on assiste à un recul des droits de l'homme en Guinée »
Richard Tamone Mardi, 04 Avril 2017 07:55
Dans cet entretien, le secrétaire général exécutif de l'Organisation guinéenne des droits de l'homme (OGDH), Souleymane Bah assure que les forces de défense et de sécurité n'agissent pas plus souvent conformément à la loi lors des manifestations. L'activiste déplore également la présence des bérets rouges lors des récentes manifestations qui ont selon lui fait usage de leurs armes. Il pointe du doigt un recul des droits humains dans notre pays.
Le Démocrate : peut-on avoir une idée sur les violences policières en Guinée ?
Souleymane Bah : comme vous le savez, nous le vivons tous, chaque fois qu'il y a un mouvement. Ce sont des armes létales qui sont utilisées contre les citoyens. Alors que le droit de manifester est reconnu par la Constitution guinéenne. Il y a des principes à respecter. Moi qui vous parle, je suis l'un des formateurs des forces de défense et de sécurité. On leur a appris comment intervenir, on ne doit pas utiliser les armes illégales. La force de sécurité, ce n'est pas l'armée, l'armée généralement comme on le dit, elle encercle et boucle les manifestants, elle les empêche et plus souvent elle utilise l'arme. Mais la sécurité elle, elle ne doit pas encercler, elle doit toujours ouvrir une brèche pour permettre aux manifestants de s'échapper et ne pas utiliser les armes à feu avec les balles réelles. Mais malheureusement, on dirait ce que nous sommes en train de leur inculquer, ça ne leur dit rien et la reforme de sécurité aussi n'a pas d'effets sur eux.
Enregistrez-vous des fois, des plaintes des citoyens contre les hommes en uniforme ?
Oui, il y en a qui viennent se plaindre. A un moment donné, nous avons enquêté sur les phénomènes tortionnaires.
C'est à dire ?
La pratique de torture dans les centres de détention. C'est une pratique qui se fait et qui continue à se faire. A cet effet, nous avons fait une enquête et pour l'occasion un premier rapport a été publié, c'était en 2013. Le deuxième rapport, nous l'avons fait pour le présenter devant le Comité des Nations unies de lutte contre la torture à Genève, nous sommes allés, on l'a défendu en face du gouvernement guinéen. C'était l'ancien ministre des droits de l'homme qui avait représenté le gouvernement guinéen. Là , il faut le dire le ministre d'alors des droits de l'homme avait reconnu tous les faits, qui étaient reprochés au gouvernement guinéen. Parce que nous avions décrit les fait réels, des cas de torture de la gendarmerie de Matam, la gendarmerie de Matoto, de Hamdalaye….donc on a évoqué des faits réels que nous avons défendus là -bas.
Que devriez-vous faire dans une telle situation ?
Nous, l'arme que nous avons, c'est la formation et la sensibilisation des citoyens et surtout des forces de défense et de sécurité qui sont armées. Dans les conditions normales, comme je l'ai dit au début, pour arrêter une manifestation, on ne doit pas utiliser les armes à feu. Il y a des armes conventionnelles qu'on utilise : des matraques, des gaz lacrymogènes… c'est ce qui est utilisé mais pas les PMAK.
Quelles sont les couches les plus touchées par ces violences policières ?
En fait, c'est quelque chose qui est général dans le monde. Les couches vulnérables ce sont les vieillards, les femmes, les enfants, les jeunes. En Afrique, ce sont des militants des partis politiques d'oppositions surtout. C'est eux qui sont visés, il y a nous les défenseurs des droits de l'homme aussi, les journalistes. Vous savez ce qui s'est passé avec Mohamed Koula Diallo et beaucoup d'autres qui ont été arrêtés, battus ou tués. Koula lui a été tué dans l'exercice de son métier, donc voilà . Ce sont ces couches qui sont menacées chez nous en Guinée. Les militants des partis politiques et les journalistes, ce sont les deux couches les plus exposées.
Comment appréciez-vous ce genre de comportement ?
Nous fustigeons vraiment ce genre de comportement. Toutes les organisations des défenseurs des droits de l'homme guinéens œuvrent dans le sens d'amener ces forces de sécurité à agir conformément à la loi. Mais elles violent tout le temps la loi. Quelque part, nous ne nous sentons pas découragés, mais en tout cas ce que nous sommes en train de faire n'a pas d'effet sur les forces de défense et de sécurité. Vous avez vu, depuis la prise du pouvoir par le président de la République actuel, Alpha Condé l'armée n'intervenait pas dans le maintien d'ordre. Mais le dernier mouvement les bérets rouges sont intervenus. C'est un recul et ce sont eux qui ont tiré à Hamdallaye, à Matam, un peu partout, c'est eux qui ont tiré, dans la plupart des cas. Vous savez, eux ils sont munis de PMAK avec des balles réelles. Vous avez suivi ce qui s'est fait à Bambéto, c'est un Pick-up de la CMIS qui a poursuivi un jeune et l'écrasé, c'est méchant. Les forces de défense et de sécurité leur rôle c'est d'assurer la sécurité de la population. Mais ils n'agissent pas dans ce sens, ils agissent dans le sens de massacrer. Et ce qui est surtout navrant, un citoyen guinéen quel que soit la manière qu'il est mort et même si c'est un bandit de grand chemin qui a été tué ça doit indigner la population dans les conditions normales. Mais à l'Assemblée nationale, lors de la dernière session, lorsqu'on a demandé d'observer une minute de silence à la mémoire de ces personnes tuées, certains députés de la mouvance ont refusé d'observer cette minute de silence : ce sont des citoyens guinéens. Et pire le président de la République lui-même devant un étranger, venu rendre visite à la Guinée, à l'occurrence le Roi du Maroc, il a dit que ce sont des hors la loi, que ce sont des bandits, ce n'est pas beau, ça décourage. Nous constatons que le droit de l'homme est en train de reculer. Le premier responsable de notre pays quand même se permet d'apprécier ainsi la mort, c'est inacceptable.
Entretien réalisé par Richard Tamone
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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