O. Tiéro Mercredi, 07 Décembre 2016 19:01
La mort a de nouveau frappé à la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Après les décès successifs de Ben Sékou Sylla (Septembre 2010), Yaya Kane (Mai 2015) et Ibrahima Diallo (Juillet 2015), c'est maintenant Maxime Kaliva Koïvogui qui tombe foudroyé par une courte maladie à la clinique Pasteur de Conakry ce lundi 28 Novembre 2016.
Comme dans les cas précédents, la CENI a aussitôt approché la famille éplorée pour arrêter un programme en vue d'organiser des obsèques dignes du rang du défunt. Ainsi le vendredi 2 Décembre 2016, collègues de service, parents, amis et alliés se sont mobilisés pour la levée du corps à la morgue de l'hôpital Ignace Deen, pour les hommages rendus au Palais du peuple et pour l'inhumation à la maison mortuaire.
Le clou de la cérémonie funèbre a certainement été les hommages rendus. A cette occasion se sont succédé à la tribune de la salle des Congres des commissaires et assistants de la CENI, des représentants du gouvernement, des partis politiques, de la société civile, des institutions nationales et internationales. La famille de Maxime a clos la marche par son propre témoignage appuyé par des remerciements à l'endroit de tous ceux et de toutes celles qui ont compati à sa douleur. Il faut souligner que les nombreux témoignages sur la vie du défunt ont été si émouvants les uns que les autres, que plus d'une personne n'ont pu retenir leurs larmes.
La vie professionnelle ou familiale de Maxime a été passée en revue. Depuis sa naissance en 1957 à Kolouma (préfecture de Macenta) à son décès en 2016 à Conakry en passant par les études primaires, secondaires et universitaires, les multiples postes occupés dans l'administration publique ou privée. Tout le monde convient que ce désormais ex-commissaire à la CENI était doué d'une grande force intellectuelle et d'une vitalité débordante. Il a rendu de loyaux services à la patrie guinéenne qui lui reste reconnaissante.
C'est jusque là la face rose de sa vie qui est évoquée. Mais un homme, quel qu'il soit, ne peut être un saint ; il possède toujours une face noire qu'il est logiquement bon de connaître pour en tirer parti, car les qualités et les défauts d'un homme peuvent également servir de leçons pour les autres. Parmi les personnes qui ont longtemps pratiqué Maxime Kaliva, certaines nous donnent un aperçu du côté pile de son caractère. Par exemple Maxime aurait, par son dynamisme, trouvé beaucoup d'argent à travers son ONG, l'Entraide universitaire pour le développement (EUPD), de l'argent qu'il aurait utilisé comme bon lui semblait. Une année, il n'aurait pas payé plus de 6 mois ses camarades volontaires pendent qu'il offrait à son église le dimanche un chèque de 2 millions de GNF à l'heure de la quête.
C'est à l'EUPD qu'il s'est amouraché de sa secrétaire qu'il épousera comme seconde femme en dépit de l'interdit religieux que lui imposait sa foi chrétienne. Les parents peulhs de la seconde épouse lui auraient exigé d'apostasier en faveur de l'islam, suite à cela Maxime aurait écrit à son ami l'Archevêque de Conakry de l'excuser de ne pouvoir plus fréquenter l'église mais de bien vouloir compter toujours sur lui pour toute assistance matérielle ou financière. Aura-t-il réellement changé de religion, rien ne le confirme, en tout cas il a conservé son nom chrétien. Quant au mal qui lui a coûté la vie, on entend parler tantôt d'hypertension artérielle, tantôt de diabète chronique. Ses amis n'arrêtent pas de lui reprocher d'avoir négligé sa santé alors qu'il avait l'opportunité, comme tous ses collègues commissaires, de s'accorder des soins à l'extérieur aux frais de son institution. Ajoutons par ailleurs que des rumeurs ont couru à la veille de l'inhumation comme quoi la police judiciaire aurait lancé une enquête pour connaître la cause réelle du décès. Le personnel médical aurait injecté au patient, sans examen préalable, un sérum glucosé qui lui aurait été fatal.
Son intelligence et son bagout pour la défense de ses opinions ont toujours servi à merveille Maxime. Il a activement battu campagne sur tous les médias de la capitale lors de la présidentielle de 2010 en faveur du candidat Alpha Condé, mais n'ayant rien obtenu en retour lorsque ce dernier a accédé au pouvoir, Maxime c'est approché en 2012 d'un parti de l'opposition pour y déverser au cours d'une réunion tout son venin contre le régime en place. Mais, coup de tonnerre, 2 semaines plus tard le voilà sur la liste des 10 représentants de la mouvance présidentielle qui feront leur entrée comme commissaires à la CENI. La preuve que l'homme était un as en retournement de veste, pratique qui fait légion dans notre administration.
On peut donc affirmer que Maxime a été cet homme ambivalent en lequel se disputaient, comme diraient les chrétiens, l'ange et le démon, mais force est de reconnaître que c'est l'ange qui l'a emporté. Adieu Maxime !
O. Tiéro
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
![]()