Kory Koundiano et l'argent, Trump, NFD : Ousmane « Gaoual » Diallo met le pied dans le plat

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DIALLO_Ousmane_UFDG_2_01Le député uninominal de la circonscription de Gaoual doute de la sincérité du pouvoir quant au respect de l'accord du 2 Octobre dernier. Dans cet entretien qu'il a accordé à notre reporter, Ousmane « Gaoual » Diallo a aussi déploré la gouvernance actuelle, avec la corruption qui gangrène notre administration et à laquelle le parlement n'échappe guère. Entretien…


Le Démocrate : quelle lecture faites-vous de la gouvernance actuelle du pays ?

Ousmane « Gaoual » Diallo : la Guinée est dans une situation de plus en plus inquiétante. Il ne fait plus un mois sans qu'on ne nous cite dans des scandales de corruption. Le secteur minier guinéen fait l'objet de beaucoup d'attention, les hommes d'affaires les moins scrupuleux du monde.

C'est pour ça que récemment c'était une enquête du FBI aux États-Unis qui a indexé le chef de l'État, certains membres de son gouvernement, certaines personnes de son entourage dans la corruption. Avec l'arrestation de Samuel Mébiame qui était un des amis du président. Depuis cette semaine, cette affaire de pot de vin de 10 millions de $ aussi refait surface avec François Polge de Combret qui est un collègue et ami d'enfance du chef de l'État et qui aurait joué un rôle trouble dans l'attribution de la cession de Simandou à Rio Tinto. Donc tout cela n'est pas de nature à rendre notre pays attractif. C'est pour ça qu'il faut prendre en compte cette enquête de Forbes, le journal économique qui indique que la Guinée est le pire endroit pour les investisseurs privés, et ça c'est très grave. On ne dépasse sur le classement que le Tchad 143ème pays sur 144. Donc ça montre le déficit qu'il y a dans notre pays. L'environnement juridique n'est pas le meilleur qu'il soit. Aucune enquête sérieuse n'a été ouverte, pour éclairer les Guinéens, pour protéger l'économie de notre pays. L'institution judiciaire ne fonctionne que pour des faits divers, des faits politiques avec une orientation marquée contre les militants et responsables de l'UFDG.

Alors que sur l'environnement économique, il n'y a pas de mesures d'impulsion qui ont été prises depuis l'avènement du RPG au pouvoir qui soient de nature à donner un dynamisme à l'économie nationale. La Guinée a une croissance certes tirée essentiellement du trafic qu'on fait de nos mines, sans que cela n'ait un impact sur le développement des autres secteurs primaires, notamment l'agriculture. Les infrastructures sont en état de décrépitude dans le pays aussi bien routières, la santé, l'éducation, sont des secteurs non prioritaires, et tout ça reste très difficile pour une Guinée, pour l'unité nationale malmenée. Les acteurs politiques se regardent toujours avec beaucoup de méfiance.

L'accord politique récemment paraphé ne garantit pas son exécution, son application. Donc la défiance est toujours là, ce qui montre que les tensions qui sont momentanément tues, peuvent du jour au lendemain refaire surface pour encore hypothéquer les capacités de notre pays à être attractif, et à offrir autres débats aux Guinéens que le débat lié à des élections.


Le président de la République rentre d'une tournée. Alors selon vous ces voyages augurent-ils des lendemains meilleurs pour notre pays ?

Non, moi ces voyages du président m'inquiètent à plus d'un titre. D'abord, je n'arrête pas de dénoncer le coût exorbitant. Alpha Condé a utilisé déjà 38 millions de $. Nous espérons d'après les calculs que nous faisons en frais de voyage depuis 2010. Quand on imagine les coûts de location des voitures, les frais de résidence, les frais de voyage, c'est énorme pour un pays qui a du mal à avoir un budget équilibré d'une année à une autre. Donc les coûts sont très élevés. En attendant que le gouvernement veuille bien répondre à mes questions déposées au parlement pour savoir le coût exact des dépenses de déplacement du chef de l'État, quand il sort et puis l'apport que cela fait à notre économie. Depuis 6 ans on ne voit pas d'indicateurs de l'effet de ces voyages répétés du chef de l'État à l'étranger.

Ensuite la transaction elle-même est très opaque même pour nous le parlement. Voilà une compagnie minière Rio Tinto qui cède ses parts à une autre compagnie chinoise Chinalco sans que les Guinéens ne se rendent compte quels sont les termes de cet échange, quel est le bénéfice pour la Guinée, qu'est-ce que cela va avoir comme impact sur les revenus que le peuple de Guinée est en droit d'attendre de ses mines. Les entreprises chinoises qui ont été approchées, notamment celle qui va s'occuper de l'extension du port de Conakry est citée comme une entreprise douteuse par la Banque Mondiale. Donc tout ça montre que le monde affairiste chinois, libano- syrien est en train d'avoir une main mise sur l'économie de notre pays, et cela n'est pas de nature à garantir l'évolution des droits humains dans notre pays, quand on sait que ces pays ne se distinguent pas par leur amour de liberté fondamentale, de respect des libertés dans notre pays. Ça veut dire qu'on va avoir un pays de plus en plus corrompu, affairiste, mafieux et ça c'est très inquiétant pour nous. Au-delà des annonces gouvernementales, l'inquiétude du peuple de Guinée c'est sur l'emploi, le développement économique, sur l'impact de cette extraction minière sur les infrastructures, l'éducation, la santé et surtout sur l'environnement dans notre pays. Donc c'est plus des questions d'inquiétude que nous avons, que de l'assurance et de l'espérance pour demain par rapport à ces contrats.


L'Assemblée Nationale est actuellement en session. Quel regard portez-vous sur le fonctionnement de cette institution ?

Mes espoirs ont été trahis. J'ai nourri beaucoup d'espoir de rentrer dans une institution qui peut servir à la fois de régulateur, mais aussi de contre-pouvoir à un exécutif en propension naturellement, et qui essaye de régenter toutes les institutions du pays. Mais je suis déçu par la gouvernance de l'Assemblée nationale. Il faut dire que Kory Kondiano n'a pas l'étoffe du président qu'il faut pour diriger une institution importante dans la démocratie. Il est extrêmement effacé, très soumis, très opaque dans sa gestion. 1 milliard et demi, je ne l'arrête pas de le dénoncer qu'il utilise à escient. Récemment nous avons appris par des sources concordantes, qu'il aurait déjà payé un montant colossal à la Banque centrale pour se garantir la retraite d'ancien membre de la Banque centrale.

Tout ça c'est très difficile pour notre institution. On va voter cette année le 4ème budget depuis qu'on est là sans que l'Assemblée n'ait pu avoir un regard sur la gestion de notre propre budget, sur le volume de son propre budget et sur la manière de fonctionner de cette institution. Donc ils sont très opaques sur le budget de l'Assemblée nationale et de son utilisation, et chaque année ce budget augmente, alors que le revenu des parlementaires et du personnel stagne. Sur le plan de la procédure, l'Assemblée a du mal toujours à se doter d'un règlement intérieur constitutionnellement admis et puis qui tient compte de la diversité, de la richesse qu'il y a dans le parlement pour faire en sorte que l'institution fonctionne de façon transparente. Donc nous avons des mécanismes extrêmement difficiles. Le parlement ne fonctionne pas, les lois sont piétinées, les procédures parlementaires ne sont pas respectées. Une loi arrive à midi, à 14 heures elle sort déjà votée, sans que le parlement ne puisse avoir le regard nécessaire dessus. Ensuite le débat est travesti. Tout le monde dit aller au parlement débattre, mais on ne débat pas au parlement. Parce qu'il suffit de dire une question qui fâche, pour que le débat soit interrompu et qu'on passe au vote. Alors qu'ici chacun devrait avoir la tolérance d'écouter l'avis contraire de l'autre, pour qu'un consensus se dégage sur les idées qui peuvent venir dans le débat parlementaire. Malheureusement notre pays refuse le débat. Donc le parlement est une déception dans la jeune démocratie en construction dans notre pays.


L'accord politique inter-guinéen paraphé récemment continue de faire la chronique dans la cité. Quelle analyse faites-vous de cet accord ?

C'est vrai qu'il y a un certain nombre d'acteurs politiques ou de la société civile qui s'érigent, sans être de leurs côtés. Parce que je pense beaucoup d'entre eux font du jeu politicien. Mais il est de notre devoir de douter plus que jamais de la volonté même du gouvernement d'appliquer l'issue de ce dialogue. Le seul acteur majeur qui parle de ce dialogue, c'est le ministre de l'Administration du territoire. Alpha Condé qui a encouragé, suscité et pris des engagements de cet accord ne s'est toujours pas prononcé sur les conclusions de cet accord. Donc ça montre que l'homme reste encore une fois dans le jeu politicien et n'a aucune volonté de respecter les accords politiques.

Donc il essaye de gagner du temps, le temps peut être que l'économie se redresse un peu, le temps qu'il ait des marges de manœuvre plus fortes, le temps de voir les élections américaines et européennes passées pour espérer un soutien des nouvelles administrations qui vont venir, parce qu'on est dans un temps d'incertitude. Donc pendant ce temps-là, il calme le jeu à l'intérieur. Alpha et le RPG dans son entièreté n'ont aucune volonté de créer un climat d'apaisement dans notre pays. Ils sont dans le réveil des animosités entre les communautés et de tension politique pour pouvoir gagner, parce que malheureusement, ceux qui vivent des crises politiques sont encore très puissants dans notre pays, donc ils sont toujours au-dessus. Mais l'accord politique tel que conclu ne me rassure pas, ne me garantit absolument pas de la bonne foi du gouvernement d'aller au bout et de sa réalisation. Malgré le fait qu'il y a eu des concessions de part et d'autre pour arriver à un terme d'accords qui est assez raisonnable pour qui veut aller de l'avant. Cela me surprendrait que le gouvernement aille dans ce sens-là.


Que pensez-vous du point de discorde relatif aux élections locales, avec la nomination des chefs de quartiers et de districts ?

Il n'y a pas de dysfonctionnement. Il y a beaucoup de mauvaise foi, de non-dit, beaucoup de choses sont dites par les opposants, juste pour s'attirer la sympathie de l'opinion, mais c'est de bonne guerre. En réalité, personne n'a parlé de la nomination des chefs de quartiers. Et c'est à ça que j'invite le monde de la presse, c'est de prendre le temps de lire les accords quand on les publie. Ce ne sont pas des accords secrets. Il faut que chacun puisse les lire pour comprendre le contenu sans se répéter les déclarations de tel ou tel acteur, mais que les gens puissent avoir eux-mêmes leur position par rapport à ça et ensuite réconforter soit les gens qui sont contre, ou soit qui sont pour. Mais qu'ils aient d'abord leur propre lecture. Je pense que les compromis obtenus ne travestissent pas la démocratie, elle n'empêchera personne de se présenter comme il le souhaite au niveau du quartier et donc c'est très important. C'est une élection indirecte.


Vous aviez effectué récemment une tournée à l'intérieur du pays. Comment vous aviez trouvé la Guinée profonde ?

J'ai trouvé une Guinée profonde divisée, toujours inquiète de la gouvernance. Un pays profond abandonné. Les infrastructures sont en décrépitude totale. Gaoual, Koundara, Télémélé ont littéralement été coupées du reste de la Guinée compte tenu de l'absence de route et des moyens de communications fiables pour échanger sur les flux de personnes et des biens. Sur le plan politique nous avons toujours une administration outrageusement politique, des préfets avec un niveau de corruption très élevé. Quand on prend le cas de Gaoual, on sait parfaitement que les subventions que le gouvernement a versé dans les collectivités locales ont été une aubaine pour l'administration. Les préfets, les sous-préfets, chacun y va pour ponctionner de ces maigres 20, 30 ou 50 millions que l'État verse à ces collectivités. Au-delà pour fonctionner, toutes les autorités déconcentrées vont puiser dans cet argent là au détriment des populations locales. Donc c'est ce qu'on a vécu aussi à Télémelé avec l'affaire de Daramagnaki. À Kindia aussi, un peu partout la corruption a pris une dimension importante. Malheureusement, l'impunité de ces actes-là continue à les encourager dans ces pratiques nauséabondes et qui sont de nature à freiner tout élan de développement dans notre pays.


A Ratoma, l'honorable Mouctar Diallo veut briguer la mairie de cette commune. On a l'impression que son parti devient de plus en plus actif que le vôtre sur l'axe. Comment vous percevez cela ?

D'abord, on n'est pas en concurrence sur l'axe avec Mouctar. Tous les partis politiques qui seront candidats à Ratoma, deviennent des adversaires de facto. Mais cette adversité politique ne veut pas dire la guerre ou la haine. Je pense qu'il est tout à fait normal que Mouctar Diallo comme tout autre candidat puisse avec la volonté qui sera pour lui de briguer quelques responsabilités électorales que ce soit donc c'est important que les militants et responsables sympathisants considèrent que cela est une démarche démocratique normale. Mais il est regrettable simplement d'avoir pu entendre certains propos qui essayent de dénigrer la relation qu'on a eue jusqu'à présent qui a été fructueuse pour chacune des parties. En tout cas l'UFDG s'est félicitée d'avoir eu une relation avec les NFD et n'importe quel autre parti pendant ce temps-là. Nous avons estimé aussi que le parti NFD a bénéficié de ces alliances passées. Donc il ne sert à rien de jeter l'opprobre sur ce qu'on a pu faire ensemble jusqu'à maintenant. Cela n'empêche que chacun a la légitimité de se présenter devant les suffrages des électeurs. Et c'est pour ça je dis que cette candidature ne fait pas l'ombre d'une contradiction normale. Dans une démocratie, il faut des élections, et dans les élections, il faut des candidats et les candidats, ce sont ceux qui arrivent de formations politiques différentes qui peuvent s'affronter là-dessus. C'est tout à fait légitime de sa part de faire la démarche.


Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu


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Commentaires  

 
+6 #3 thiemabah 20-11-2016 12:10

Citation en provenance du commentaire précédent de A.O.T. Diallo:
Je zappe de plus en plus les interviews de ce monsieur : toujours des répétitions, pas de propositions SMART - juste parler chaque matin a un média local pour ne pas disparaître du paysage politique actuel.
Pourquoi se concentrer sur un seul problème et montrer ce qu'on a fait pour le résoudre au lieu de la shopping-liste habituelle...

Bonjour Koto
"WAKKAADHU NANGATA"
Bye
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+5 #2 Gandhi 19-11-2016 22:19

Il existe de nombreuses possibilités de contester les violations répétées des députés de l'AN et de son président. A t-on peur de ne plus percevoir ses indemnités ensuite ?
Quelle passivité coupable donc inexcusable !!!
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+4 #1 A.O.T. Diallo 19-11-2016 16:50

Je zappe de plus en plus les interviews de ce monsieur : toujours des répétitions, pas de propositions SMART - juste parler chaque matin a un média local pour ne pas disparaître du paysage politique actuel.
Pourquoi se concentrer sur un seul problème et montrer ce qu'on a fait pour le résoudre au lieu de la shopping-liste habituelle...
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