Événements de Mali : un activiste des droits de l'homme émet des réserves

Facebook Imprimer    

 

Dans cet entretien que l'activiste de droits de l'homme, Mamadou Kalil Diallo a bien voulu nous accorder, notre interlocuteur assure que grâce aux activités tenues sur le terrain à Mali, les citoyens reprennent peu à peu leur train-train quotidien. Il a par ailleurs émis des réserves quant à la tenue d'un procès en bonne et due forme…


Le Démocrate : comment les populations de la préfecture de Mali ont vécu la terreur infligée par les forces de l'ordre ?

Mamadou Kalil Diallo : écoutez, le fameux colonel Issa Camara et sa troupe avaient infligé une terreur sans précédent aux populations de Mali : les 17 et 18 Juillet 2016 derniers. Disons des violations systématiques des droits de l'homme qui avait abouti à des blessés graves dont certains furent même évacués vers Conakry et beaucoup de destruction de biens. Cela a créé un très grand fossé entre les populations de Mali et des fameux militaires. Mais à ce niveau, il faut rappeler que les ressortissants s'investissent davantage pour amener les rapports au beau fixe. Et le projet la « Bâillonnette intelligente » s'est beaucoup investi en amenant à Labé, bien entendu avec l'implication du ministère de la défense en organisant une formation de droits de l'homme à l'endroit des militaires de la deuxième zone militaire, des leaders d'opinion. La préfecture de Mali d'ailleurs avait le plus grand nombre de représentants. À cette occasion la crise civilo-militaire avait été largement abordée. Vous savez non seulement il faut rendre justice afin que les victimes soient rétablis dans leurs droits. Mais aussi et surtout il faudrait que le gouvernement guinéen même dépose des actes par rapport à cette violation des droits de l'homme à Mali, commis par le fameux colonel Issa Camara et sa troupe. Le gouvernement doit vraiment se désolidariser. Vous n'êtes pas sans savoir que la communauté internationale a investi beaucoup de fonds allant dans le sens de la réforme du secteur des forces de défense et de sécurité.


Après quelques mois comment la population de Mali digère-elle les violences commises par les militaires ?

Écoutez, honnêtement la « Bâillonnette intelligente » s'est beaucoup investie. Vous savez, elle a une vocation de culture de promotion et de consolidation de la paix. Nous nous investissons beaucoup dans le cadre de rétablissement des rapports à travers nos structures présentes à Mali, dont l'alliance préfectorale de paix, qui est une des structures de la « Bâillonnette intelligente ». Récemment une conférence de presse par rapport à l'inculpation du fameux colonel Issa et sa troupe s'est déroulée. Comme pour dire que les populations gardent un tant soit peu de l'espoir, qu'elles verront un jour le procès.


Justement quelle est votre appréciation par rapport à cette inculpation ?

Nous observons, parce que si on se fie aux inculpations de par le passé, nous sommes fondés du droit de réserve, pour dire que nous attendons de voir. Parce que souvenez-vous, il y a eu beaucoup d'officiers qui ont été inculpés dans l'affaire des évènements du 28 Septembre 2009. Ils n'ont même pas subi de sanctions administratives, à plus forte raison un procès. Il y a eu des officiers qui ont été inculpés dans le cadre de la torture des populations lors des élections présidentielles de 2010, jusqu'à présent les inculpés n'ont pas été inquiétés. Ils continuent à exercer leur fonction. Donc si on se fonde sur tout ça, nous disons que nous restons vigilants. Nous suivons la suite, ce que nous réclamons surtout c'est la tenue du procès.


À vous entendre, vous avez des réserves par rapport à la tenue du procès ?

Je préfère le mot vigilant, je précise qu'à un moment donné on a senti que le dossier était bloqué. Parce que le code militaire indique que quand il y a un officier sur qui pèse de telles infractions, il faut le quitus du ministère de la Défense. Ça a été fait, parce que nous avions dénoncé. Pour l'instant nous suivons de près. En cas de blocage, nous n'hésiterons point d'alerter aussi.


Pour finir, avez-vous une suggestion par rapport à la tenue du procès ?

Je dirai que nous sommes tous unanimes que l'impunité est le terreau qui favorise l'émergence du crime. C'est-à-dire que s'il n'y a pas de sanction administrative et judiciaire à l'encontre des présumés auteurs de violations des droits de l'homme, il y aura toujours violations des droits de l'homme. Or ce n'est pas disons du bénéfice du pouvoir, sans compter que les victimes ont droit à la connaissance de la vérité. Ils ont droit à la justice et à la réparation. Donc je pense que c'est important d'instaurer un régime de sanction et de montrer une volonté politique réelle de lutter contre d'impunité. Aujourd'hui vous avez vu, il y a même une culture de vindicte populaire un peu partout sur toute l'étendue du territoire national. Le cas le plus récent, c'est le cas de Siguiri, où deux présumés voleurs ont été calcinés. Or même quand on est présumé voleur, quand on est prévenu, on bénéficie du principe de présomption d'innocence, jusqu'à ce que la culpabilité soit légalement établie. Donc je pense qu'il est important que le gouvernement prenne ses responsabilités en montrant une volonté politique réelle de mettre en place une justice efficace indépendante et impartiale.


Propos recueillis par Richard Tamone

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


AAA_logo_guineeactu_article

Facebook Imprimer    

 


 

Commentaires  

 
0 #1 Gandhi 25-12-2016 18:31

on attend effectivement le procès de militaires... par des militaires.
N'importe quoi.
Citer