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Discours de vœux : des acteurs politiques émettent des réserves
Amadou Sadjo Diallo Jeudi, 19 Janvier 2017 07:20
A l'occasion du nouvel an, le président de la République s'est adressé à la nation. Dans ce discours solennel de présentation de vœux, Alpha Condé a décliné ses perspectives pour l'année 2017. Une sortie qualifiée de « ratée » par certains acteurs politiques que nous avons rencontrés au lendemain de cette sortie.
Makanera kaké, président du FND, « tout ce que Alpha Condé dit, ne considérez pas, ce qu'il fait considérez cela »
« Le discours en soi, ce n'est pas mauvais. Ça ne fait qu'une répétition des discours que le président a tenus chaque année. Par contre, ce qui est surprenant, c'est que le lendemain, c'est tout autre discours qui a été tenu. On dirait que ce n'est pas lui qui a écrit le discours, il ne se retrouve pas au fond du discours. Parce que quand je fais la comparaison entre le discours tenu face à ses militants à Mafanco et le discours de fin d'année, il y a tellement de différence, qu'on ne pense pas que ces deux discours ont été tenus par la même personne.
Avec Alpha, c'est une question de rapport de force. Tout ce que Alpha Condé dit, ne considérez pas, ce qu'il fait considérez cela. Quand il promet des élections transparentes, préparez-vous. Parce que les élections viennent de se passer. Vous avez vu les élections législatives, et l'élection présidentielle de 2015. Il n'y a pas de promesse qu'on ne nous a pas faite pour dire que cette élection sera transparente. Il y a eu des promesses concernant l'indépendance des institutions constitutionnelles, mais aujourd'hui force est de constater que toutes ces institutions sont commandées à partir de la présidence.
Donc ce que moi je peux dire au peuple de Guinée, surtout à sa jeunesse, c'est de dire que la démocratie, la liberté, ce ne sont pas des cadeaux, ce sont des mérites. Donc il faudrait qu'on se mobilise pour défendre nos intérêts. Vous avez remarqué dans le discours du président, il parle du code minier, de l'exploitation minière qui doit être un levier économique de notre pays.
Il suffit aujourd'hui de voir au fond, pour comprendre que l'exploitation minière profite à une partie de l'élite guinéenne et non à la population. Boké est la preuve la plus éloquente. Il suffit simplement de voir dans le budget de l'État quel est l'apport de toutes les sociétés minières de la Guinée et reporté par rapport aux conséquences de cette exploitation minière.
Sur le plan environnemental seulement, les conséquences vous verrez que cette exploitation ne se fait que pour eux et par eux et non pas pour le peuple. Si toutes les sociétés ne donnent pas plus de 100 millions d'euros ça veut dire que c'est inutile cela. L'ARPT seule rapporte plus que toutes les sociétés minières. Donc, ce n'est rien en valeur absolue. Parce que les dégâts que ces sociétés minières causent à Boké dépassent 100 millions d'euros par an ».
Mohamed Lamine Kaba, président du FIDEL « c'est un discours dit d'une mégalomanie exagérée »
Il reste clair que nous sommes toujours sur le point des promesses et non pas de bilan. Parce qu'il est regrettable de constater par rapport à ce qu'il a dit sur le plan agricole, qu'il ait assez fourni d'efforts sur le monde rural, mais en réalité il ne parle pas de cette détresse de la population au niveau de la destruction des champs de pomme de terre, principalement en Moyenne Guinée qui a chuté de 100 milliards de GNF.
Tout cela est dû à la mauvaise qualité des engrais qui ont été fournis au président. A un moment, nous avons dénoncé cette affaire, mais nous n'avons pas été écoutés. Nous avons des documentations là -dessus. Vous vous rendrez compte que la qualité qui devrait être fournie aux paysans n'a pas été effective, mais surtout aussi la qualité. Dans le document, dans son article 7 de la convention entre Toguna et l'État, il est dit, qu'il faut que l'engrais soit soumis à l'analyse au moins 3 labos. Ce qui n'a jamais été fait. Donc la conséquence est qu'on a détruit la production agricole au niveau de la Moyenne Guinée.
Sur le plan de la pêche, il dit encore que la Guinée a été retirée sur la liste noire des pays non coopérants. Mais en réalité, ce n'est pas effectif. C'est juste qu'il y a de cela deux mois la Guinée encore est en observation.
Le transport, il dit que de nombreux projets sont en cours. Mais on ne peut pas rester tout le temps à faire des promesses quand on sait que Sékhoutouréya est devenu aujourd'hui le cimetière de toutes les promesses électorales. Donc, ce qui prouve qu'on ne peut pas encore tenir compte de ces promesses. Mais il devrait au moins parler de cette détresse des usagers du train Conakry express qui est en arrêt cette année, mais aussi la faillite de la Sotragui. Il a écarté tout cela sur le plan du transport. Vous vous rendrez compte encore qu'au niveau des mines, il a parlé de l'exploitation des gisements de bauxite à Boké. Mais là aussi, les conditions d'exploitations sont pénibles pour les citoyens, parce que la population souffre de la dégradation de l'environnement. Avec aussi, tous ces scandales que nous avions enregistrés cette année, je pense qu'il devrait parler de tout cela et mettre en place une commission d'enquête pour savoir qu'est-ce qui s'est passe à son niveau, malheureusement, il n'en parle pas.
En plus, il parle de la rigueur administrative, en parlant par exemple du pointage des agents de l'administration publique contre l'absentéisme. En réalité ce qu'il faut souligner, je crois qu'il devrait parler des audits à ce niveau comme je viens de le rappeler au niveau du secteur minier ou d'ailleurs de toute sa gouvernance. Depuis son arrivée, chaque 2 mois, c'est un scandale qui est révélé. Si ce n'est pas à l'intérieur de la Guinée, c'est à l'étranger et tout ça, ce sont les étrangers qui s'en occupent de ces révélations. Je crois que tout ça, c'est le contraire du bon sens et de la rigueur administrative de notre pays.
Sur l'emploi des jeunes encore une fois il ne parle pas de bilan, il parle uniquement des promesses.
Sur le plan de la justice, la Guinée est déjà sur la sellette quand on sait ce qui s'est passé au niveau du 28 septembre. Cela fait 7 ans jusqu'à présent le dossier là est fermé et il n'y a pas un discours clair là -dessus. Donc je crois que ça devrait être un programme principal, un discours costaud pour rassurer les Guinéens, dire cette fois-ci nous allons traquer les bourreaux et les traduire en justice et rétablir les victimes dans leurs droits, mais on ne parle pas de cela. Sur le plan culturel, nulle part, il n'a parlé de la culture, alors qu'on sait que la culture c'est ce qui forme, c'est ce qui constitue la moralité même d'un État.
Donc nous, nous croyons que c'est un discours muet, insensé, c'est un discours dit d'une mégalomanie exagérée.
Il y a le fait encore qu'il n'ait pas adressé un message aux parents des victimes de la méditerranée et du désert, sachant que la méditerranée et le désert constituent aujourd'hui comme les plus grands cimetières de la jeunesse guinéenne. Donc, il est important qu'il adresse des condoléances aux parents des victimes parce que c'est à cause de sa mauvaise gestion que les Guinéens aujourd'hui s'embarquent pour l'Europe et par conséquent certains perdent la vie.
Propos recueillis par Sadjo Diallo
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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