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Sékou Touré, ARPT, SMD… : le coup de gueule de l'honorable Dr Fodé Marega
Amadou Sadjo Diallo Samedi, 03 Décembre 2016 08:33
Dans cet entretien, le député uninominal de Dinguiraye, Dr Fodé Maréga aborde la période sombre de l'histoire de la Guinée avec l'agression portugaise du 22 Novembre 1970, dont le 46èmeanniversaire vient d'être célébré. L'honorable député pointe du doigt dans la même lancée, les pratiques qui caractérisent le pouvoir actuel, avec l'impunité et les détournements de deniers publics érigés en mode de gouvernance. Un véritable coup de gueule.
Le Démocrate : le mardi dernier, la Guinée a commémoré le 46ème anniversaire de l'agression portugaise du 22 Novembre 1970. Que vous rappelle cette date ?
Fodé Maréga : c'est un triste souvenir de la Guinée. Ça a été une période difficile, où la folie meurtrière d'un tyran psychopathe nous a entraînés vers une destruction importante d'une multitude de cadres de ce pays. Effectivement, il y a eu une agression portugaise, mais le problème c'est que souvent, il faut se poser la question pourquoi. Je crois que les faits sont là . Il y a eu un moment une arrestation par le PAIGC du fils du maire de Lisbonne et ses accompagnants. On sait aujourd'hui, il y a eu des tractations importantes au temps de Sékou Touré avec le Portugal pour s'entendre sur cette libération moyennant une attaque d'Amical Cabral. Alors bien sûr pendant cette période, les Portugais sont venus, ils ont libéré leurs prisonniers, parce qu'il faut savoir que ces prisonniers étaient à Mamou. Et pour une raison ou pour une autre Sékou les transfère directement en bordure de mer à Conakry. Ça, c'est une altercation avec Amilcar, on le sait qui n'a pas accepté et qui disait qu'ils étaient plus en sécurité à Mamou plutôt que de les mettre en bordure de mer, à la portée justement des Portugais. Ils sont venus, ils ont pris leurs prisonniers et ils sont repartis. Pendant ce temps, vous le savez que dans les attaques de guerre comme on voit dans les films, il y a toujours une diversion. Alors certains Guinéens de l'étranger sont descendus aussi en ce moment-là pour essayer de renverser le pouvoir de Sékou Touré et bien sûr, après cela, nous avons eu maintenant la réaction de Sékou, disant qu'il devait y avoir des complicités internes. Il a profité de l'occasion dans un cas comme ça pour détruire les 3/4 des ministres, les 2/3 des gouverneurs, la hiérarchie complète de l'armée, et une multitude de fonctionnaires de l'État ont été exécutés pendant cette période-là . Voilà donc nous, nous disons que cette période est une période très dure de l'histoire de la Guinée. Voilà pourquoi nous avons souhaité à tout moment une commission vérité, justice et réconciliation pour faire la lumière exacte sur ces évènements qui sont des évènements qui se sont déroulés pendant les périodes difficiles. En Guinée, il faisait partie de l'un des 23 complots majeurs qui ont eu lieu sous le régime du « sanguinaire » Sékou. Nous avions vu à tout moment, à chaque fois qu'il y a une décision, un changement politique ou une crise économique dans ce pays, il fallait faire payer quelques-uns étant donné que le timonier ne pouvait pas être responsable, ce sont les autres qui étaient responsables de son échec. Donc tous les ans ou deux ans, nous avions un nouveau complot qui a mis la Guinée toujours en état de tension pendant toutes ces années où il a régnait en dictateur dans ce pays.
Autre évènement douloureux, c'est celui du 28 Septembre aussi. Le ministre de la Justice avait promis l'ouverture du procès en 2016. Mais jusque-là rien n'est fait dans ce sens. Comment vous, vous comprenez cela ?
Vous savez dans ce pays pour moi, c'est une violence d'État face à ces citoyens accompagnés de son corollaire le plus important qu'est l'impunité. Donc depuis l'indépendance, nous avons donc toujours une violence d'État face à ses citoyens avec une impunité totale. Ce qui a permis d'avoir successivement des violations graves des droits de l'homme dans ce pays avec énormément de morts vu qu'il n'y a aucune justice. Donc on reste dans l'impunité et bien sûr entre Guinéens. C'est toujours pareil lorsque l'on veut masquer des évènements, des tueries graves, des meurtres importants, on fait passer cela dans l'ethnie. C'est ça la trame. Le 28 Septembre, nous disons qu'on a les commanditaires, on a les acteurs, on a les victimes, on a le déroulement. On a absolument tout pour un procès, mais nous n'avons pas la volonté politique aujourd'hui d'aller dans un procès. Parce que la culture de l'impunité est telle dans ce pays, que l'on veut toujours expliquer, on veut toujours demander pardon de manière frauduleuse.
Quelle lecture faites-vous du fonctionnement de nos institutions aujourd'hui ?
C'est l'Alpha gouvernance. Aujourd'hui aucune institution ne marche. L'Assemblée Nationale elle fonctionne comme l'État. Vous voyez l'INIDH, c'est le président seul qui s'assoit, qui crée les commissions, c'est lui qui délibère, qui fait tout seul. Vous savez la HAC comment ça se passe, les gens sont allés à la justice. Du côté de la Cour constitutionnelle c'est comment ça, ça se passe. Le Conseil économique et social exactement la même chose. Maintenant la Haute Cour de justice qui doit être mise en place, on ne la met pas en place parce que c'est la seule qui est capable normalement de juger le chef de l'État et ses ministres. Donc ça, ça ne se met pas en place parce qu'on attend tranquillement que les années passes pour qu'on entre encore et qu'on reste toujours dans l'impunité.
Où en est-on avec la session budgétaire en cours ?
On est aujourd'hui en session budgétaire, on a un document, une loi de finance qui est arrivée. Cette loi de finance n'était pas prête avec un manquement grave dans les recettes où tous les EPIC n'ont pas leur budget et on reste justement dans cette mal gouvernance, sans savoir où on va, qu'est-ce qu'on fait. On décide aujourd'hui qu'il y a plénière, on convoque à partir de 10 heures, les députés ne viennent qu'à 11 heures, on rejette ces plénières. On ne sait pas ce qui se passe. Mais c'est comme ça le pays marche. C'est ce qu'on appelle l'Alpha gouvernance, il faut que ça cesse. Regardez la SMD, on s'aperçoit que dans les comptes, il y a eu un versement en avance des recettes de 23 millions de $, et dans le budget on ne voit que 4 millions de $. On pose la question où est passé cet argent ? Comment ça s'est fait ? Pourquoi ? Ce sont là des questions extrêmement importantes. On n'a aucune réponse pour l'instant. Vous voyez l'ARPT presque n'a aucune recette au niveau budget, alors qu'on sait des milliards et des milliards qui entrent à l'ARPT. Mais ça ne nous étonne pas, parce que tous ces EPIC ont leurs budgets, ont leurs recettes à la présidence de la République. L'opacité, l'Alpha gouvernance elle est en plein régime. Donc nous, nous disons que nous allons continuer dans ce système, nous allons détruire ce pays de fond en comble, il ne restera que des miettes. Voilà pourquoi nous nous battons depuis longtemps pour que ça change.
On parle de cherté de vie. Mais pourquoi aucun point de l'accord paraphé récemment ne parle de cherté de vie, ni de la baisse du prix des carburants ni de la baisse de la TVA, alors que c'était l'objectif de la manifestation du 16 Août dernier ?
Attendez mais on a parlé de ça. Ce sont les préalables, on était dans la discussion mais il y avait les préalables. Mais vous savez que lorsque vous discutez avec quelqu'un justement, il faut un point d'accord et donc il faut des compromis. Les discussions étaient chaudes de telles sortes que l'État n'a pas voulu discuter de ça. Donc il fallait quand même discuter et mettre ces points à l'Assemblée. Nous, nous avions dit nous allons quand même discuter puisqu'il fallait quand même montrer à cette population la volonté de changer le climat politique pour permettre vraiment de résoudre les problèmes importants. Mais ce dont on a parlé au niveau du dialogue normalement devrait permettre même à l'Assemblée de pouvoir discuter de toutes ces mesures en ayant comme objectif la population guinéenne. C'est ça qui est important. Et lorsque vous décidez d'aller à un dialogue, vous ne pouvez pas avoir une présomption de positionner toutes vos revendications. N'empêche que nous, nous avons la volonté de le faire. Si vous avez les déclarations, surtout la feuille de route que nous, nous avons apportée au niveau de ce dialogue, tous ces points-là figuraient. Mais il y a eu des préalables et ces préalables-là ont duré à un certain nombre du temps pour que le gouvernement supprime. Sachant bien que lorsqu'il les supprime, ça veut dire que ce n'est pas leur intérêt de parler de ça, parce qu'ils savent très bien.
Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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