Alpha Amadou Diallo Mardi, 27 Décembre 2016 09:48
Dans une interview accordée à notre rédaction, Amadou Diouldé Diallo, connu comme journaliste, aborde avec nous plusieurs sujets qui ont alimenté l'actualité nationale. De l'arrestation de Toumba Diakité à Dakar, à celle de Benny Steinmetz en passant celle de Mahmoud Thiam, il dénonce la gouvernance et les fausses promesses du président Alpha Condé.
Le Démocrate : que vous inspire l'arrestation de Toumba Diakité dans la Capitale sénégalaise ?
Amadou Diouldé Diallo : je me réjouis de son arrestation parce qu'il est l'un des auteurs présumés le plus important des évènements du 28 Septembre. C'est une victoire de la justice, une victoire de la dignité humaine, parce que les victimes attendent ça depuis longtemps, les Guinéens attendent, les organisations des droits de l'homme attendent pour que ce procès se tienne et constitue les responsabilités.
Qu'on sache qui a fait quoi ? Qui a ordonné quoi ? À qui ? Dans ce démêlé des chevaux qu'on puisse situer les responsabilités et que les gens soient punis à la hauteur de leur forfaiture. Parce que ce qui s'est passé au stade de 28 Septembre 2009 est inédit : 150 personnes tuées, des femmes violées en plein jour en Guinée, c'était la première fois.
La férocité des actes, l'attaque à la dignité des personnes et de notre peuple, parce que la femme est l'incarnation de tous les respects et toutes les considérations. L'arrestation de Toumba me réjouit à plus d'un titre mais avec l'espoir que ça ne va pas être un chapeau de paille, et que derrière, il n'y ait pas des calculs politiques. Parce qu'il faut se poser la question de savoir pourquoi maintenant ? Pourquoi pas avant ? Pourquoi exactement maintenant ? Depuis maintenant 7 ans ; c'est maintenant qu'on l'arrête.
Il faut se demander s'il n'y a pas de petit calcul politique parce que le président que nous avons est un joueur de damiers qui pousse ses pions en fonction de ses politiques. C'est pourquoi je dis, il faut se poser la question pourquoi, c'est maintenant ? Est-ce le président qui est dans l'optique de son troisième mandat, cherche plutôt à paraître comme blanche neige aux yeux de la communauté Internationale pour se faire attirer des faveurs et de l'estime par rapport aux organisations de défense des droits de l'homme. C'est une question. Ou alors il faut contenter les victimes dont la plupart appartiennent à une certaine communauté qui est une sorte de soulagement. C'est ça le problème. Est-ce qu'il n'y a pas des calculs politiques derrière.
Éventuellement cette traduction de Toumba. C'est ça mais l'un dans l'autre, son arrestation est une bonne chose. Je ne vois pas comment Toumba peut être détaché des autres qui sont déjà inculpés. Donc, il y a toute une chaîne des personnes inculpées, des témoins de ceci, de cela. Donc, c'est une grosse affaire qui est déclenchée. Peut-être ceux qui l'ont déclenchée, c'est très bien mais s'ils ont des arrières pensées politiques, j'ai bien peur que ce ne soit une grenade qui va exploser. Parce qu'il y a des paramètres qu'on ne pourra pas maîtriser par rapport justement au fait qui se sont déroulés au 28 Septembre.
Est-ce que pour vous, Toumba est un simple accusé ou témoin, parce que beaucoup de leaders disaient qu'ils ont été sauvés par ce dernier ?
Être sauvé par Toumba Diakité mais c'est bien mais où et sauver où et quand ? Qui a donné l'ordre. C'est là le problème, situer la responsabilité. En tout cas, Toumba, selon nos informations, ne s'est révolté que lorsqu'on lui aurait dit : que non ! Dadis interrogé, l'aurait rendu responsable de ce qui s'est passé au stade du 28 Septembre. Ce n'est qu'en ce moment qu'il se serait révolté.
Il a pris position et ce qui s'est passé est passé après face à Dadis mais il est impossible de dédouaner Toumba Diakité dans l'affaire de 28 Septembre. Il était le garde du corps de Dadis. Il difficile qu'il prenne l'initiative de lui-même par rapport à ce qui s'est passé. Qui était avec Dadis dans la nuit du 27 au 28 Septembre ? Quels sont ceux qui ont pris part aux dernières réunions secrètes au Camp Alpha Yaya lorsque Dadis aurait appelé Sidya Touré et Jean Marie Doré. Donc Toumba est l'élément des événements du 28 Septembre. C'est ça que son témoignage va être extrêmement important, permettre de situer les responsabilités et identifier d'autres acteurs de l'opération jusque-là inculpés. Vous savez qu'on parle des fosses communes qu'on aurait retrouvées. Le chiffre de 150 victimes serait supérieur parce qu'il y' a des corps qui n'ont pas été retrouvés. On aurait retrouvé deux fosses communes du côté de Gbessia. Qui a ordonné à la direction du stade au niveau des ministères de la jeunesse et du sport de l'époque ? Qui a ordonné la fermeture du stade pour empêcher les leaders d'y entrer ? Qui justement après le massacre de 28 Septembre a réuni des gens pour venir nettoyer les taches de sang au stade du 28 Septembre. Vous voyez, il y a tout un arsenal des questions. Ce qui est important, il y a la Cour Pénale Internationale – CPI - au-dessus. Donc, il est impossible aujourd'hui de galvauder le procès du 28 Septembre. Il faut que les responsabilités soient situées et que les auteurs soient punis. Maintenant que Dadis lui-même dit qu'il est prêt à venir témoigner devant la justice de son pays, il a déjà été entendu par un pool de juges ça va être intéressant. On va situer les responsabilités. Sékouba Konaté, le ministre de la Défense où était-il ? Comment ça s'est passé ? Était-il au courant ? Voilà tant de questions. Toumba est un élément central. Je dis seulement pourquoi maintenant son arrestation ? Quelle que soit l'idée qui a germé ou la volonté qui a poussé le pouvoir de Conakry à faire enfin arrêter Toumba, c'est une très bonne chose. Maintenant, s'il y a des calculs politiques, ça c'est l'avenir qui le dira.
Pour conclure le cas de Toumba, les responsabilités doivent être situées puisqu'il y a des civils dedans. Il y a des camions d'un entrepreneur qu'on aurait cité qui auraient servi au transport des corps dissimulés et qu'on est allé mettre dans les fosses communes. Tout ça c'est connu ici. Donc, c'est une grosse affaire qui est là et je ne vois pas Toumba inculpé, qui va arriver à Conakry, qui va être sous les verrous, et les autres inculpés qui occupent déjà de hautes fonctions dans l'administration guinéenne. Est-ce qu'ils vont y être pendant que Toumba arrive extradé et sous les verrous. Je suis sûr que beaucoup ont la diarrhée. Parce que depuis l'arrestation de Toumba ou alors ils se disent non ! L'engagement qu'on nous avait pris que ce dossier n'allait jamais être traité parce qu'en ce moment, on avait politiquement besoin de nous. Voilà celui qui avait pris cet engagement ne l'honore plus et il nous livre. Voilà tant des questions qui se posent aujourd'hui et nous allons être édifiés dans les jours à venir par rapport à cet état de fait.
Récemment, Mahmoud Thiam a été arrêté au pays de l'oncle Sam pour des faits de corruption et de blanchiment d'argent. Comment expliquez-vous cela ?
Moi je suis en train de penser. Il y a 3 arrestations en une semaine. Mahmoud Thiam, aux États-Unis, Benny Steinmetz en Israël, Toumba à Dakar. Est-ce il n'y a pas une liaison de cause à effet. Cela ne veut-il pas dire que la causalité est la même pour les 3 ? Et le fait que les 3 arrestations se fassent dans la même semaine, est-ce que ce n'est pas le déclenchement d'une opération de justice mais également de charme par rapport à des objectifs que le gouvernement d'Alpha Condé s'est fixé dans un cours délai par rapport à ses ambitions politiques. C'est une question. Mahmoud Thiam, là également on parle de gouvernement guinéen. Cela n'a pas surpris beaucoup de personnes parce que Mahmoud Thiam était mêlé à plein de trucs. Là aussi, c'est pendant la transition. On a comme l'impression qu'il y a une volonté justement où on cherche quelqu'un ou on cherche quelque chose dans cette transition, on cherche des gens.
Donc Mahmoud Thiam serait la face visible de l'iceberg. En fait, il n'est que le pion si vous voulez le petit qui va permettre d'atteindre le grand ou les grands. C'est une grande interrogation mais là également il faut se réjouir. Quand on touche à la dignité humaine, quand on touche aux biens des populations, on détourne l'argent de sa destination finale qui est le peuple si on répond devant la justice, on ne peut que s'en réjouir. C'est le cas de Mahmoud Thiam. Dans ce dossier, on commence également à citer beaucoup de personnes qui devraient répondre, même si Mahmoud est un citoyen américain donc il répond d'abord devant la justice américaine.
Beaucoup de Guinéens sont déjà cités par la rumeur publique parce que Mahmoud Thiam évoluait dans un système donc il n'est pas seul. C'est ou il est en amont ou en aval mais il n'est pas seul.
Est-ce que ceux-là qui sont cités par Mahmoud qui ne sont pas des Américains, la justice pourra-t-elle les arrêter ?
Non ! Je ne pense pas que la justice américaine puisse les arrêter parce ce ne sont pas des citoyens américains. Mais le FBI peut demander la collaboration des autorités guinéennes ou demander aux autorités guinéennes d'ouvrir une enquête par rapport à la dénonciation de Mahmoud Thiam. Donc, une collaboration peut amener les Américains à solliciter des Guinéens par rapport à des éclaircissements et par rapport aux personnes dénoncées. C'est un système qui est huilé, lui seul n'est pas le système, c'est une partie, un élément du système. Donc, si on a décidé de démanteler le système en touchant à un échelon, Mahmoud Thiam, il va s'en dire que tous les éléments seront dénoncés et répondront devant la justice. Benny Steinmetz a été arrêté en Israël. Il est en résidence surveillée jusqu'au 2 Janvier 2017. Vous savez celui qui avait les blocs de Simandou et on dit qu'il a corrompu la quatrième épouse de Lansana Conté [Mamadie Touré]. C'est pourquoi, je vous dis 3 arrestations en une semaine, une à caractère purement militaire et les 2 autres à caractère minier, il faut se poser la question qui est derrière tout ça.
La desserte en courant électrique commence à se faire sentir. Est-ce que pour vous Kaléta est un échec ?
Alpha Condé lui-même a dit que le Guinéen, plus le mensonge est gros plus on te croit. C'est lui qui l'a dit. Donc, on a fait miroiter Kaléta qui était un élément de campagne présidentielle de 2015. On a fait une sorte de fuite en avant selon en tout cas le magazine Jeune Afrique. Les études techniques n'ont pas été bien menées. Ce qui apparaît aujourd'hui était connu avant la réalisation du barrage.
Est-ce que le temps mis pour la réalisation avant de procéder à son inauguration suffisait de le rendre opérationnel ?
Les Guinéens se sont faits bernés. Alpha Condé est spécialiste de promesses. Il promet gros tout le monde applaudit, on se dit non ça va se faire mais lui il sait pendant la promesse, il n'honorera pas la promesse. Et même s'il veut l'honorer il n'a pas les moyens, les capacités d'honorer la promesse, mais il engage la promesse pour obtenir ce qu'il veut à l'instant.
Mais un mal commun n'est pas un mal. C'est tout le monde qui va payer le prix parce que vous n'allez pas dire qu'ici, c'est une concession malinké, il faut donner le courant, ici c'est une concession peulh ne donnez pas le courant, ici c'est une concession Soussou, il faut donner le courant pour une heure après le courant n'a qu'à partir. Donc, c'est tout le monde qui paie. Voilà la situation, c'est-à-dire les yeux bandés, tous les Guinéens sont là comme des ignorants avec la démission des élites du pays. Alpha Condé mène la Guinée en bateau en utilisant l'arme des fausses promesses. Lui, il savait pertinemment que Kaléta n'allait pas être opérationnel à temps mais les Guinéens ont cru. C'est ça le mal de ce pays.
Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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