Richard Tamone Dimanche, 13 Novembre 2016 11:51
El Hadj Thierno Ousmane Ly, est un consultant dans le domaine du partenariat public-privé. Avec lui, notre reporter a tenté de cerner les contours liés à la problématique de la construction et l'entretien des infrastructures routières en Guinée. Entretien.
L'indépendant : quel est votre regard sur l'état des infrastructures routières de la Guinée ?
Elhadj Thierno Ousmane Ly : à mon avis la gestion de ce pays et la gestion des contraintes qu'il y a actuellement relèvent de tout ce qui est en train de se passer au point de vue économique et social. Le premier aspect important c'est de savoir quelle gestion, nous en faisons. Quelles sont les responsabilités des uns, que ça soit le pouvoir public ou le pouvoir privé, mais également la population dans le cadre de son civisme. Si vous regardez bien les routes qui sont les moyens de communication, elles sont exactement à l'instar de toutes les infrastructures réalisées dans ce pays. C'est cette mauvaise gestion de tous les acteurs qui fait qu'aujourd'hui, on est dans une situation défectueuse. Nous sommes en train de vivre d'une insuffisance de fonds, ça c'est de façon générale. Le pays ne mobilise pas suffisamment de fonds. La deuxième chose, c'est que la bonne gestion qui devait entourer ces fonds, n'est pas bien faite. Ça c'est un peu l'aspect public de la chose. Mais l'aspect privé de la chose, c'est que ceux qui obtiennent des contrats, ils ont souvent l'obligation de rétrocéder une bonne partie de leurs des fonds à ceux qui les ont aidés à obtenir leurs contrats. C'est l'une des choses qui fait que les travaux ne sont pas exécutés plus souvent de façon orthodoxe. Il faut retenir que selon certaines sources et c'est approuvé, les routes coûtent quatre fois plus chères en Guinée que dans bon nombre de pays de la sous-région. Même d'autres projets, c'est à peu près comme ça. Est-ce que, c'est le fait de la corruption ou de la mauvaise appréciation budgétaire. Chercher la cause de cela, on va repartir un tas de critiques qui ne servent en rien.
On pourrait dire que ce sont tous ces facteurs-là qui amènent les entreprises à procéder au colmatage des routes durant toute l'année ?
Il faut comprendre que le fait de colmater chaque année les routes est lié à 2 faits très importants. On a parlé de l'insuffisance des fonds, et cette situation ne permet pas de faire des travaux structurels. Ils sont obligés de faire des travaux conjoncturels par rapport à ce qu'ils ont. Et le plus souvent ces fonds qu'ils ont aussi ne sont pas correctement bien gérés. Une route qu'on reprend plusieurs fois au cours de la même année, cela n'est pas normal.
Et le plus souvent c'est le même endroit en un temps réduit ?
Oui même endroit. Un exemple prenez le Rond-point de Bambébo ou le petit passage qui est ici en entrant en ville. Tout le temps il faut les réparer et pourquoi ? Ça veut dire que ça n'a pas été fait correctement. C'est là où, la responsabilité des pouvoirs privés aussi est un peu limité. Ce que les gens oublient souvent, si on vous donne à vous un travail parce que vous êtes dans un secteur d'activité, si vous ne faites pas bien le travail, vous affectez tous ceux qui sont dans le secteur. Parce que vous sapez la crédibilité de tous vos collègues du secteur.
L'autre fait dont les entreprises ne tiennent pas souvent compte, c'est le fait de construire des routes sans canaux d'évacuation des eaux ?
C'est ce que je dis : l'environnement, les routes n'ont pas été faites correctement. Ça part aussi du fait que cet environnement-là, s'il était prévu dans la gestion dès le départ, c'est-à-dire qu'il n'a pas pris en compte dans la réalisation des travaux. Si l'argent n'est pas acheminé correctement par celui qui le reçoit, l'entreprise ne fera pas correctement le travail. Donc il faudrait qu'on s'habitue effectivement à avoir une gestion très structurée. C'est-à-dire que si on a les moyens de faire quelque chose, qu'on le fasse. Mais il ne faudrait pas qu'on colmate.
Justement, comment prenez-vous les propos du directeur général du Fonds d'entretien routier qui estime que le montant que la Guinée alloue pour entretenir ses routes est minime par rapport à certains pays de la sous-région ?
Le responsable du Fonds d'entretien routier doit d'abord faire la part des choses. C'est-à-dire chercher à comprendre quelle est la part du budget national que ces autres pays de la sous-région réservent pour entretenir ses routes. Ce n'est pas évident de dire que les fonds soient insuffisants. Ce ne pas ça le problème, il est en train de s'attaquer à ceux qui donnent des fonds.
Il estime aussi que dans ces pays les redevances prélevées au niveau des TVA et pesages reviennent souvent à la direction de l'entretien routier ?
En fait est-ce que c'est à lui la mission de voir quelle est la gestion budgétaire de l'État et quelles sont les conditions dans lesquelles on donne l'argent. Si on lui demandait aujourd'hui de justifier les fonds dépensés et les travaux réalisés. Il pourrait dire qu'il a reçu tel montant pour faire tel travail. Alors que la qualité de travail qu'il avait à faire est de tel autre montant. Parce que les moyens étaient insuffisants et donc il n'a pas pu faire tel travail. Mais si vous rentrez dans ces détails-là, vous ne parlerez plus avec lui, il ne vous écoutera pas. Parce que vous êtes rentré dans les problèmes fondamentaux qu'il rencontre.
Récemment les députés ont voté une loi devant protéger les infrastructures routières et ladite loi va également servir à créer des postes de péage le long de certains axes routiers. Votre avis là-dessus ?
C'est un peu dans le cadre de la gestion des relations du partenariat public privé. Quand vous n'avez pas les moyens de faire une route, vous pouvez autoriser aux privés à la faire et à mettre en place le péage. Maintenant, il faut savoir que la loi ne permet pas de mettre une route en poste de péage, si c'est la seule route. Il faudrait que l'État ait une deuxième route et que le citoyen ait le choix pour prendre cette route de péage afin qu'il circule facilement. Mais que cela ne soit pas une contrainte pour lui. Par exemple si tu veux prendre cette route, c'est l'unique route qui existe et tu dois la payer, non.
Pour finir, en tant qu'analyste bien avisé du partenariat public-privé, que doit faire l'État afin de sortir de ce cercle vicieux, portant sur le perpétuel colmatage des voies routières ?
D'abord l'État doit identifier parfaitement les contraintes qui s'imposent. C'est-à-dire que si l'administration qui est le gestionnaire n'arrive pas à gérer correctement, alors il ne pourra pas transformer les contraintes-là en opportunités. Il y a beaucoup de routes à faire, ça c'est une opportunité majeure. Et quelle condition on a aujourd'hui pour financer ces routes. Nous avons un appui correct des partenaires au développement, ça c'est clair. Ce n'est pas parce que les institutions sont incapables de nous financer. Mais on n'a pas une capacité d'absorption.
Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'on ne présente pas des dossiers pour avoir des financements appropriés. Maintenant si on dit qu'on veut absorber ces ressources-là, c'est qu'on va réaliser les infrastructures par les privés et après vous allez faire des financements nécessaires pour ces projets. Et ces projets vont être bien faits, parce que ce sont des infrastructures en ce moment effectuées qu'on finance. Les gens doivent avoir le souci de faire une très bonne qualité de prestation. Si tel est le cas, ils vont être obligés de solliciter les moyens les plus importants pour que la qualité soit effectuée. Il faut aussi dire que si tu fais semblant de payer, il va faire semblant de travailler. Autre chose que je déplore souvent, c'est l'impunité. Donnez-moi un seul cas puni, parce que le travail a été mal fait, on ne punit pas. Et l'autre aspect que je voudrais souligner, c'est que si vous prenez quelqu'un vous le nommé parce que c'est votre connaissance, l'intéressé ne travaillera pas comme il faut. C'est-à-dire qu'il ne prendra pas en compte l'obligation qu'il a à remplir correctement ses prestations.
Propos recueillis par Richard Tamone
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
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