Alpha Amadou Diallo Jeudi, 23 Février 2017 19:34
Le président du Bloc Libéral (BL), Dr Faya Millimonou qualifie de crime les 12 jours de congés forcés accordés aux élèves et enseignants par le département de l'Enseignement pré-universitaire et de l'Alphabétisation. Dans un entretien accordé à la radio Familia FM, le président du BL s'est prononcé sur la grandiose réception du président Alpha Condé à Kankan.
Une marche pacifique a été organisée par la presse soutenus par des artistes, et d'autres hommes politiques pour réclamer que justice soit faite dans cette affaire Mohamed Koula Diallo tué, il y a un an, aux environs du siège de l'UFDG. Quelle analyse vous en faites, docteur ?
D'abord il faut témoigner toute notre solidarité à la presse guinéenne qui a perdu un des siens, mais aussi un compatriote qui été fauché à la fleur de l'âge dans l'exercice de sa profession. Effectivement, cette marche était à propos dans la mesure où depuis un an que nous avons perdu notre compatriote Koula Diallo.
La justice n'a pas encore totalement bougé par rapport à cette question. On n'a tellement politisé ce crime que finalement, on est à se poser la question de savoir quant est-ce que la justice guinéenne va prendre le problème à bras le corps pour que justice soit faite dans ce cas. C'est un cas criminel simplement. Donc nous témoignons au nom de Bloc Libéral, de ses militants et sympathisants, notre solidarité à la presse guinéenne. Nous souhaitons de nouveau que l'âme de notre compatriote repose en paix !
Docteur vous avez assisté à une réception grandiose pourrait on dire. Il s'agissait de la réception du tout nouveau président de l'Union Africaine, le professeur Alpha Condé. Votre analyse ?
Elle n'était pas aussi grandiose que ça. A Conakry en tout cas, il n'y avait pas aussi un grand nombre de personnes qui avaient fait le déplacement. En fait, le RPG se trouvait devant un problème. On n'a l'habitude de sortir les élèves de leurs classes pour aller recevoir le président de la République, on l'a vu à Kindia.
Mais avant l'arrivée du professeur élu président en exercice de l'Union Africaine, il y avait un antécédent entre le RPG et son gouvernement, les étudiants et les élèves guinéens qui réclament ce que tout élève ou étudiant peut réclamer et en droit de réclamer, un enseignant dans sa classe.
On n'a suivi ce qui s'est passé à Kaloum où les jeunes gens sont sortis pour demander au gouvernement « écoutez ! nous sommes là, nous voulons apprendre, nous avons un avenir, nous problèmes sont vos problèmes, nous voulons avoir des enseignants en classe », alors ceci étant, le RPG n'avait plus de clients, des gens qu'on pouvait forcer de sortir des classes pour aller recevoir le président. Il fallait le faire simplement au niveau des fonctionnaires, il ne sont pas nombreux et finalement ça été un échec ici à Conakry.
On n'en a vu également le dimanche 5 Février 2017, on est allé jusqu'à Kankan, c'est tout le gouvernement qui a fait le déplacement, tous les cabinets ministériels, tous les directeurs généraux. Je crois que toute l'administration a bougé y compris les plantons tous étaient à Kankan.
On se pose la question : qu'est-ce que signifie toutes ces manifestations alors que nous sommes devant des problèmes les plus simples. On n'a pas aujourd'hui d'enseignant dans les classes, il y a des classes qui sont construites par les pays qui nous aident comme le Japon par exemple, comme l'Allemagne, la France, etc. qui ont construit des écoles en Guinée, un peu partout sur le territoire national avec la garantie de l'État d'y mettre des enseignants.
Il y a aujourd'hui des centaines de classes qui sont vides parce que tout simplement l'État est incapable d'y envoyer des enseignants. Le phénomène de contractuel communautaire est né de ces nombreuses écoles qui ont été construites grâce à l'effort des communautés elles-mêmes; grâce à Plan Guinée, grâce à la coopération des pays amis. Il y a eu beaucoup d'écoles qui ont été construites pour satisfaire aux besoins, mais l'État n'a pas été capable d'y envoyer des enseignants et donc les parents ont été réduits à trouver quelqu'un qu'on fait semblant de payer, parce que 200 000 GNF quand même ce n'est pas un salaire.
Alors il y a des contractuels communautaires qui ne reçoivent que 200 000 GNF, qui donc vont faire semblant d'enseigner aux enfants. Finalement, c'est ce qui explique tous ces échecs qui nous avons et le bas niveau que nous constatons au niveau de certains élèves.
Alors ce problème étant, nous ne voyons pas comment le gouvernement ne peut pas y faire face. Et on organise les manifestations les unes après les autres et qui engloutissent des milliards de GNF, ne serait-ce que le déplacement de tout le monde de Conakry pour Kankan, ça coûte beaucoup d'argent sur des routes qui nous connaissons.
Combien de litres de carburants ont été utilisés parce que tous les VA ont quitté Conakry pour Kankan ? Combien des citernes de carburant ont été ainsi brûlées pour aller à Kankan au moment ou il y a pénurie de carburant ? Ça c'est sont des questions qu'on est en droit de se poser. Combien ça coûte ? Pour quelle raison ? Et qu'est ce que ça apporte ? Quelque part en parlant des moyens financiers dans tout ça, nous apprenons que c'est à l'actif des orpailleurs.
Que ce soit à l'actif de quoi ? On ne nous dira jamais toute la vérité. Est-ce que vous avez la possibilité de vérifier ? Non! vous n'en avez pas ! Je crois que si l'État se préoccupait par exemple de ces jeunes gens qui n'ont pas d'enseignants aujourd'hui dans leurs classes et que les orpailleurs par exemple soient prêts à débourser des milliards pour recevoir le président Alpha Condé à Kankan. On peut gentiment demander à ces orpailleurs d'aider que nous ayons un peu d'argent dans les caisses pour garantir encore 2, 3, 4,5 postes d'enseignants dans les classes.
Je crois que ça pourrait sonner mieux à l'oreille que de les utiliser parce que simplement ça vienne. L'Éat a la possibilité, si quelqu'un a la volonté d'apporter une aide. Que cette aide là soit utilisée à bon escient au lieu de les utiliser pour faire les mamayas. On n'en a tellement fait dans ce pays, on peut l'utiliser pour investir dans notre jeunesse qui est aujourd'hui désœuvrée. Il faut le dire.
Pour la première fois que j'ai entendu, un Chef d'État africain à en parler, c'est Chef d'État, Alpha Condé lui-même. Il acceptait sa désignation comme président en exercice, il a parlé des jeunes gens parmi lesquels, il y a des nombreux Guinéens qui meurent dans le désert et dans la Méditerranée.
C'est un silence de mort de tous les Chefs d'État africains parce qu'on a l'impression qu'on les veut morts dans l'océan ou dans le désert que dans les rues, parce que dans les rues, les capitales de ces pays là les empêchent de dormir.
Quand les jeunes prennent ce risque là, alors on a l'impression que les Chefs d'État, ça les arrange. C'est la première fois que nous avons entendu sur la tribune de l'Union Africaine, un Chef d'État adressé cette question là. C'est une question que le professeur Alpha Condé aurait pu commencer par adresser ici en Guinée. Parce que parmi ces jeunes dont il à parler à Adis Addis-Abeba, il y a beaucoup de jeunes Guinéens qui perdent la vie, parce qu'ils sont complètement désœuvrés.
Est-ce, ce n'est pas une façon de dire qu'il est prêt à prendre le bras le corps la situation des Jeunes ?
On a entendu ce discours par le passé du genre ça c'est le mandat des jeunes, c'est le mandat des femmes, cette fois-ci on va vous garantir un ordinateur, on va vous garantir un machine, on vous garantir des tablettes mais qu'est-ce qu'on n'a fait ? Écoutez, on n'est plus au stade des annonces. Les jeunes Africains ne sont pas quotidiennement à la recherche de beaux discours. On en a tellement connu dans notre pays.
Quand vous allez sur Google, il y en a beaucoup des gens qui publient les discours kilométriques du premier président de la Guinée. C'était très bien rédigé, il faut le dire parce que les quelques rares intellectuels qui sont restés après que la majorité ait fui, savaient bien rédiger. Donc, c'est des discours qui étaient prononcés pendant des heures et des heures. On a écouté tout ça. Mais malheureusement, nous n'avions rien dans le ventre, l'éducation était bâclée, il y avait beaucoup de choses dont on avait besoin.
Ce que nous attendons maintenant des dirigeants africains, c'est que nous nous sommes en train de construire, à proposer au peuple de Guinée, c'est des actes, rien que des actes et malheureusement on continue à penser qu'il suffit de faire un beau discours avec des belles phrases bien alignées pour que les gens soient satisfaits.
On ne peut pas être satisfait aussi longtemps que les actes ne viennent pas pour permettre à cette jeunesse d'espérer. Parce que quand on n'a plus d'espoir, on meurt.
Le gouvernement a accordé 12 jours de congés aux élèves et enseignants pour leur dire rester à la maison. Il y a une grève en cours pour éviter que la situation ne déborde. Votre analyse sur les 12 jours congés ?
Ma première réaction, c'est un crime clair.
Un crime ce n'est trop dit ?
Ce n'est pas trop dire. Écoutez, nous avons une année scolaire qui comprend 2 moments de pause pour les élèves fin Décembre et je crois en Avril, le congé de Pâques. Donc, l'année scolaire ou universitaire peut être résumée en nombre d'heures d'apprentissage pour chaque élève, à la fin de l'année quand ils seront dans les classes d'examens pour faire le baccalauréat, pour faire le brevet, pour faire l'examen d'entrée en 7ème année. On n'aura supposé que chacune des heures prévues d'enseignement et d'apprentissage a été pleinement couverte.
Alors en prenant 12 jours et en considérant qu'au moins 7 heures sont consacrées par jour d'enseignement et d'apprentissage, multiplier donc 7 par 12, ça nous fait 84 heures que nous sommes en train de jeter à la poubelle. Pendant ce temps aucune occasion n'est donnée à nos jeunes d'apprendre et de mieux se préparer, pour les différents examens nationaux.
Ça, c'est un crime clair parce qu'on ne peut pas me dire qu'à la fin de l'année, le ministre va trouver un temps pour compenser cela. Les enfants n'auront pas appris pendant 84 heures.
On croit que c'est suite aux émeutes qui ont éclaté dans les établissements pour soutenir l'action entamée par leurs enseignants contractuels non admis au concours de recrutement à la fonction publique.
Pour vous, est-ce les départements ont cru à une instrumentalisation créant un sentiment d'insécurité ou c'est juste pour simplement boycotter l'année scolaire ?
C'est d'abord boycotté. Il est clair que la raison qui a poussé les jeunes à aller dans la rue, c'est une raison valable, disons-le. Il est clair que dans notre pays et depuis toujours, les gouvernants ont toujours fait la fuite en avant en considérant qu'à chaque fois quelqu'un manifeste le mécontentement, c'est parce qu'il est manipulé par les politiques. Partout où ça crie, même si vous criez parce que vous avez des raisons valables de crier, on dit que vous êtes manipulés par les politiques. Croyez-vous que les politiques n'ont rien avoir que d'aller manipuler les gens ? Est-ce ce sont les politiciens qui ont organisé le concours dont on parle.
Est-ce que ce sont les politiciens qui ont signé des contrats avec des enseignants qui ont travaillé pendant des années et qui ont été complètement abandonnés ? Est-ce que ce sont les politiciens qui ont empêché que les gens qui sont formés pour enseigner, dans les E.N.U, à l'institut supérieur des sciences d'éducation…. Est-ce que ce sont les politiciens qui ont empêché qu'on emploie ceux-là au moment ou nous avons un déficit criard en enseignants ? non pas du tout! Ce ne sont pas les politiques qui le font.
Il y avait là un problème réel qu'il fallait essayer de résoudre de manière responsable. Qu'il y ait eu des sorties, nous n'approuvons pas que les jeunes s'attaquent par exemple aux édifices publics, nous n'approuvons pas qu'on brûle les archives, etc.
Mais là le problème est ailleurs parce que c'est une question de manque de civilité. Décider de fermer les écoles parce qu'il y a eu ça ; qu'on ferme l'école pendant au moins 12 jours, il est clair que c'est un crime. Quel problème, a-t-on résolu aujourd'hui ?
Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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