Mamady Keita Vendredi, 03 Février 2017 19:52
Le retour du président de la République ce jeudi à Conakry sera célébré en grande pompe par le parti au pouvoir, qui appelle l'ensemble des populations de la capitale à se joindre à la mobilisation. Certains observateurs pensent qu'on aurait dû faire économie de cette fête qui va grever notre budget, en cette période de vache maigre. Surtout que les retombées ne semblent pas être à la hauteur des attentes, pour cette fonction purement honorifique.
L'élection du chef de l'État à la tête de l'Union Africaine, en tant que président en exercice de cette institution a été vivement saluée par le parti au pouvoir qui compte célébrer ce succès diplomatique par une grandiose manifestation populaire ce jeudi. Le RPG-arc-en-ciel et ses partis alliés ne veulent pas lésiner sur les moyens, pour la réussite de cet événement. Il s'agit en somme de réserver un accueil chaleureux. Certains thuriféraires du régime comme Bantama Sow, ministre conseiller à la présidence de la république ont d'ailleurs suggéré que cette journée du jeudi qui marquera le retour du président Alpha Condé au pays, après avoir décroché la timbale du côté de Addis-Abeba, soit décrétée fériée, chômée et payée. Plusieurs centaines de millions de francs guinéens seront mobilisés pour assurer la logistique de cette grand-messe populaire. C'est un son de cloche différent qu'on entend dans le camp de l'opposition où on pense que l'on en fait trop pour cette élection du président à la présidence en exercice de l'UA. Ainsi, pour Dr Fodé Oussou Fofana, il s'agit simplement « d'un non-événement », qui ne mérite pas tout ce tintamarre.
Sur les retombées de cette élection, Mohamed Camara, professeur des universités, a dans un entretien accordé à nos confrères de guineematin.org, donné son avis : « la désignation du Président Alpha Condé comme le 15ème Président de l'Union Africaine apportera au-delà de l'honneur, un rayonnement diplomatique à la Guinée en incarnant le leadership africain. Une visibilité nettement accrue du pays et une convoitise en direction de la Guinée pour préparer les positions communes de l'Union Africaine dans les relations avec les partenaires techniques et financiers. Cette désignation pourrait aussi influer sur le climat interne sous l'angle de la vertu de l'exemplarité en apaisant le climat social avec des actions démocratiques, en rejetant systématiquement les pratiques anticonstitutionnelles pour de vrai conformément à l'article 30 de l'Acte Constitutif de l'Union Africaine, en prouvant davantage sa capacité en médiation et en prospective. Enfin, en voulant éventuellement demander que le 29ème Sommet se tienne en Guinée, cela aura des retombées économiques et touristiques sur le pays. Les Guinéens doivent l'accompagner pourvu qu'il développe l'écoute et avoir le triomphe modeste. Que cela ne soit pas une récupération politique du parti au pouvoir avec des risques de saignées financières illogiques sur fond de propagande, de démagogique ambiante ou de paresse institutionnelle festive. De même, face à cette désignation du Président Guinéen, la classe politique opposante doit éviter de jouer aux cassandres au risque d'être perçue comme développant une obsession à nier les acquis, à faire un nivellement par le bas ou être disposée à faire de l'obstruction systématique et généralisée. Face à l'image du pays, il faut savoir raison gardée ».
Quant aux frais des voyages du président durant son mandat, le juriste déclare que c'est au frais de la Guinée. « C'est la Guinée. Il faut tout de même nuancer à ce niveau, l'Union Africaine est censée financer ses propres actions. Mais, elle n'a pas les moyens financiers de ses ambitions. Les ¾ de son financement venant des partenaires financiers, réduisant ainsi, sa marge de manœuvre. A l'évidence, c'est la Guinée qui prendra en charge les déplacements du Président de l'Union. L'accessoire suivant le principal. Cela ne signifie pas que l'essentiel du budget de la Guinée y sera englouti, non ! Mieux, le Président de l'Union peut raréfier ses déplacements pour se consacrer à l'œuvre de construction nationale en laissant le soin aux organisations sous régionales et régionales de régler graduellement les crises en application de l'article 52 de la Charte des Nations Unies, avant d'arriver sa table ».
Mamady Kéita
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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