Alpha Amadou Diallo Dimanche, 15 Janvier 2017 13:04
Après l'adoption des statuts de la Fédération Guinéenne de Football (Féguifoot), nous avons rencontré le journaliste sportif, Amadou Diouldé Diallo. Avec lui, nous avons évoqué le travail effectué par le Comité de normalisation qui remplace la Féguifoot dissoute, les perspectives du football guinéen, ses craintes par rapport à l'élection du bureau exécutif de la fédération et les discours de l'an du président Alpha Condé et de Cellou Dalein, respectivement président de la République et chef de file de l'opposition.
Le Démocrate : le comité de normalisation a presque bouclé sa mission. Pensez-vous qu'ils ont été à la hauteur ?
Amadou Diouldé Diallo : oui, ils étaient là, ils ont fait l'essentiel. Il n'y a pas eu le forfait de la Guinée au niveau de toutes les compétitions. Ils sont restés dans le délai, c'est un acquis. Aujourd'hui, on a l'assemblée générale extraordinaire qui s'est tenue, les textes devant régir le fonctionnement de la nouvelle Féguifoot. Ces textes ont été rédigés par un comité ad hoc et ils ont été approuvés à une large majorité, 111 voix contre 9, et une abstention. C'est quand même un travail remarquable du comité de normalisation. C'était ça sa mission. C'est une équipe dont la date de péremption arrive le 27 Février prochain. Donc, il faut féliciter sur le travail qui a été fait.
Pour le reste des dispositions, elle n'a pas eu toutes les facilités parce que, jusque-là, nous sommes dans cet engrenage, dans cette gestion qui ne dit pas son nom où les fédérations existent de nom mais c'est le ministère des sports qui gère tout. Donc de ce point de vue, rien n'a évolué ; tant qu'on ne rend pas la Fédération responsable de sa gestion et de sa compétition, on n'ira nulle part.
Le comité de normalisation également n'avait aucune possibilité de prétendre de ceci ou cela par rapport aux réalités que nous vivons et qui sont encore les mêmes qui perdurent dans le fonctionnement de notre sport, dans la gestion de notre sport, dans la gestion de notre football. Maintenant, on va aller à la prochaine et dernière étape qui est la mise en place de la future fédération.
Antonio Souaré est sollicité pour briguer la présidence de la Féguifoot. Qu'en dites–vous ?
Oui ! C'est bien ! C'est parce qu'il a fait des preuves, c'est concret ce qu'il fait, il aime le football, il est présent, il a pris un club : le Horoya Athlétic club de Conakry. Il aime le football. Il a créé la Ligue professionnelle de football. Il a fait un sentier pharaonique à Yorokoguia, sur 11 hectares. Où vous avez un centre de formation, un stade, un hôtel de cinq étoiles et tout. C'est la preuve.
Aujourd'hui dire que les gens sollicitent Antonio Souaré pour être le président de la fédération guinéenne de football, ce n'est qu'une juste récompense. Ce n'est ni un vol, ni une usurpation de titre. Au contraire c'est un mérite que les Guinéens cherchent à récompenser, parce qu'il s'est illustré, c'est concret, c'est palpable.
Ce n'est pas de l'invention, ce n'est pas des discours creux qu'on entend par-ci et par-là. Des gens qui sont là qui cherchent à être dans la fédération pour se servir de l'argent du football, lui ce n'est pas son cas, il ne se sert pas de l'argent du football. Il investit plutôt son argent dans le football.
Aujourd'hui, jusqu'à la caricature, le président indiqué et tout désigné de la fédération guinéenne de football, c'est Antonio Souaré. N'en déplaise maintenant à ceux qui ne sont jamais satisfaits. Mais ils ont la même prétention et la même ambition, ils n'ont qu'à faire comme lui parce que certains en ont les moyens ou d'autres en ont plus les moyens que lui. Ils n'ont qu'à faire comme lui. C'est aussi facile que ça au lieu de se mettre à parler dans les chemises, partout à faire de la délation, dénigrer par ci dénigrer par-là.
La CAF et la FIFA sont allées visiter le centre. Ils ont dit qu'il est unique en Afrique. C'est un investissement personnel. Il le mérite parce que c'est une passion pour lui. Il est sur le terrain, tout ce qu'il fait est lisible et concret.
Maintenant le danger ? La fédération ce n'est pas seulement le président, c'est les membres. Il faut pouvoir constituer une équipe commando, une équipe dynamique capable justement de gérer le football. Tout ne doit pas se reposer sur Antonio, si aujourd'hui on élit des gens qui ne sont pas à la hauteur, qui sont là pour se servir du football, qui cherchent à additionner les titres et les honneurs mais on n'ira nulle part. Antonio seul ne pourra rien, il est le président d'une équipe. Aujourd‘hui, la bataille est pratiquement ouverte. Elle est rageuse, c'est une bataille de tranchées entre tous ceux qui veulent appartenir à la fédération guinéenne de football. L'offre est supérieure à la demande et justement, il faut faire la décantation pour prendre les meilleurs ceux qui sont les esclaves c'est-à-dire les serviteurs de notre football. Il ne faut pas prendre ceux qui sont dans la passion juste qui vont se retrouver parce qu'ils cherchent à être présents, à être le prince au soleil. Je pense que si c'est le cas Antonio seul ne pourra rien, nous retournerons à la case de départ.
Je souhaite qu'on respecte les critères définis dans les textes et qu'on fasse des choix conséquents des hommes. Qu'il n'y ait pas des recommandations, qu'il n'y ait pas de politique à l'intérieur. Parce que vous savez, dans ce pays, le RPG est toujours aux aguets partout il faut poster, il faut rechercher un de leurs militants pour le mettre quelque part même s'il n'est pas méritant.
C'est pour cela que nous avons ici des sous-préfets qui sont des mécaniciens motos, c'est ça le problème. Là aussi, on risque de politiser, il faut déjà prévenir, pour dire tel veut être le militant de la fédération guinéenne de football ; on dit non ! C'est un militant de l'UFDG. Non ! Il n'est pas du RPG. Dire là aussi, il faut absolument des militants du RPG même s'ils ne connaissent même pas la direction du stade du 28 Septembre. C'est extrêmement dangereux, le RPG c'est ça son travail. Il s'agit de monopoliser tous les postes de l'administration, de la société civile.
Partout où il y a un poste quelque part qu'on dise, non ! C'est un de leurs militants qui est là. On risque de retrouver la même chose dans le football, je sais de quoi je parle. Les démarches ont déjà commencé. Le président de la République parait-il échange avec des gens, des textos par rapport à ceci, par rapport à cela. Il faut craindre une interférence politique dans la constitution de la nouvelle fédération guinéenne de football. Et si nous arrivons à ça, l'épée de Damoclès est sur nos têtes. C'est bien la sanction de la CAF et de la FIFA. C'est ça le problème parce qu'on fait du trafic d'influence pour aller voir des gens pour dire non ! Puisque, c'est le RPG qui est au pouvoir, il faut là aussi mettre les militants du RPG. Il faut mettre les militants du RPG partout même s'ils n'en ont pas les capacités ?
On va voir parce que, normalement d'ici le 27 février, on devrait mettre en place la fédération guinéenne de football. Les démarches ont déjà commencé, les visites de nuits, des salons, de ceci de cela. On sait même au sein du comité de normalisation, il y a les membres du gouvernement. Je le dis par exemple : Amadou Tam Camara s'est retrouvé vice-président du comité de normalisation suite à des recommandations expresse de Moustapha Naïté et de Damantang Albert Camara. Ne soyez pas surpris demain qu'on retrouve dans la fédération des recommandés et d'autres personnes. Peut-être même du chef de l'État. Ça va être extrêmement grave.
A présent doyen, faites-nous une analyse du discours du président de la République ?
Chacun est dans sa posture. Le président de République fait l'éloge de son bilan, il tombe dans une autosatisfaction. Il ne relève pas les problèmes auxquels, le pays confronté. Il n'a pas fait état de tous les détournements, dénoncés même par la presse internationale : Rio-Tinto, le pot-de-vin de 10 millions et demi de $. Il n'a pas évoqué tous ces aspects. Le compte rendu de l'audit qui a été commandé par le gouvernement lui-même, il n'a pas dit mot là-dessus. La défectuosité aujourd'hui de Kaléta, il n'a pas fait mention de cela. Le tissu social est déchiré. Tout ce qui est négatif, il n'a pas évoqué alors que les problèmes sont là, les conditions de vie des Guinéens ne se sont pas du tout améliorées en 2016, bien au contraire. On vit toujours en termes de clans, d'ethnie, de tribus et de région dans ce pays. L'administration est détenue par une seule communauté dans ce pays, allez dans tous les bureaux vous vous rendrez compte dans le palier de répartition aujourd'hui ou des nominations dans l'administration. Il y a une sorte de hiérarchie qui ne tient pas compte des compétences mais qui tient plutôt compte de l'origine ou de l'appartenance à un parti politique notamment le RPG.
Voilà la situation dans laquelle nous sommes. Le président n'a pas eu le courage de mettre le doigt dans la plaie pour dire voilà ce qui n'a pas marché.
Il a continué comme il est toujours spécialiste des fausses promesses à dire nous allons réussir cela, on va mettre des usines de montages de ceci et cela, alors que les routes sont dégradées. Il n'a pas fait allusion à tout ça. Moi, je pense qu'il est resté dans sa position de promettre sans jamais réaliser.
Il a salué la classe politique guinéenne, ça aussi, c'est dans son intérêt à lui quand le pays est calme de cette manière. Mais en attendant qu'est-ce qui évolue ? Il n'y aura pas d'élection en 2017. Lui-même, il n'a pas donné de date. Ça veut dire que cette situation c'est-à-dire ce calme précaire ne profite pas à l'opposition, ne profite pas aux Guinées. Il profite à Alpha, parce que ça lui permet de gagner du temps, d'avoir une rallonge par rapport à l'enracinement de son pouvoir. Et dans la perspective éventuelle d'un troisième mandat.
Toumba a été arrêté au Sénégal, il n'a pas dit un mot là-dessus par rapport aux victimes qui attendaient qu'il dise un mot par rapport à l'arrestation de ce dernier et la programmation prochaine d'un procès pour soulager les victimes du 28 Septembre, il n'a rien dit là-dessus. Donc, tout ce qui fâche, les questions qui fâchent, il les a toutes évitées intelligemment pour tomber encore dans l'autosatisfaction.
« Air Guinée » va être là bientôt, vous parlez « d'Air Guinée », alors que les routes sont dégradées. Vous faites 4 heures entre Kindia et Conakry.
Voilà donc, le président, il a occulté tous les sujets d'intérêt national pour rester dans son couloir qui est le même qu'on connaît : promettre sans jamais réaliser.
Et le discours du chef de file de l'opposition ?
D'abord vous parlez de Cellou Dalein. Il a dénoncé, c'est lui d'ailleurs qui a dépeint la situation sociopolitique, économique, sociale et culturelle du pays dans son bilan. Même s'il a engagé le président de la république à faire respecter les accords du 12 Octobre dernier. Et qu'il aurait beaucoup à gagner dans le respect de ces accords-là sinon, il a campé la situation.
Le discours de Cellou Dalein devait être celui d'Alpha. Qui doit reconnaître aujourd'hui que l'insécurité est galopante, que rien ne va dans le pays et qu'il fasse la promesse de faire un effort par rapport à 2017. Ce qui n'a pas été le cas.
On souhaite que cette situation qu'elle évolue parce que si demain, il n'y a pas entente parce que Alpha ne veut pas les élections. Donc, il est en train de jouer au pimpon pour reporter les élections communales et communautaires aussi longtemps que possible. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui avec la résurgence du PUP (ancien parti au pouvoir), la Basse Guinée est quasiment perdue. Donc, il se dit que le RPG est dans l'incapacité de gagner les élections communales et communautaires. Il faut jouer sur le temps pour empêcher les élections. Voilà la situation, heureusement qu'il y a eu ce bilan de Cellou Dalein Diallo qui permet de faire, contre poids et contre balancer, le discours de nouvel an d'Alpha Condé qui est à mon avis, restait creux, parce qu'il ne prend pas en compte les conditions des Guinéens par rapport aux réalités.
Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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