Selection de vidéos
Partenaires
Nous voudrions qu'après Toumba Diakité, tous les autres suivent
Richard Tamone Jeudi, 22 Décembre 2016 22:47
Après l'arrestation de Aboubacar Sidiki Diakité dit « Toumba », notre rédaction a tendu son micro au Secrétaire général exécutif de l'Organisation Guinéenne des Droits de l'Homme (OGDH). Souleymane Bah assure qu'à partir de cette arrestation, tous les présumés bourreaux du massacre du stade 28 Septembre en 2009 doivent être déchargés de leurs fonctions administratives puis arrêtés. « Nous voudrions qu'à partir de cette arrestation de Toumba que tous ceux qui sont inculpés soient arrêtés », dit-t-il.
L'indépendant : c'est confirmé, l'ex aide de camp du chef de la junte Moussa Dadis Camara, en l'occurrence Toumba Diakité, a été arrêté au Sénégal. En tant qu'activiste des droits de l'homme, quelles sont vos perceptions ?
Souleymane Bah : nous apprécions positivement cette arrestation. Mais c'est un processus qui doit continuer. Il ne s'agit pas tout simplement d'arrêter Toumba et de s'arrêter-là . Il faudrait qu'il soit entendu par la justice guinéenne et qu'il nous décrive exactement les faits qu'il a vécus par rapport au massacre du stade du 28 Septembre en 2009.
Bon nombre d'ONG souhaite que l'instruction de ce dossier du 28 Septembre 2009 soit close. Quel est votre avis là -dessus ?
A mon avis, ce dossier ne sera pas tout à fait clos puisqu'au fur et à mesure qu'on auditionne les gens, des révélations se font. Pour nous, ce n'est pas tout à fait clos. L'instruction pour les victimes, c'est fini pour le moment.
Récemment, le Garde des sceaux, Cheick Sako a fait savoir qu'un élément clé de ce dossier devrait être entendu. Peut-on estimé qu'il parlait de Toumba ?
Certainement qu'il parlait de Toumba, mais la réponse à cette question, c'est le ministre qui l'a. Mais par rapport à ce dossier, nous savons qu'il y a des éléments clés.
Pour vous, qui sont les éléments clés ?
Un Toumba est un élément clé. Un Dadis est un élément clé, parce qu'il était président de la junte. Un Sékouba Konaté est un responsable clé. Il y en a d'autres qui sont cachés mais qui ont joué un rôle extrêmement important. Certainement, avec l'arrestation de Toumba, tous ces noms vont être évoqués.
Maintenant que l'un des acteurs clés a été arrêté, en tant qu'activiste des droits de l'homme, que peut-on attendre de la société civile pour la tenue du procès du 28 Septembre en 2009 ?
A l'occasion du 68ème anniversaire des Droits de l'homme, le 10 Décembre dernier, M. le ministre de la justice, nous a dit qu'en 2017, il y aura le procès. Donc, nous nous attendons à ça. Mais, je rappelle que ce n'est pas la première fois qu'il tient ce genre de promesse. Il avait promis que le procès allait se faire en 2016. Nous espérons que cette fois sera la bonne.
Pour certains défenseurs de droits de l'homme, la Guinée ne pourra pas tenir ce genre de procès. Qu'en dites-vous ?
Nous, jusqu'à preuve du contraire, nous pensons que la justice guinéenne pourra tenir ce procès. Tenir ce procès en Guinée a beaucoup d'avantages.
Quoi par exemple ?
Premièrement, il y a la possibilité d'écouter toutes les victimes à la barre et tous les présumés bourreaux pourront être écoutés à la barre. On ne peut pas transporter tout le monde à la Haye ou dans une autre Cour internationale. Pour le faire, il faut au moins transporter plus de 600 victimes et les présumés auteurs. On ne peut pas transporter tout le monde à la Haye. Peut-être, on prend un échantillon pour aller écouter et dans cet échantillon, on ne pourra pas avoir l'avis de tout le monde. Deuxièmement, tenir cela ici, c'est un honneur pour la justice guinéenne. Si les juges restent impartiaux, ça sera un acquis pour la justice guinéenne. Ça va prouver leur compétence.
D'aucuns estiment aussi que l'État guinéen ne pourra pas supporter la charge de ce procès ?
A mon avis, le manque de moyens, ça a toujours été évoqué mais les moyens seront trouvés. Si les efforts du gouvernement se lient aux efforts des ONG que nous sommes et à ceux de la communauté internationale, nous pensons que nous pourrons trouver les moyens. Ce n'est pas les moyens qui vont manquer. C'est la volonté politique qui a manqué jusque-là . Nous sommes en train de travailler dessus : OGDH, AVIPA et la FIDH avec le soutien financier de l'Union européenne. On ne pouvait pas imaginer au début que nous serions à ce stade. Parce qu'il y a eu beaucoup de bruits qui ont couru, selon lesquelles le gouvernement français avait la main sur Toumba et qu'on ne pouvait pas l'avoir. Aujourd'hui, ça été démenti avec son arrestation au Sénégal. Il fut un moment, même nous, on avait tendance à ne plus croire aux autorités guinéennes. Mais elles sont en train de nous prouver de plus en plus qu'elles ont la volonté. Parce que l'impunité, comme nous le disons est le terreau des violations des droits de l'homme. Bannir l'impunité, c'est à l'avantage et des décideurs et des citoyens. C'est extrêmement important. L'autre avantage, c'est que ceux qui ont l'habitude ou qui ont l'intention de violer encore des droits de l'homme vont réfléchir 1000 fois avant d'agir. Parce qu'ils savent qu'on ne va plus les tolérer.
Pour finir, qu'avez-vous à nous confier, en particulier, au sujet du massacre du 28 Septembre 2009 ?
Comme je vous l'ai dit tantôt, depuis le 28 Septembre 2009 à nos jours, beaucoup de victimes sont décidées. Il y en a qui ne croyaient plus. Donc avec cette arrestation, l'espoir renaît pour les victimes et pour nous activistes de Droits de l'homme. Mais ce que nous voudrions qu'à partir de cette arrestation de Toumba, que tous ceux qui sont inculpés actuellement soient déchargés de leurs fonctions actuelles et qu'ils soient arrêtés au même titre que ce dernier. Pour qu'ils sachent que les choses sérieuses commencent.
Cet appel-ci, que vous lancez, n'est-ce pas un message à l'endroit du gouvernement, spécifiquement destiné au garde des sceaux ?
Le ministre de la justice l'a dit. Nous aussi, nous demandons au gouvernement à ce que ces gens qui ont été inculpés soient déchargés de leurs fonctions et qu'ils soient arrêtés.
Tout comme Toumba ?
Oui tout comme Toumba.
Qu'en est-il du capitaine Dadis ?
Qu'il soit au pays parce que c'est une pièce maîtresse dans cette affaire. C'est lui qui est au centre de tout.
Sans oublier le général Sékouté Konaté ?
Oui ! il était aussi un des responsables du CNDD.
Vous voulez dire que tous les acteurs de la crise soient en Guinée pour la tenue du procès ?
Normalement, tous les membres du CNDD doivent être auditionnés et certains de leurs complices. Il y en a qui sont-là , il y en a même qui sont au gouvernement actuel. Donc il faudrait que tous ceux-ci soient arrêtés et auditionnés.
Y compris certains membres de la classe politique ?
Tout à fait, tous ceux qui se sont mêlés de près ou de loin dans l'affaire du 28 Septembre 2009. Nous souhaitons que ce procès puisse servir de leçon et qu'après le procès, le Guinéen soit serein. Qu'ils se disent que rien ne sera plus comme avant.
Interview réalisée par Richard Tamone
L’Indépendant, partenaire de GuineeActu
![]()
Commentaires








