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Ce qui peut s'appliquer dans les autres pays francophones d'Afrique est difficilement applicable dans le contexte guinéen
Amadou Sadjo Diallo Samedi, 03 Décembre 2016 08:45
Dans cet entretien, Dr Sékou Koureissy Condé, président de la Convention des Acteurs Non Étatique de Guinée (CANEG) revient sur les accords du 12 Octobre dernier, qui ont donné lieu à des bisbilles au sein de l'opposition républicaine, ainsi que sur les propos controversés tenus par le directeur général de la police, Bangaly Kourouma…
L'Indépendant : le 12 Octobre dernier les acteurs politiques ont signé un accord. Que pensez-vous de cet accord ?
Sékou Koureissy Condé : j'approuve cet accord. Je félicite les acteurs pour le dénouement heureux des pourparlers entre les acteurs politiques. Les accords ont été précédés par le dialogue. C'est pour le dialogue que nous nous sommes battus. Tous les guinéens épris de paix, de justice ont exprimé le désir de voir enfin les acteurs politiques de notre pays, s'asseoir autour de la table comme on dit pour examiner ensemble paisiblement et de façon responsable toutes les questions litigieuses, fâcheuses et d'autres questions liées au souci de nos populations. Mais ce dialogue du mois d'Octobre a démontré que la classe politique à un rôle important à jouer dans la préservation de la paix et dans la lutte contre la violence. De ce point de vue le dialogue encore une fois a été salutaire, nous nous en félicitons. Maintenant à partir du dialogue ils ont examiné les différentes questions liées aux accords du mois d'Août 2015 et renforcer. Dans les accords il y a beaucoup de bonnes choses, beaucoup d'initiatives, et il n'y a pas à mon avis de violation manifeste de la loi ni de la constitution dans les accords. Les accords ne modifient pas la loi. Les acteurs autour de la table des accords ont exprimé des souhaits à l'endroit de l'Assemblée nationale, des députés. Et puisque tous les partis majoritaires ayant des groupes parlementaires à l'Assemblée où la plupart étaient ou sont signataires de cet accord, la société civile estime qu'il est de son devoir d'attirer l'attention du législateur sur d'éventuelles modifications du code électoral ou de la constitution sans examen citoyen préalable. J'appelle examen citoyen, c'est l'examen d'une question sans faire apparaître son positionnement politique ou partisane. Donc le point 2 des accords portant sur la désignation des chefs de quartiers et de districts prête à équivoque et dans la mesure où dans l'histoire de notre pays cette intention est une menace pour la démocratie à la base et le développement à la base me semble-t-il. Et je précise il s'agit du contexte guinéen ce qui peut s'appliquer dans les autres pays francophones d'Afrique est difficilement applicable dans le contexte guinéen à cause de notre histoire et de notre géographie.
Certains points de cet accord ont donné lieu à une querelle au sein de l'opposition républicaine. Quelle analyse faites-vous de cette situation ?
Il y a des divergences de vue, des querelles démocratiques. L'opposition républicaine à ce que je sache est un regroupement de plusieurs partis politiques qui ont des schémas et des approches différents, point par point selon les questions. Ils ont un objectif commun, c'est de s'opposer à la mouvance présidentielle, c'est ce qu'ils ont en commun. Et dans le détail, il est convenable qu'il y ait des divergences enrichissantes. Ceci dit, je suis heureux d'apprendre que le président de l'UFDG, le chef de file de l'opposition doit s'entretenir ou va s'entretenir avec les partis politiques de l'opposition qui ont exprimé une divergence de vue, face au contenu des accords, ce qui me semble être une très bonne démarche. Il vous souviendra que lorsqu'au sein de la mouvance présidentielle quelques cadres ont exprimé leurs désaccords, ils ont été rapidement sanctionnés. Alors si au niveau de l'opposition ceux qui expriment les désaccords sont aussi immédiatement sanctionnés, ce sera une alerte pour dire ne lever pas le petit doigt, le petit doigt n'est pas démocratique. Alors que c'est le petit doigt qui est l'opinion. La liberté d'expression c'est ça, « je veux parler, je veux dire quelque chose » c'est ça le petit doigt. Donc encore une fois, c'est une très bonne nouvelle d'apprendre que l'opposition républicaine ait désigné son chef de file pour rencontrer ceux qui ne sont pas d'accord, qui ont exprimé le désaccord sur l'accord pour trouver un terrain d'entente, ça c'est une bonne chose.
Il y a plusieurs dialogues. Malheureusement les accords qui sont issus de ces dialogues ne sont pas respectés. Comment vous expliquez cela ?
C'est aux partis politiques qu'il faut poser la question. Cette fois-ci, il me semble que les deux parties sont plutôt rassurées et ça c'est une bonne chose. Nous souhaitons effectivement que les accords soient appliqués pour la paix dans notre pays. Pour la crédibilité de la politique dans notre pays, il faut que les engagements soient respectés. La société civile souhaite que les engagements pris ici et là soient respectés.
Cette fois-ci, pensez-vous que ces accords seront respectés ?
Je le souhaite.
Malgré votre combat pour le rapprochement des deux bords politiques vous étiez absent autour de la table. Est-ce qu'on peut savoir pourquoi ?
C'est le gouvernement qui compose me semble-t-il, qui invite. C'est l'exécutif qui a l'initiative. Prochainement si vous avez l'occasion posez la question respectueusement à Monsieur le président de la République pour dire pourquoi Docteur Koureissy Condé n'a pas été associé aux discussions sur les accords. Mais d'ici là , je suis citoyen guinéen. Je suis président de la CANEG qui est une plate-forme de la société civile. De ce point de vue, nous ne sommes pas désintéressés par ce qui s'est passé, au contraire nous sommes très à l'aise de voir que les acteurs politiques ont pu se retrouver. Parce que nous nous sommes battus pour le dialogue. Nous ne sommes pas battus pour les accords. Les accords ce sont la résolution de la crise. Nous, société civile nous ne résolvons pas les crises, nous créons les conditions de résolution des crises politiques. Ce sont les acteurs qui expriment des volontés politiques permettant la résolution des crises politiques. Donc que nous soyons autour de cette table, devant cette table, derrière cette table ou sur cette table, ça ne change rien dans notre volonté de renforcer la paix et l'harmonie, la cohésion sociale dans notre pays.
L'actualité aussi reste dominée par les propos du Directeur Général de la police de N'Zérékoré. Quel est votre point de vue par rapport à ces propos ?
Bon ! C'est l'opinion d'un citoyen guinéen. Ça n'engage que la personne qui dit ça. Ce qui met mal à l'aise, c'est que le statut de haut fonctionnaire de l'État exige ou recommande la neutralité et l'objectivité.
Aujourd'hui l'insécurité bat son plein dans la cité. Moins d'une semaine de l'attaque contre le préfet de Coyah, c'est la résidence du préfet de N'Nzérékoré qui vient d'être victime d'une attaque. Quelles sont vos observations ?
Je crois que la lutte contre l'insécurité n'a jusque-là pas été le point fort de notre gouvernement durant le premier mandat du président de la République. Aujourd'hui le second mandat du président de la République. La question de l'insécurité récurrente est et demeure un phénomène préoccupant. On a l'impression qu'il n'y a pas de solutions. On a l'impression qu'on ne sait pas comment faire, qu'on ne sait pas ce qu'il faut faire. Donc dans ces conditions qui est le bandit ; c'est l'État ou le citoyen ? C'est ça, la question. Lorsqu'il y a négligence, il n'y a pas de prise en compte, de prise en main et d'utilisation rationnelle des moyens qu'on doit mettre à la disposition des services de défense et de sécurité, il y a un déficit. C'est ce déficit, ce vide que d'autres citoyens moins responsables utilisent contre d'autres citoyens innocents. Il est de la responsabilité de l'État du gouvernement à l'occurrence de promouvoir une politique de défense et de sécurité, une communication, une campagne de sensibilisation, d'avertissement, de prévention de nature à rassurer les citoyens et à dissuader le malfaiteur. La question de la sécurité, de l'insécurité est une question épineuse qui à mon avis jusque-là n'a pas été la préoccupation principale du gouvernement. Elle doit être une des préoccupations principales du gouvernement. Il faut y mettre les moyens.
De plus en plus les citoyens se plaignent du manque d'indépendance. Nous savons que parfois à l'intérieur, on enregistre souvent des émeutes. Selon vous qu'est-ce qu'il faut pour mettre fin à ces dérapages ?
C'est en cela qu'il faut saluer la semaine nationale de la citoyenneté et de la paix qui a été décrétée par le président de la République. Tout est question d'avertissement, de préparation, d'information et d'instruction civique et d'éducation citoyenne. Les gens doivent connaître leur droit et leur devoir. A cela il faut encore une fois se donner les moyens d'éduquer les populations de la base au sommet. Nous sommes finalement dans des régimes en Afrique où l'essentiel de l'activité gouvernementale est axé sur les relations avec les partenaires au développement d'une part et les préparatifs des prochaines élections d'autre part. Nous sommes entre ces deux éléments. A mon avis, le développement doit porter sur des solutions endogènes. Ce sont des démarches originales adaptées au contexte guinéen et présenter aux populations. La question de justice est une question de paix, est une question de développement, c'est tout à fait lié. Donc il ne faut pas que les citoyens se fassent justice. Il faut qu'ils aient confiance à la justice, il faut qu'ils aient confiance à l'État, il faut qu'ils soient sûrs de l'impartialité, de la neutralité et de l'objectivité de l'État. Je pense que ce déficit de communication, d'information et de sensibilisation sur le droit et le devoir des citoyens doivent se renforcer par l'approfondissement de la campagne sur la citoyenneté.
Que répondez-vous aujourd'hui à ceux qui estiment qu'on ne doit pas parler de réconciliation en Guinée, car le pays n'est pas sorti d'une guerre ?
Dans le contexte guinéen, la réconciliation est nécessaire et même indispensable. Elle est liée à l'histoire de notre pays. De l'indépendance à nos jours, il y a eu beaucoup de victimes et beaucoup de sortes de victimes. Il est important pour la mémoire et pour le citoyen, pour l'histoire que cet aspect de notre vie soit corrigé et c'est important. Aujourd'hui les enfants et les petits enfants, des hommes et des femmes qui sont morts pour la République ne savent pas à quel saint se vouer. Et ça c'est un déficit à combler. Ils sont les héros parmi nous parce qu'ils prêchent la paix, ils veulent la justice, la justice pacifique, douce, mais qu'on le leur accorde ça. Ce n'est pas le moment de citer des noms de qui a trahi, qui n'a pas trahi, qui a trompé, qui n'a pas trompé, ce n'est pas ça la question. Tout ce qui s'est passé dans l'histoire de la Guinée de l'indépendance à nos jours rentre dans le patrimoine commun, la responsabilité commune, il faut l'établir. Il faut rendre hommage, il faut clarifier les niveaux de responsabilités pour qu'il n'y ait plus jamais ça. On a connu le camp Boiro, il y a eu les évènements du 4 Juillet et beaucoup d'autres évènements, le 28 Septembre et d'autres. Il faut en parler pour que ça finisse. Alors c'est ce qu'on appelle réconciliation. L'absence de guerre ne signifie pas la paix. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas la guerre, qu'il y a la paix. La situation individuelle, les relations entre les citoyens, les relations entre l'État et les citoyens sont des aspects clés de la vie des nations dans la République.
Votre message à l'endroit des citoyens
C'est un message de paix, d'encouragement. Une paix pour le développement. Nous avons toutes les chances aujourd'hui de travailler pour le développement dans notre pays. Il faut aller au développement, dépolitiser la société au maximum, il faut parler des routes qui sont impraticable en Guinée de bout en bout. Il n'y a pas d'avion, pas de train, le pays est enclavé. Et quand c'est comme ça, l'agriculture ne peut pas prospérer. Mais c'est tous ensemble que nous devons trouver la solution. On parle peu de développement, alors qu'il faut parler de développement, c'est ça le challenge, c'est ça le défi de la paix et le développement.
Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo
L'indépendant, partenaire de GuineeActu
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