Amadou Sadjo Diallo Jeudi, 17 Novembre 2016 14:23
Dr Ibrahima Sory Diallo, président de l'ADC-BOC est très amer contre le pouvoir en place mais aussi contre le chef de file de l'opposition Cellou Dalein Diallo qu'il accuse de n'avoir pas respecté les aspirations des populations, en adoptant l'accord du 12 Octobre dernier. Jean-Marc Telliano, le président du RDIG et Bano Sow de l'UFDG n'échappent pas non plus à l'ire de cet ancien membre de l'opposition républicaine qui ne fait pas dans la dentelle dans cette interview.
L'Indépendant : comment se porte votre parti, Dr Ibrahima Sory Diallo ?
Dr Ibrahima Sory Diallo : le parti se porte bien. On évolue sur le terrain. On prépare les élections.
Quelle lecture faites-vous de l'accord signé le 12 Octobre dernier entre le pouvoir et l'opposition ?
Ces accords dans la globalité, ce n'est pas mal. Mais à un point nommé point B de l'accord, ça fait des tollés et réellement il faut veiller. C'est pourquoi, nous avons dit que ce point 2 de l'accord viole le droit des citoyens si toutefois c'est validé par l'Assemblée Nationale. Et comme on sait que les députés ne sont pas dupes et nous pensons qu'ils prendront acte de notre revendication, nous avons jugé nécessaire qu'il ne faut pas accepter, que les politiques s'immiscent dans l'affaire des citoyens. C'est pourquoi nous avons lancé le Front National pour la Défense des Droits des Citoyens dont je suis membre à part entière. Nous contestons le point 2 de l'accord.
Cependant d'autres acteurs politiques réfutent vos accusations ?
Vous savez, il y a ce qu'on appelle le principe des droits acquis ou la théorie des droits acquis. Depuis le XIXème siècle, les hommes de droit se sont retrouvés pour planifier ce problème des droits acquis, c'est un droit qu'on ne peut pas retirer à un individu ou à un peuple sans un referendum. C'est comme ça aussi l'élection dans les quartiers. On a dit que les citoyens n'ont pas le droit de se présenter à une élection nationale. Ils se présentent à une élection locale. Donc pour être président ou député, il faut être politicien. Mais dans le quartier, c'est pour les citoyens, c'est à leur tour d'élire librement leur chef de quartier. Il ne faut pas qu'on touche à ça, c'est un droit acquis. Si on doit le retirer, il faut qu'on demande à ces citoyens-là ; vous êtes d'accord qu'on vous retire ce droit et qu'on accepte maintenant que les politiques et vous, chacun soit libre de présenter. Je pense si on passait par un referendum on aura 100% non. Alors c'est pourquoi, les députés qui doivent légiférer sur cette proposition, une fois que la proposition est déjà engagée, nous on dit violation du droit des citoyens pas par l'Assemblée, mais par ces groupes de politiques qui ont engagé la tentation de violer le droit des citoyens. Aucun politicien ne peut contester ça. Mais on peut comprendre que jusqu'au moment que l'Assemblée n'a pas siégé, la loi n'est pas violée. Mais l'intention des politiques d'orchestrer la violation, raison pour laquelle que nous parlons, afin que l'Assemblée et le peuple soient informés de ce qui se passe. Ce n'est pas dire que « les gens sont en train d'interpréter comme ils pensent et que ce sont des gens qui informés. Il n'y a pas eu violation. Nous on s'est battu pendant plus de 6 ans on n'a pas eu gain de cause, cette fois ci on commence à avoir gain de cause ». Ils se trompent, ils verront la loi, ils verront l'État. Aucun État ne va accepter qu'il y ait des « petits chefs d'État » dans les quartiers. Parce que quand un parti politique devient responsable dans un quartier, mais toutes les lois seront à sa merci, tout ce qui ne colle pas à sa vision, il va s'opposer, actuellement ça sera une anarchie que le gouvernement aurait organisé. Moi je pense que le gouvernement doit laisser les gens élire les conseils des communes ; c'est-à-dire les maires et que ces maires-là à leurs tours contrôlent la commune. Mais les quartiers soient aussi les citoyens qui vivent ensemble, qui partagent le pain ensemble. Il ne faut pas aujourd'hui qu'on accepte. Il faut dépolitiser les quartiers. Je pense que le président de la République lui-même ne va pas cautionner cela. Mais comme ce n'est pas lui l'Assemblée, les députés sont indépendants, et que chacun est libre de se prononcer sur ce qu'il voit et ce qu'il pense de la Guinée. Je pense qu'ils ne seront pas irresponsables de la modification d'une loi qui retient le droit des citoyens.
Où en est-on avec la plate-forme revendicative ?
Nous fonctionnons bien. Nous avons engagé des actions de signature de la pétition. Nous sommes à plus de 3 000 000, la pétition continue. Nous continuons ces jours-ci à Kaloum pour une signature publique et que nous ferons signer jusqu'à Sékoutoureya. On va même rencontrer Alpha Condé pour la signature de la pétition parce qu'il est un citoyen guinéen avant tout, il va donner son point de vue. Nous allons rencontrer le Premier ministre il va donner son point de vue. Nous allons rencontrer Cellou Dalein, il va donner son point de vue. Si les citoyens cautionnent qu'on modifie la loi, là on aura plus de chose à dire, on va rester derrière la majorité des guinéens. Mais si la majorité signe, non, là nous allons nous opposer. Nous viendrons à l'Assemblée, tous les députés donneront leur point de vue, ils signeront la pétition soit oui ou non. Notre groupe évolue. Et le peuple n'acceptera pas du tout que la loi soit modifiée qui leur retire le droit d'élire librement leur chef de quartier.
Si l'Assemblée votait pour la modification de la loi, quelle va être la nouvelle stratégie de votre groupe ?
Nous viendrons à l'Assemblée pour nous opposer. Parce qu'on va montrer à l'Assemblée que le peuple est là. Le peuple n'est pas d'accord et nous allons les appeler tous à ne pas légiférer. Nous avons beaucoup de plans, c'est le plan-là d'abord qu'on exploite. Nous ne sommes pas là pour la violence, nous sommes là pour la paix. Nous continuons notre combat et c'est un combat jusqu'à la victoire, rien ne peut nous arrêter. Donc nous sommes préparés conséquemment.
Où êtes-vous avec l'opposition républicaine ?
Pour moi l'opposition républicaine est en veilleuse. Sur 17 partis politiques 14 ne sont pas d'accord. Donc par la voie démocratique, l'opposition républicaine ne devait pas signer cet accord. Mais si l'opposition républicaine signe cet accord, il y a eu une trahison, il y a une complexité d'un groupe de partis qui s'est réuni en clans mafieux pour saper l'intérêt de l'opposition, et c'est ce qu'on ne veut pas. Et on pense que le chef de file doit rectifier le tir dans les jours à venir pour qu'il puisse se retrouver dans un ensemble de l'opposition, sinon il sera un point matériel sans file.
Quels sont les partis politiques au sein de l'opposition républicaine qui ont entériné ces accords ?
Les partis qui ont souscrit à cet accord ce sont l'UFDG, l'UFC, le RDIG et le reste des partis. Pour moi ce sont des partis qui n'existent pas. Quand vous prenez PS, le PS n'a jamais montré son existence en Guinée, en tout cas nous on n'a pas vu. Quand vous prenez Makanera et Papa Koly, ils ne sont pas d'abord membres de l'opposition républicaine. Ils sont observateurs. Donc c'est pourquoi je salue leur position, ils sont restés dans l'opposition républicaine sans signer la charte. Maintenant moi je vous parle des partis qui ont signé la charte donc sur les partis qui ont signé la charte il n'y a que 3.
Votre parti va-t-il participer aux prochaines élections ?
A cette phase, pour aller l'élection communale nous sommes d'accord. Mais dans les quartiers nous laissons ça aux citoyens. Parce que nous, nous pensons que nous on ne doit pas se mêler dans l'élection des conseils de quartiers.
Et si la modification du code électoral proposé par le dialogue se faisait à l'Assemblée ?
Non ! Si la modification qu'ils ont proposée est acceptée, nous on ne va pas participer. On ne participera pas du tout.
La manifestation du 16 Août dernier c'était contre la cherté de vie. En tant que président du comité d'organisation de cette manifestation, comment se fait-il qu'aucun point concernant la cherté de vie n'a été abordé lors du dialogue ?
Écoutez, c'est la raison pour laquelle d'ailleurs que j'ai récusé l'accord avant même la signature. J'ai informé le chef de file, on s'est convenus, le prix du pétrole devait diminuer. Pourquoi les gens sont partis changer ça sans l'avis de la plénière de l'opposition. Il m'a dit nous allons les écouter, ils vont faire un compte rendu. Deuxièmement j'ai parlé de la libération des détenus, ils ont dit que ça aussi ça a été accepté, mais jusque-là, nous savons qu'il y a toujours des détenus qui ne sont pas libérés. Et encore nous avons dit la mise en place de la Haute Cour de Justice, cette institution devait venir dès le lendemain du dialogue, mais jusque-là, ce n'est pas fait. Alors on nous fait comprendre que cet accord-là est fiable, c'est un bon résultat, j'ai dit Monsieur le chef de file cela est un piège compte tenu du fait je n'ai pas été écouté depuis le début du dialogue. Le chef de file a engagé ses hommes et non engagé les cadres de l'opposition républicaine. Moi je dis qu'il y a un coup qui se prépare contre nous, et comme nous l'avons compris, nous avons pris notre distance avant même la signature des accords. Moi j'ai réussi à planifier tout ce que vous aviez entendu faire lors des manifestations. Je me suis sacrifié même personnellement, je suis allé sur le terrain pendant qu'on tirait. C'est pourquoi c'est la seule manifestation où on a repéré les coupables qui ont tiré. Pourquoi vous n'avez pas eu jusque-là des résultats, c'est parce qu'il y a des gens qui me barrent la route. Et comme on me barre la route et que moi je suis venu appuyer une structure qui était là parce que ce n'est pas moi qui ai créé l'opposition républicaine, je suis venu dans l'opposition républicaine apporter des expertises, mes compétences, je les ai valorisées par l'organisation de cette manifestation. Qui peut me dire qu'il y a eu une manifestation qui ai réussi plus que ça, personne. Mais aujourd'hui je reçois des appels anonymes de certaines personnes qui me disent que « ce qui n'a pas fait mal au père de famille ne doit pas faire mal à un simple passant ». Je suis en train d'enquêter sur celui qui a tiré sur le jeune à Bambeto, cependant que je reçois des appels. Je ne peux pas être plus royaliste que le roi. Là où la personne qui a été tuée est militante de l'UFDG, si l'UFDG ne me donne pas libre champ pour aller continuer les démarches, je ne peux pas continuer. Je suis allé à la justice faire des revendications avec Monsieur Kourouma RRD, et ce jour il y a un leader politique qui est venu là-bas, le leader du RDIG, il était là-bas et quand il est venu, ce qu'il a dit au juge, il connaît. Donc et que ce jour-là, ça m'a beaucoup découragé du fait que moi j'entreprends des démarches et qu'il y ait des alliés de l'UFDG qui viennent encore pour dire autre chose. C'est pour vous dire que j'ai reçu des bâtons dans les roues pour ne pas que je continue les enquêtes. Mais comme le juge a les dossiers peut-être la famille va se constituer en partie civile. Comme c'est un militant de l'UFDG qui a été tué on devait quand même voir les responsables de l'UFDG auprès de nous pour continuer les enquêtes, mais ils sont restés indifférents, ils n'en parlent plus. Je suis vraiment bloqué par certains acteurs.
Qui sont ces acteurs qui vous bloquent ?
Je vous dis que nous sommes 4 dans le comité d'organisation. Il y a Monsieur Kourouma du RRD, Dr Faya Millimono, et Monsieur Bano Sow. Ce dernier n'en parle pas. Ce sont nous les 3 autres seulement qui partons rencontrer les autorités. Finalement les gens sont en train de nous ridiculiser. Parce que le principal parti dont la victime est décédée n'en parle pas.
Qu'est-ce que Jean-Marc Telliano a dit au juge ?
Ça, ça reste confidentiel. Le jour où Jean-Marc voudra qu'on en parle, on n'en parlera.
Quel regard portez-vous de la gouvernance actuelle du pays ?
Le professeur Alpha Condé a eu beaucoup de projets d'avenir pour le pays. Mais on ne voit pas la mise en œuvre. On ressent rien. C'est pour vous dire que le gouvernement est scandalisé, rien ne bouge. Le président déclare chaque fois tel ministre n'est pas compétent, mais il ne limoge personne, cela veut dire que lui-même cautionne. Je pense que c'est un gouvernement qui manque de résultats. C'est un mandat qui n'a pas encore trouvé des axes de solution. La démocratie aussi est en train de se détériorée au fur et à mesure.
Que pensez-vous de l'élection de Donald Trump à la tête des États-Unis ?
C'est l'élection la plus démocratique au monde qui a eu lieu aux États Unis. Je félicite Donald Trump. Avant même qu'il ne soit président, quand j'ai vu sa démarche politique, il était barré par le pouvoir en complicité avec le camp d'adversaire, mais je me suis dit que cet homme va briguer. C'est une fierté pour moi même parce que j'ai compris que j'analyse bien la politique. Je pense qu'aucun projet de société de Donald n'est en contradiction avec moi. Il parle de l'affaire de religion et autre, chaque personne doit se lever pour protéger son État. Mais les Américains sont libres. Ils ont compris que les États-Unis étaient en train de s'occuper des problèmes des gens ailleurs et laisser les problèmes des Américains. C'est pourquoi moi je ne suis pas contre. Obama a été président, il a fait 2 mandats, les Africains pensaient que c'était gagné mais ils ont vu le contraire. Les Américains connaissent ce qu'ils veulent. Chaque président qui vient a un programme. Donc Donald a son programme. Il faut que les Guinéens prennent l'exemple de Donald. Nous aussi c'est comme ça on va venir au pouvoir, c'est difficile, mais ça viendra.
Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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