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Ibrahima Sano, économiste : « notre croissance économique n'est pas créatrice d'emplois »
Amadou Sadjo Diallo Dimanche, 25 Décembre 2016 19:01
Dans cet entretien qu'il nous a accordé, Ibrahima Sano déplore la non-prise en compte des besoins des agents économiques dans la Loi de finance qui est votée chaque année à l'Assemblée nationale. Pour cet économiste, la balance commerciale guinéenne malgré sa croissance est aujourd'hui déficitaire.
L'indépendant : quelle lecture faites-vous de la situation économique actuelle du pays ?
Ibrahima Sano : la question que vous posez est un peu difficile, embarrassante, vu plusieurs choses qui se sont passées au cours de cette année. En revue, toutes ces actualités-là posent problème. C'est dans ce cadre que la macroéconomie est d'une importance capitale. L'année passée, la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale, les institutions de prévisions macroéconomiques avaient annoncé que la croissance économique se porterait à 4%. Donc une reprise après une stagnation en 2015 due aux effets antérieurs, au choc exogène que l'économie a connu pendant les années ébola. Mais nous devons dire que cette reprise ne s'est pas accompagnée de créations d'emplois. Nous avons donc une croissance économique sans création d'emplois effective. Et en plus aussi par rapport à l'inflation, nous voyons qu'il y a une tendance haussière depuis un certain temps. De 2011, on est passé à plus de 15%, à 9%. Maintenant nous sommes à peu près à 7,5% en glissement annuel. Chose qui est d'une grande importance. Nous croyons que par rapport à ça, il doit avoir des choses pour que l'inflation puisse baisser. En plus aussi, par rapport à la situation extérieure du pays, nous voyons que les devises essentielles par rapport auquel le franc guinéen est coté ont connu des fluctuations plus ou moins élastiques cette année. Le Franc guinéen a un certain temps fluctué au gré des fluctuations de l'offre et de la demande dans le marché international de ces monnaies. Et donc la balance commerciale guinéenne, malgré toute cette croissance n'est pas excédentaire, elle est déficitaire. Elle est comme elle a été depuis beaucoup d'années et on remarque aussi par rapport à l'investissement direct étranger que la Guinée n'a pas eu beaucoup comme on le prétendait après ébola, quoique le président et certains membres de son gouvernement aient effectué des voyages à l'étranger pour attirer les investisseurs.
Les investissements directs étrangers (IDE) ne l'ont pas trop été comme on l'aurait souhaité. Donc ces fruits-là n'ont pas été très importants. Et en plus aussi nous avons remarqué que cette année aussi, il y a eu des informations d'ordre économique qui ont fait beaucoup d'échos dans la cité. Rio Tinto par exemple a décidé de jeter l'éponge et de ne plus continuer par rapport à son projet Simandou. Mais, il parait qu'il y a eu une entente entre Rio Tinto et Chinalco qui doit donc faire le relais.
Paradoxalement, on a vu aussi le président guinéen se déplacer pour aller en Chine afin de pouvoir faciliter ces accords-là . Donc, nous sommes contraints de dire aujourd'hui que nous sommes pour que le projet Simandou ait lieu, mais nous ne sommes pas pour des accords économiques au rabais.
Que pensez-vous du retrait des anciens billets de 5 000 GNF annoncé par la Banque centrale ?
La Banque centrale annonce qu'il faut que les gens arrivent à se préparer à la démonétisation des billets de 5.000 FG de 1985 à 2012. Donc, aujourd'hui, la Banque centrale a essayé de faire une certaine communication, mais nous sommes aussi obligés de dire que ladite communication n'a pas été d'une grande effectivité parce que jusque-là , il y a encore des points qui ne sont pas très clairs dans les esprits.
Parce qu'il y a les rumeurs dans la cité soi-disant qu'on veut retirer ces billets pour introduire des billets de 50.000 GNF. Et la Banque Centrale qui doit anticiper en créant des sortes de conditionnement au niveau des agents économiques devait être très claire par rapport à ces choses-là . Elle doit dire aux populations que nous voulons démonétiser pour la sécurité, pour lutter contre la falsification, pour donner plus de garantie à notre monnaie. Ces arguments sont bons. Mais aussi, de dire que nous ne faisons pas pour introduire d'autres monnaies, mais seulement cet argument de sécurité, c'est l'argument primordial. Ceci allait tordre le coup à toutes ces rumeurs-là (…).
Quelle lecture faites-vous du budget annuel qui vient d'être voté à l'Assemblée nationale ?
Par rapport aux années antérieures, le budget guinéen a vraiment évolué pour tenir compte de certains secteurs essentiels. Aujourd'hui, la santé, l'éducation sont des secteurs les plus essentiels. Les budgets qui sont alloués à ces secteurs prioritaires sont importants. Sauf que paradoxalement, ici en Guinée, par rapport à l'élaboration des budgets, nous remarquons que les moments pendant lesquels le budget est voté et le moment d'exécution il y a plus ou moins un décalage.
Parce que, souvent, nous avons 6 mois de saison sèche et 6 mois de saison pluvieuse. Aujourd'hui, les députés, les économistes guinéens doivent se pencher sur la question de proposer plus ou moins, une autre modalité à la Guinée pour concevoir et exécuter son budget, parce qu'il y a un décalage. C'est ce qui fait que souvent, il y a des budgets qui sont votés, mais qui ne sont pas exécutés. Parce que, quand les grands chantiers par exemple des infrastructures, des travaux, coïncident à la saison hivernale et quand ces saisons hivernales arrivent, on ne peut pas exécuter ces infrastructures. Les budgets sont souvent votés, donc l'exécution n'est pas faite comme ça se doit. Et par rapport à ça, il y a toujours ces reports-là , et ces choses peuvent constituer encore une source de détournement des deniers publics.
Bien que la Cour des comptes ait été mise en place, il n'y a pas encore vraiment des vrais rapports, des vrais travaux par rapport à cette redevabilité sociale, à la traçabilité, à la redevabilité des informations venant des décideurs publics et des institutions publiques. Donc, dans ce cadre-là , il serait bon que nous pensions dorénavant à avoir des principes permettant de mettre en place notre budget de l'Etat.
Ces derniers temps, le président de la République multiplie ses rencontres avec les agents économiques de tous les secteurs. Alors quel regard portez-vous sur ces différentes rencontres ?
Je trouve que ces rencontres ne sont pas mauvaises. Si elles permettent de tenir compte de leur besoin. Cette question peut avoir un rapport à la question 3. Vous savez dans l'élaboration des budgets de l'Etat, il y a les dépenses, il y a aussi les recettes. Par rapport à ces recettes, lorsqu'on va prendre par exemple les taxes, les impôts, les taxes parafiscales et tout ce qu'il faut, nous voyons que les agents économiques contribuent à ça. L'artiste contribue, le fonctionnaire contribue, l'agent économiques qui travaille à Madina, dans l'import et dans l'export, ceux qui sont aussi dans les différents secteurs l'industrie, l'agroalimentaire dans l'agriculture. Et paradoxalement, nous remarquons que lorsqu'on fait voter des budgets en Guinée, ces gens-là ne sont pas associés à ça, on ne tient pas compte de leur besoin. Et pourtant, ce sont eux les agents qui créent la richesse dans le pays. Vous remarquez que la croissance économique dans notre pays est très faible. Cette croissance ne peut pas aujourd'hui juguler non seulement la pauvreté mais aussi les inégalités. Mais, au tour de cette croissance économique, il y a des agents qui occupent un rôle de centralité. Ces agents économiques ont des organes ; le GOHA par exemple, le patronat guinéen. Je sollicite qu'on tienne compte du besoin de ces gens-là , lorsqu'il faut voter les taxes, lorsqu'il faut voter les impôts. Vous vous souviendrez que dans une interview, nous avions dit que l'augmentation de 2% de la taxe, cette généralisation avait été mauvaise et vous avez vu que le décideur est revenu pour dire qu'à partir de 2017 qu'il allait faire une baisse donc de 2% par rapport aux denrées de première nécessité comme on l'avait sollicité. Donc, si ces agents économiques étaient tenus en considération, leur besoin pris en considération, je crois que ça allait être bon et c'est ce que nous souhaitons. A suivre !
Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
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Commentaires
il est vrai que tous ceux qui savent copier coller les rapports du FMI et les comprendre un tant soit peu, s’improvisent économistes.
Qu’apprend t-on ?
Des lieux communs, rien que nous ne sachions déjà …
La macroéconomie est d’une importance capitale… pour qui ? Et les entreprises ?
Quelqu’un a dit que ça ira mieux demain… mais pas assez pour que les Guinéens obtiennent un emploi, donc des revenus. Alors ça ira mieux pour qui ?
Nous avons 7,5% d’inflation, c’est génial dit Sano car il y a 5 ans elle était double. Pourtant un écolier du primaire comprendra qu’avec 250 000 GNF en Janvier pour acheter un sac de riz, il lui en faudra 268 500 en Décembre sans augmentation de salaire, pour en faire de même, ce qui fait que les Guinéens pourront acheter moins. On devrait pourtant s’en réjouir ???
La balance commerciale guinéenne n’est pas excédentaire. L’a t-elle été un jour ?
Nous exportons des cailloux, quelques fruits et légumes, mais nous importons tout le reste.
La Guinée n’a pas eu beaucoup d’IDE. Mais ce n’est pas la loterie, il faut attirer pour inciter les investissements, et en dehors des grandes multinationales ou des États, qui va investir dans un pays instable juridiquement, où le premier dirigeant viole les textes régulièrement ?
Simandou ne doit pas être la priorité.
Le budget aurait évolué pour tenir compte de la santé et de l’éducation.
En France le budget de l’État pour 2017 est de 387 milliards d’€ alors que celui de la sécurité sociale avoisine les 500 milliards. Ce budget représente près de 132% du budget de l’État comparés aux 5% guinéens !!! Le budget de l’éducation est le premier poste du budget français ce qui est loin d’être le cas en Guinée. A chacun ses priorités, l’éducation pour les uns, la défense de son régime pour AC.
Par ailleurs, il faut bien comprendre que les fameux décalages budgétaires sont voulus et entretenus pour permettre les différentes manipulations.
La Cour des Comptes est dirigée par un escroc qui est par ailleurs en conflit d’intérêts (merci l’opposition d’accepter cet état de fait) avec les comptes de l’État.








