Gouvernance Alpha Condé : anatomie d'une catastrophe nationale !

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SYLLA_Aboubacar_6_01Le Président Alpha Condé a été reconduit, le 11 Octobre 2015, à la tête de l'État, pour un second et dernier mandat présidentiel. Au terme de sa première année, ce quinquennat de la dernière chance de l'opposant historique s'inscrit, malheureusement, sans appel dans la continuité : la mauvaise gouvernance !


La rupture annoncée durant le front de l'actuel locataire de Sekhoutoureya contre les régimes précédents et logiquement attendue, à la faveur de son avènement au pouvoir, n'est pas au rendez-vous de sa gouvernance. Décidément, en matière de leadership, les guinéens devront prendre encore, en patience, leur mal. Puisque leurs dirigeants successifs, à une exception près, occupent la tête du peloton mondial des plus mauvais.


Pour se rendre compte, aujourd'hui, de l'ampleur de la catastrophe nationale que représente la gestion publique, point n'est besoin d'être universitaire. Il suffit juste d'être sensé et d'ouvrir un peu les yeux, de promener le regard, autour de soi, pour observer l'état de prolifération de la misère généralisée et de l'extrême pauvreté. En tout cas, incontestablement, les six dernières années figurent dans le registre, des plus sombres, de l'histoire du pays. Et de toute évidence, même si nous ne savons pas où nous allons, une chose au moins est sûre, si nous vivons les cinq prochaines années comme nous avons vécu les cinq précédentes, nous préparerons le chaos. L'enfer que supporte honteusement, nos compatriotes dans nos villes et nos campagnes est inacceptable, mais bien plus encore est le manque de perspectives et de réponses adaptées aux inextricables défis qui malmènent la Guinée d'aujourd'hui. La turpitude devenue la routine dans l'administration de la chose publique, l'amnésie collective face aux délinquances des gouvernants, le pilotage à vue et la médiocrité érigés en méthode de gestion sont les témoins d'une crise au fort ancrage dont le règlement n'est pas pour demain. Quels sont les indices réels de la crise actuelle ? Comment en sommes-nous arrivés là? Et comment sortir de cette impasse qui n'a que trop duré? Voilà esquissée, il me semble, les légitimes inquiétudes de tout bon guinéen, soucieux de l'avenir du pays et du devenir de ses populations.


Les indicateurs, sur le plan politique, de la gouvernance en cours sont au rouge. Le contrat social qui fonde notre société est quotidiennement remis en cause et rudement agressé dans le fonctionnement de la puissance publique, par ceux-là mêmes qui ont l'obligation de le respecter et de le faire respecter. La démocratie de façade entretenue par le régime pour miroiter à l'opinion internationale, les apparences du fonctionnement normal du gouvernement du peuple, cache mal, les élans autocratiques du pouvoir.


L'Assemblée Nationale constituée à la faveur des législatives retardées et contestées de 2013, n'est pas moins qu'une chambre d'enregistrement, pour faire valoir les désidératas du palais présidentiel. Les rapports entre l'exécutif et le législatif laissent entrevoir, l'immixtion majeure, sinon totale du premier dans le fonctionnement du second. Son président en manque de notoriété, même dans son propre camp doit sa fonction au Chef de l'État et n'assure pas les exigences de la représentation nationale. Incapable de contrôler l'action gouvernementale et d'efficacité dans le travail législatif, l'actuel parlement n'aura pas de bilan a présenté au terme de sa législature. Les rapports permanemment conflictuels sur des questions électorales et autres, tranchées par la constitution et d'autres lois, laissent aisément découvrir, les postures liberticides et réactionnaires du régime. Plus de 70 jeunes, généralement opposants, ont payé de leur vie, le lourd tribut de la répression impunie d'éléments des forces de l'ordre, dans le cadre de la jouissance de droits humains consacrés par la constitution. A ce jour, aucune enquête, encore moins un procès ne s'est ouvert pour éclairer les circonstances de ces malheureux drames. Le fait que les institutions soient vidées de leurs prérogatives constitutionnelles ou légales en dit long sur l'état de recul du gouvernement des institutions. Le renforcement du processus démocratique espéré sous l'ancien étudiant de Sorbonne manque à l'appel de l'actif de son bilan. L'échéance républicaine des consultations populaires n'a point été respectée. Les élections organisées, par le pouvoir, au gré de ses humeurs et le couteau sous la gorge, puis contestées ont mis à nue un système de fraude massive de corruption des suffrages. L'état du fichier électoral concilié à la structure et à la composition de la CENI, l'institution électorale ne peuvent garantir, à l'état, un changement de majorité parlementaire, encore moins favoriser une alternance démocratique. La république, l'État de droit et la démocratie sont les parents pauvres d'une gouvernance, des plus prometteuses naguère, au regard du cursus universitaire et politique de son champion, et qui n'est plus que l'ombre d'elle-même.


Aussi calamiteux que soit ce tableau noir, mais non-exhaustif, il n'est pourtant, malheureusement que, la partie émergée de l'iceberg. Les velléités de troisième mandature d'Alpha Condé qui ne sont plus qu'un secret de polichinelles constitueront à terme, si l'on y prend garde, un rétropédalage démocratique de plusieurs décennies.

Économiquement parlant, les indices d'une crise macro-économique de grande envergure sont visibles. Le taux de croissance économique, malgré le fort potentiel d'investissement du pays n'a jamais atteint 5%(la moyenne sous-région ale). Il a toujours et encore été inférieur à 4 % pendant que des pays sortis de plus d'une décennie de guerre civile, comme la Sierra Leone, enregistraient des taux à deux chiffres. D'ailleurs au plus fort de la crise sanitaire Ebola, ce taux était négatif. Le chômage lui, a vu, sa courbe, repartir constamment à la hausse. Et mieux, en plus du manque de création de nouveaux emplois, le pays a regardé se détruire d'anciens. Nombreux travailleurs ont regardé, impuissants, leurs entreprises, vaillantes, il y a peu, fermer portes et fenêtres, à cause du climat délétère des affaires. La fermeture de l'usine de bauxite de Fria, qui a scandalisé l'opinion publique, n'est que l'arbre qui cache la forêt. La consommation n'a pas non plus été encouragée, au contraire, elle a été asphyxiée par les contributions. L'augmentation du taux d'imposition ainsi que l'élargissement de l'assiette fiscale a crispé l'élan de progrès de la consommation. Quid de la micro-économie? Là, les données renvoient l'image d'un pays sorti de plusieurs années de guerre civile. L'indice de développement humain est l'un des plus faibles au monde. Le pays est 179 sur 187. En terme simple, le guinéen, dans sa condition d'existence, celle de tous les jours, stagne.


L'extrême pauvreté qui a gagné du terrain s'associe à la misère généralisée pour terroriser le quotidien de millions de nos compatriotes. Le revenu des ménages qui a amorcé une chute libre depuis six ans ne permet plus de faire face aux besoins fondamentaux d'une famille moyenne. Il n'est pas possible d'imaginer, encore moins, de décrire la situation dans les foyers.

Terrible est en plus, le passif social du pouvoir Condé. L'accalmie sociale visible trompe mal, les séquelles d'un tissu social, fortement, fragmenté. Des stéréotypes des plus insensés partagent la foi des communautés dans leur rapport. Le projet de réconciliation annoncé en début de la gestion est devenu un véritable serpent de mer.


En réalité, le pouvoir, en manque d'arguments, commandite, commet et entretient le phénomène ethnocentriste pour survivre. L'insécurité elle, a occupé le devant de la scène. Les hors-la-loi se font maitres de la cité et y font régner la terreur au grand dam des citoyens. La fourniture des services sociaux de base a reculé : l'eau, les soins de santé, l'éducation...ont été des denrées qui ont enregistré des pénuries et des ruptures de stock par temps et par endroit. L'état de nos routes, mêmes celles récemment bâties, est plus qu'inquiétant.

Elles manquent, dans leur écrasante majorité, des nécessaires entretiens dont de telles infrastructures ont permanemment besoin pour braver le temps. La desserte en électricité qui s'était fortement améliorée en fin 2015, en prélude à la campagne de la présidentielle, avec le lancement du barrage kaleta, commence à n'être qu'un vieux souvenir. Les délestages ont repris, belle, dans les foyers à Conakry.

Le logement continue à être un casse-tête pour les citoyens surtout de la capitale. La spéculation pratiquée consacre la flambée des coûts de logement et l'avance qui y est versée sous le nez de l'État incapable, de proposer une réglementation de ce secteur vital, par l'invention d'une loi. Les coûts des soins de santé dans les hôpitaux publics sont hors de portée des bourses des populations. La gratuité de la césarienne et d'autres liés soins liés au don de la vie, proclamée en grande pompe, s'est limitée à un effet d'annonce.


Tous ces problèmes n'ont pourtant qu'un dénominateur commun, le Président Alpha Condé. Il est l'alpha et l'oméga de notre descente collective aux ‘'enfers''. Et mieux, c'est le lieu de le rappeler, le sort de notre pays n'est pas une fatalité, comme les plus sceptiques d'entre-nous commencent à le croire, c'est un terrible postulat. Le drame de la Guinée est une question de leadership. Quelqu'un pensait à juste titre qu' « une nation vaut, ce que valent les hommes qui la gouvernent ». Ainsi en va-t-il de la Guinée ! Il n'est à l'ombre d'aucun doute qu'Alpha Condé a échoué dans ce qui se présentait comme sa seule mission, la simple mission : la rupture.


Broyé par un système qu'il pensait avoir fait et pouvait défaire et contrôler, sans vision claire du développement et en manque de compétences qui siéent aux exigences de sa fonction, surtout dans l'état actuel du pays, empêtré lui-même dans les scandales de détournements de deniers publics et de corruption, le Champion du RPG qui a promis monts et merveilles à ses compatriotes ne peut par lui-même amorcer le changement. Ridicule non, le boulanger semble être roulé dans le moulin auquel il a apporté lui-même de l'eau. Les plus crédules et les plus fidèles de ses partisans commencent à partager cette opinion. L'Octogénaire, l'opposant historique ne répondra pas à la convocation de l'histoire avec son peuple. Quel échec ? A mon avis, les guinéens apprendront à leurs dépens, qu'il n'est pas payant de parier sur un cheval vieux et inexpérimenté dans la course contre la montre que représente, la gouvernance d'un pays à reconstruire ou du moins à construire.


Il demeure pourtant encore, un espoir, et un seul, pour limiter la casse, sauver la baraque et réinventer notre destin national. Cet espoir, il est à saisir maintenant et pour les quatre prochaines années. Le joker, la dernière carte à jouer pour Alpha Condé afin de sortir par la grande porte et entrer dans l'histoire : changement de gouvernement et projet politique. Il faut aujourd'hui, un gouvernement d'union nationale, mais pas pour la soupe populaire, un vrai, qui pourra fédérer toutes les compétences du pays. Ce gouvernement aura un agenda précis et un bon Chef du gouvernement à l'origine de l'action gouvernementale. Ce Premier-ministre devra être un homme compétent, dynamique et expérimenté pour avoir occupé de hautes fonctions dans l'administration, mais qui n'est pas mêlé, de près ou de loin, à des malversations économiques. Faut-il le rappeler, le palais de la colombe a eu ses deux plus piètres occupants pendant ses six dernières années. Les deux derniers chefs du gouvernement ont brillé par leur incompétence, leur manque de charisme et leur manque d'initiative. Dans la 3ème République, le Premier Ministre constitutionnel est un homme dynamique à l'initiative de l'action gouvernementale et au-devant de la scène socio-politique.


Pourtant sous Alpha Condé, le couple exécutif a brillé par l'hyper-présidentialisme et Mohamed Saïd Fofana et Mamady Youla se sont limités à inaugurer les chrysanthèmes; cédant complètement l'espace politique au Chef de l'Etat.

C'est seulement à ce prix que le Président Condé pourra recoller les morceaux de ce qui reste de l'abime, la Guinée. Alpha Condé fera-t-il ce dernier geste altruiste? Les guinéens, en tout cas devront uniquement leur salut à ce sursaut patriotique digne des grands hommes d'Etat. Le temps presse, l'heure bouscule et chaque jour qui passe fait augmenter la pression et ajoute son lot de complication dans l'accomplissement de la tâche. Partager entre contenter une majorité capricieuse, médiocre et insatiable à contenter et persister sur une vision erronée et surannée du pouvoir, qu'un pays au bord de l'écroulement, à redresser, le locataire de Sekhoutoureya devra se faire guider par la raison d'Etat. Quelle exigence satisfera-t-il ?

Bien malin pourra le répondre ! Les prochains jours nous édifierons davantage sur le choix de l'homme qui, sauf surprise générale, décevra plus d'un, comme il nous l'a habitué depuis six ans.


Bangaly KEITA

Directeur de la Cellule de Communication de l'UFC

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
0 #2 Gandhi 25-12-2016 18:29

Tout ça c'est vrai, mais il fait quoi Aboubacar Stylla ?
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+2 #1 Celloumbah 20-12-2016 20:42

Une belle analyse,
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