Alpha Amadou Diallo Dimanche, 13 Novembre 2016 12:13
Elhadj Mamadou Saliou Diallo, secrétaire général de la fédération syndicale nationale des enseignants et enseignantes de Guinée, affiliée à l'ONSLG donne sa lecture de l'accord inter guinéen …
L'Indépendant : quelle est votre lecture de l'accord politique issu du dialogue inter guinéen qui vient de se dérouler au palais du peuple à Conakry ?
Elhadj Mamadou Saliou Diallo : merci beaucoup, au moment où l'accord se paraphait au palais du peuple, moi j'étais à l'extérieur, c'est sur le net que j'en ai pris connaissance. Mais j'ai apprécié le consensus obtenu. Je pense que contrairement à ceux qui prennent comme cheval de bataille, soi-disant que la loi a été violée, je pense que ce n'est pas la première fois qu'une loi soit violée en Guinée. Il y a eu assez de textes de lois qui ont été violés au profit du consensus, mais rien ne vaut plus que le consensus dans un État qui recherche la paix. Ce qui fait qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'enjeux parce que les élections locales, c'est la cartographie de chaque parti politique agréé. Tout parti politique qui a son agrément, qui ne peut pas participer à ces élections locales, les mairies et autres, ce n'est plus un parti politique. Moi à la place du ministre de l'Intérieur, je lui retire l'agrément. Parce que les élections locales permettent à chaque parti politique de prouver son étendue sur le territoire national, permet de prouver l'adhésion qu'il a au niveau des populations et permet de prouver qu'il est à la recherche de pouvoir prouver sa raison d'être, parce que la raison d'être d'un parti politique, ce n'est pas d'accompagner un parti politique ; c'est de conquérir le pouvoir par les moyens légaux, alors l'accord moi je dis que c'est une bonne chose, quelle que soit la façon dont les gens seront nommés. Qu'est ce qui est fondamental dans tous ces processus, c'est parce qu'il y a crise de confiance. Tout le monde a suivi les comportements des chefs de quartiers, des urnes qu'on casse dans les maisons pour les bourrer après, des agissements. Certains membres de démembrements de la CENI au niveau des circonscriptions locales, on a assisté à tout ça en république de Guinée. Ce qui fait qu'aujourd'hui il y a une crise de confiance notoire en matière de justice électorale, en matière de respect de textes. Donc les accords permettront pour un premier pas d'aller à des élections moins tripatouillées.
Il y a parallèlement à ça, le fait que cet accord là pour qu'il puisse être appliqué, il doit passer devant l'Assemblée Nationale qui doit légiférer, si l'accord passe tant mieux, si l'accord ne passe pas, alors la CENI a le devoir et l'obligation d'organiser les élections locales et communautaires selon le programme qui a été établi. Parce qu'on ne peut pas comprendre qu'une CENI dise qu'on ne peut pas organiser les élections des mairies et organiser les élections des quartiers. Elle dit que c'est par manque de moyens… Ce n'est un manque de moyens, la CENI depuis qu'elle a été mise en place, elle parle des moyens mais n'empêche, elle a été la source de tous les problèmes politiques que nous avons connus. Parce que la CENI n'a jamais pu être neutre dans le jeu politique. Cette discussion je le dis parce que j'ai été membre du comité de suivi et évaluation du processus électoral au sein du CNT, c'est pour ça que dans ma commission, on avait proposé une loi. Une CENI technique. Nous avons été combattus par la plupart des partis politiques dont celui qui est pouvoir aujourd'hui, nous avons proposé la loi. Le présidium du CNT n'a même pas osé mettre la loi en discussion, donc nous avons un travail que nous avons gardé avec nous-mêmes. C'est dommage, aujourd'hui des voix s'élèvent pour une CENI technique bon voilà, c'est comme si j'étais absent au moment où on cherchait à faire valoir la CENI technique. On est en perpétuel recommencement dans ce sens-là. Ce sont les accords de Ouaga qui n'ont pas été entérinés par une assemblée nationale qui sont basés sur une justice sociale qui a permis à la Guinée de retrouver son équilibre démocratique et républicaine, le retour des institutions et tout ce qui s'en suit, c'est un accord donc les accords ne sont pas mauvais en soit, c'est dans leur mise en œuvre où il peut avoir des problèmes, et ça c'est le rôle de chaque Guinéen de surveiller dans cette mise en œuvre là pour qu'elle puisse se faire correctement. Quand la population sait d'office celui qui est proposé par tel parti politique, il n'a ni la compétence de gérer, il n'a pas la probité morale pour le quartier, la population doit avoir le droit de refuser sa nomination, le parti n'a qu'à choisir une autre personne.
Est-ce qu'on se comprend, ça c'est une façon de limiter le dégât, parce qu'il ne s'agit pas de mettre un chef de quartier pour qu'il prenne 5 urnes et mettre dans son salon, fermer le salon au moment où les gens sont au vote là-bas et venir bourrer ça non ! Ça ne marchera pas aujourd'hui, il faut éviter ce genre de comportement parce que le peuple est très vigilant, le peuple est très remonté. Écoutez-moi c'est la première fois que je vois des gens se lever et lancer même une pétition parce que telle loi et telle loi a été violée, comme si tout le monde était absent de la Guinée avec tout ce qui s'est passé. Je parle notamment de la société civile, je parle notamment à certains qui poussent certains membres de la société civile ou des organisations à réagir négativement dans ce sens-là ça ne sert à rien. Moi je pense qu'il faut qu'on en finisse avec cette sédentarisation de certains chefs de quartiers au gré du régime qui est en place, il faut que les gens sachent qu'ils sont nommés ou élus pour gérer et qu'ils doivent rendre compte. Je vous dis hein, je suis allé prendre un certificat de résidence, le certificat de résidence qui coûtait 5 mille francs, il est passé à 10 mille francs. Je demande des explications, on me dit non c'est le gouverneur qui a décidé, et voilà monsieur le gouverneur va rester dans son bureau pour décider de la poche des citoyens. Voilà des problèmes qui méritent d'être analysés, qui méritent d'être discutés et que ça soit seulement, seulement ceux qui sont chargés d'imposer des taxes, imposent des taxes même si le gouvernorat doit récupérer des taxes, mais il ne faudrait pas que ce soit de la volonté du gouverneur d'augmenter les taxes ou de baisser les taxes. Il y a un service qui est spécialisé pour ça. De façon générale restons derrière ces accords, moi j'encourage tout le monde à y aller et de rester vigilants, même si les choses se font dans les règles de l'art. Même s'il fallait une élection, si le peuple n'est pas vigilant, ce serait le même scénario.
Entretien réalisé par Alpha Amadou Diallo
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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