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Mobilisation contre la fermeture des écoles : Alpha à l'épreuve de la rue
Mamadou Dian Baldé Dimanche, 26 Février 2017 13:16
Un calme précaire régnait dans la cité au moment où nous allions sous presse, après 2 jours de violences qui ont fait 7 morts et d'importants dégâts matériels. Ces événements malheureux semblent être le résultat d'un ras le bol généralisé face à l'inaction du gouvernement, qui pêche plutôt par son amateurisme dans la gestion des affaires publiques.
Le président Alpha Condé a dû finalement prendre la mesure de l'ampleur du mécontentement qui a agité les écoles durant près de 3 semaines. Avec des scènes de violences inouïes qui se sont soldées par la mort de 7 personnes, ainsi qu'une quarantaine de blessés, à Conakry. Alpha aurait pu désamorcer cette bombe sociale bien avant que la situation ne dégénère en violences meurtrières, s'il avait prêté une oreille attentive aux revendications des enseignants. C'est du moins ce qu'affirment certains observateurs, très remontés contre ce qu'ils considèrent comme une indifférence de ce pouvoir face au sort des populations.
Il faut rappeler que les enseignants qui réclament la prise en compte de leur plate-forme revendicative, avaient boudé les classes depuis le 6 Février dernier. Le gouvernement avait anticipé pour annoncer la fermeture des écoles dès le 1er Février, une stratégie qui visait sans doute à casser l'élan des syndicats de l'enseignement. Mais cela n'aura fait qu'empirer la situation. Le gouvernement avait d'ailleurs banalisé ce mouvement de grève des enseignants. Comptant sans doute s'en tirer par une pantalonnade. C'est le moins qu'on puisse dire, quand on sait qu'aucune réponse concrète n'avait été apportée aux attentes des syndicats. Le ministre de l'Enseignement pré-universitaire et de l'alphabétisation, Dr Ibrahima Kourouma et son homologue de la Fonction publique, Sékou Kourouma n'avaient en réalité fait que vendre de la poudre de perlimpinpin aux enseignants.
Il a fallu que le mouvement se durcisse, avec des menaces de recourir à la rue, pour que le chef de l'État en personne se mêle de la danse, pour tenter de trouver une issue à la crise. Cette propension du président à gérer tous les dossiers à son niveau, malgré la présence d'une pléthore de ministres et de conseillers plus affairés que la mouche du coche, est d'ailleurs mal perçue aux yeux de l'opinion. Cela contribuerait simplement à alourdir la machine de l'administration publique, sans aucun résultat probant. La preuve est que sa rencontre avec les leaders syndicaux s'est soldée par un échec.
Il faut déplorer le fait que le chef de l'État n'ait exprimé aucun remords suite à ces morts enregistrés durant ces échauffourées qui ont agité la capitale. Alpha Condé a préféré présider le lancement d'une table ronde sur les mines, le mardi dernier, à l'hôtel Sheraton, pendant que la banlieue était encore à feu et à sang. Pire, le gouvernement a l'air d'être plus affecté par le sort des hommes en uniforme, blessés lors des affrontements, que par les 7 victimes de ces violences. Des civils pourtant tués par des balles tirées durant les heurts.
Il faut toutefois souligner que l'opposition n'est pas restée indifférente à cette chienlit. Dans une déclaration publiée suite à ces violences, elle a fait part de ses regrets de ces violences « graves qui ont émaillé les manifestations de réclamation de réouverture des classes, le lundi, 20 Février 2017 à Conakry et qui ont conduit à la mort de 5 citoyens, victimes de tirs à balles réelles, plusieurs blessés et des dégâts matériels importants ».
L'opposition a par la même occasion condamné « avec fermeté ces morts d'hommes et dénonce des actes barbares et criminels qui jurent avec l'état de droit ambitionné par le peuple de Guinée. » Tout en déplorant « l'usage d'armes de guerre dans des opérations de maintien d'ordre qui pour elle, relève de pratiques liberticides qui sont la conséquence de l'impunité qui a toujours accompagné dans notre pays, l'usage disproportionné de la force à l'encontre de citoyens manifestant contre la mal gouvernance exercée dans notre pays ».
L'opposition exige « fermement des autorités qu'elles diligentent des enquêtes sérieuses et abouties, afin d'identifier les commanditaires et les exécutants de ces crimes dans le but de les traduire devant les tribunaux pour qu'ils subissent toute la rigueur de la loi ».
À l'allure où vont les choses, le pouvoir a intérêt à prendre en compte les signaux envoyés par les populations, durant ces 2 jours de violences meurtrières. Car cela démontre à suffisance que le ver est dans le fruit. Et en pareils cas, le pouvoir doit freiner des 4 fers, afin de revoir sa copie en termes de gouvernance.
Mamadou Dian Baldé
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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