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Mamady Kaba, président de l'INIDH : « nous ne sommes pas prêts à lâcher le dossier du 28 Septembre »
Cheick Alpha Ibrahima Camara Samedi, 28 Janvier 2017 09:52
Dans une interview qu'il vient d'accorder à votre quotidien, Mamady Kaba a bien voulu donner son analyse de la situation portant sur des violations flagrantes de droits humains en Guinée et surtout, sur les scènes de lynchage survenues à Siguiri et à Kissidougou. Mais aussi, il s'est exprimé sur l'arrestation de l'aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara et sur le fonctionnement de son institution.
Le Démocrate : quelle lecture l'INIDH fait de l'arrestation de Toumba Diakité ?
Mamady Kaba : il n'est jamais trop tard pour bien faire. L'arrestation de Toumba Diakité est un pas important dans la bonne direction. Parce que depuis 7 ans, nous attendons des actes comme celui-là . Nous saluons cette arrestation et nous souhaitons que le processus visant à obtenir son extradition soit accéléré, que les 2 États, le Sénégal et la Guinée, travaillent de concert pour que cette extradition se fasse dans de bonnes conditions et que la paix civile n'en souffre pas. L'aide de camp du capitaine Dadis doit nécessairement comparaître devant la justice et pour cela, il doit être remis à la disposition de la justice guinéenne pour des fins utiles. Nous espérons que les choses ne s'arrêteront pas là .
Selon des informations, le non-retour du capitaine Dadis en Guinée est un refus du régime en place. En votre qualité de président de l'INIDH, ne pensez-vous pas que c'est une violation des droits du capitaine Moussa Dadis Camara ?
À partir du moment où Moussa Dadis Camara est guéri donc il a fini sa convalescence au Burkina Faso, rien ne justifie son maintien hors du pays à part peut-être sa propre volonté. Si c'est lui-même qui souhaite vivre hors de son pays, il en est totalement libre mais personne n'a le droit de l'empêcher de rentrer dans son pays quel que soit le motif et surtout pas pour les crimes du 28 Septembre. Si c'est à cause des actes du 28 Septembre, il doit nécessairement rentrer pour être mis à la disposition de la justice guinéenne. Le maintien hors de la Guinée de Dadis Camara ne se justifie pas si ce n'est pas sa propre volonté qui lui pousse à rester hors de son pays, il a le droit d'aller et de venir aussi librement que possible. C'est son droit de revenir dans son pays.
En 2016 et en ce début de l'année 2017, la Guinée a enregistré des scènes de violences orchestrées par la population. On constate que la vindicte populaire tend à s'imposer au respect de la loi, quelle est la position de l'INIDH par rapport à cette situation ?
En 2007, les Guinéens sont descendus dans la rue pour réclamer une plus grande indépendance de la justice et le Général Lansana Conté avait lancé à la face du monde qu'il incarnait la justice. Cela a provoqué la colère et l'indignation du peuple guinéen, une révolte populaire s'en ai suivi et il y a eu beaucoup de morts ainsi que beaucoup de blessés et même des femmes violées. Les réformes des événements résultant de 2007 et de la transition ont été, de procéder à une réforme très profonde de la justice, des services de sécurité ainsi qu'un processus de réconciliation nationale. Depuis les élections de 2010 et même avant, la réforme de la justice a commencé bien avant le régime du Pr Alpha Condé. Aujourd'hui à mi-parcours, des résultats attendus des réformes ne sont pas du tout atteints et je pense que nous avons connu un recul par rapport au rétablissement de la confiance entre la justice et les populations. Les populations font sortir des prisonniers et les tuent d'une manière atroce, les actes de Kissidougou et de Siguiri sont une indignation, personne n'a le droit de se rendre justice et désormais, il est important de savoir à qui imputer la faute ? Est-ce les populations qui sont fautives ou c'est la justice qui l'est ? À mon avis, l'État a une très grande part de responsabilité à partir du moment où les populations sont désabusées, les populations sont à bout de souffle, les injustices ont atteint le paroxysme, les criminels qui sont mis à la disposition de la justice, échappent à cette dernière et reviennent semer la terreur dans les quartiers. Ce qui fait que les populations n'ont plus le courage de collaborer avec la justice pour mettre hors d'état de nuire les criminels. Cela fait que la population pense qu'il n'est pas utile d'envoyer un criminel à la justice. Car, il se retrouve dehors, 2 ou 3 jours après pour menacer ceux qui les ont mis à la disposition de la loi. Donc, tant que la justice ne rassurera pas la population en faisant en sorte que tout ceux qui sont reconnus coupables de crime ou de délit, soient maintenus en prison durant le temps de leur condamnation. La deuxième chose, il faut que les populations sachent que la justice existe pour elles, pour tout le monde, il faut faire en sorte que tout le monde ait accès à la justice et que les populations se sentent bénéficiaires du fonctionnement de la justice. Tant que la réforme de la justice ne permet pas d'atteindre ces résultats, nous pensons que nous n'avons pas fait grand-chose. Il faut faire en sorte que la confiance revienne entre la justice et les populations. Ceux qui sont lynchés ne sont pas forcément coupables de quelque chose mais ils le sont aux yeux de ceux qui les lynchent parce que ces derniers n'ont pas confiance à l'institution qui doit faire le travail d'enquête, établir les culpabilités et sanctionner ceux qui doivent l'être puis mettre en liberté les innocents. Ce manque de confiance les pousse à se rendre justice eux-mêmes et parfois de façon très barbare comme le cas de Kissidougou et de Siguiri. Les populations n'ont pas, du tout, confiance en notre système de justice.
Si aujourd'hui, vous trouvez que la justice guinéenne n'inspire pas confiance et que malgré les réformes engagées, elle a du mal à faire appliquer les lois, est-ce qu'elle est capable de tenir le procès de Toumba Diakité ?
Le procès du 28 Septembre est extrêmement complexe et la complexité du dossier dépasse ce que nous imaginons. Nous ne sommes pas prêts à lâcher. Car, nous pensons que la justice doit être rendue et aucune fuite en avant ne sera acceptée. Nous avons estimé que les capacités de la justice guinéenne ne sont pas suffisantes pour mener à bien ce procès. Les implications sont diverses et profondes alors, j'estime qu'il est important que la Guinée trouve des moyens de mener ce procès dans un cadre différent de celui de la justice ordinaire. Quand je prends seulement la sécurité des victimes et des personnes accusées, je serai surpris de voir la Guinée pouvoir assurer leur parfaite sécurité sans parler des autres dimensions complexes. Les capacités institutionnelles de notre justice sont très fragiles et je serai surpris qu'un dossier aussi important que celui du 28 Septembre soit mené à la satisfaction de tout le monde. Le meilleur chemin pour la Guinée, est de transférer le dossier à la Cour pénale internationale (CPI) pour que le procès soit mené à bien. C'est le moment de tenir le procès du 28 Septembre et je réitère que la Guinée n'a pas les capacités institutionnelles qu'il faut pour mener à bien ce procès.
En Afrique, les institutions nationales de défense des droits de l'homme font face au défi de leur indépendance. Qu'en est-il du cas guinéen ?
L'indépendance d'une institution dépend de celle des hommes qui l'administrent. L'indépendance est d'abord dans la tête, dans la conviction et quand vous avez des personnes non convaincues, vous n'aurez jamais une institution indépendante. Notre institution se bat pour s'affirmer, pour mériter la confiance du peuple. L'INIDH que j'ai l'honneur de diriger, est une institution totalement indépendante de toutes les formes de pression d'où que ça vienne.
La désignation de certains membres de l'INIDH par l'exécutif et le législatif ou le fait d'émarger sur un budget national, ne sont-ils pas des facteurs de dépendance, selon vous ?
Nous sommes en expérimentation, la démocratie guinéenne est en train de tâtonner pour voir le meilleur chemin qu'elle va emprunter pour son propre avenir. Notre institution ainsi que les autres ne sont pas parfaites, aujourd'hui notre bataille est de rétablir la confiance entre notre institution et les populations. Cela ne m'empêche pas de dire qu'il y a lieu d'améliorer la loi organique de la création de l'INIDH afin que la loi permette d'accroître l'indépendance de l'institution.
Faites-nous le bilan de la gestion financière et administrative de l'INIDH ?
Nous sommes très jeunes et notre bataille est d'abord d'exister. Nous existons dans la poche de l'État avec une subvention qui est prévue pour 2017 à 2 milliards de GNF. Nous souhaitons que le président nomme le Secrétaire général de l'institution pour que le secrétariat administratif se mette en place et à partir de ce moment, nous pourrons avoir une gestion plus saine et plus cohérente. La gestion de l'institution frise l'informel à partir du moment où nous n'avons pas de service administratif ni un Secrétaire général. Même les salaires ne sont pas déterminés.
Merci pour cet entretien.
C'est un devoir.
Cheick Alpha Ibrahima Camara (Guineenews)
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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