Je pense qu'à la limite, les quartiers et districts doivent être supprimés en Guinée

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jean-alfred mathosL'Accord politique inter guinéen du 12 Octobre 2016 continue d'alimenter les débats dans divers milieux de la vie nationale. Pour sa part, Jean Alfred Mathos, président de l'Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), l'heure de supprimer les quartiers et districts du pays a sonné. Lisez plutôt cet entretien qui aborde largement la question relative à l'accord inter guinéen.


L'Indépendant : comment compter relancer votre parti, l'UPG, après le décès de son fondateur Jean-Marie Doré ?

Me Jean Alfred Mathos : écoutez, pour dire simple, je suis arrivé à la tête de l'UPG à la faveur du congrès des 23 et 24 Septembre dernier. Et nous avons renouvelé les structures dirigeantes du parti. À cette occasion, le choix des hommes et des femmes pour diriger les instances de l'UPG montre à suffisance que le testament de notre regretté leader Jean-Marie Doré sera bonifié. Par conséquent nous allons continuer à travailler sur le terrain, notamment dans nos propres fiefs pour évaluer notre chance par rapport aux échéances électorales prochaines dans notre pays. Ensuite, moi-même et les membres du bureau politique du parti allons sillonner l'intérieur du pays pour conforter les militants et sympathisants de l'UPG dans leur loyauté et leur fidélité. Nous essayons de faire bouger les lignes et surtout de briser les codes de fatalisme et de l'ethno-stratégie. Et aussi, nous essayons de bien gérer les jeunes et les femmes que nous considérons comme un centre d'intérêt primordial pour l'avenir de la Guinée. Donc, c'est un pari de l'avenir que nous faisons et par conséquent j'espère avec mon équipe et tous les partis qui vont épouser notre cause, que nous avons de l'espoir à apporter à nos compatriotes le bien et le mieux-être.


Le 12 Octobre dernier les acteurs de la mouvance présidentielle et ceux de l'opposition ont signé un Accord politique engageant toute la nation guinéenne. Certes l'UPG n'a pas pris part au dialogue ni à a signature. Cependant, le parti a sa position. N'est-ce pas Monsieur le président ?

Je salue d'abord parce que des glaces se sont ainsi brisées. Le débat a quitté la rue et les partis se sont retrouvés pour parler et s'entendre sur un certain nombre de points essentiels engageant la vie de la nation. Nous n'avons pas pris part mais nous restons solidaires de notre partenaire l'UFR. Toutefois cet Accord comporte des insuffisances que nous dénonçons. De même, il y a eu par le passé des Accords signés qui n'ont pas été respectés. Pour celui-ci et d'autres à venir, il faudrait mettre en place des mécanismes et des systèmes d'évaluation des engagements pris de part et d'autre. Donc je pense qu'au-delà du fond du débat, il est important que le Guinéen sache que ce dialogue est un fait mais qu'il faudrait aussi passer devant l'hémicycle et la Cour constitutionnelle. Parce que c'est une évolution. Nous sommes une jeune démocratie, il ne faudrait pas que le Guinéen soit impatient à vouloir tout gagner tout de suite.

Aujourd'hui, le point d'achoppement du présent Accord, c'est bien autour de l'élection ou non au niveau des quartiers et districts du pays. Les quartiers en Guinée sont l'émanation d'un passé que nous connaissons tous et qu'ailleurs comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire où les quartiers et districts n'existent pas, donc il faudrait plutôt renforcer la décentralisation au niveau des communes urbaines et rurales. Je pense qu'à la limite les quartiers et districts doivent être supprimés en Guinée parce qu'ils constituent juste des besoins électoraux. Vous me direz qu'il y a un besoin de développement de proximité, et là je vous dirai tout de suite non. Peut-être que l'on peut garder les quartiers pour une visibilité communautaire pour des sociales mais sinon ils n'apportent rien et termes de développement de proximité. En tout état de cause, il faudrait faire des réflexions en toute objectivité pour voir à quoi servent les quartiers. Mais si c'est juste déplacer le problème, alors il ne sert à rien de le déplacer. Car les mêmes causes amenant les mêmes effets, nous allons encore avoir des batailles à ne pas en finir dans nos quartiers et districts à travers tout le pays. Au cas où un parti politique choisirait quelqu'un qui n'est pas celui de la volonté des habitants d'une circonscription donnée, il pourrait y avoir des incivilités.


L'application des Accords obtenus et signés en Guinée fait souvent défaut chez nous. Cette fois-ci, est-ce qu'il y a de l'espoir que les différents acteurs concernés iront à bout dans le respect de leurs engagements respectifs ?

L'initiative est venue du président de la république de Guinée en tendant la main à Cellou Dalein Diallo, chef de file de l'opposition. Cela est déjà un pas en avant qu'il faut saluer. Il faut que les partis politiques apprennent à se parler, à créer des passerelles et même participer à des gouvernements de la république, comme cela se passe dans d'autres pays ailleurs. En effet, l'unification de notre patrie commune est en jeu. Ainsi, quand des engagements sont pris, il faudrait qu'on puisse les évaluer et aussi et surtout les respecter. Mais, on ne peut pas être juge et parti. Pour faire respecter les engagements pris, il faudrait donner des critères d'évaluation et de contrôle des dits Accords. Je dis, je fais foi aux acteurs politiques guinéens signataires du l'Accord inter guinéen. Bien sûr que tout n'est pas parfait dans ce document mais il faut aller de l'avant. Il faudrait que le Guinéen apprenne dans la culture de la démocratie que nous sommes en train de construire. La démocratie ne se décrète pas, on l'apprend et on la vit. Je pense que pour l'avenir de la Guinée l'espoir est permis.


Du 1er au 7 Novembre la Guinée aura célébré sa première semaine nationale sur la citoyenneté et la paix. Qu'est-ce qu'un parti politique comme le vôtre a demandé de plus par rapport à cette organisation ?

Tout parti politique, dans son discours, doit avoir la trame de la citoyenneté car nos partis n'ont pas de raison d'être. D'abord il y a la citoyenneté et puis la citoyenneté équivaut à un État, à une Nation. Donc je pense qu'il faut pérenniser cette semaine en l'organisant chaque année. Ainsi dit, je salue l'initiative du ministre Gassama Diaby que je connais bien. En effet j'estime que cette initiative a pris corps parce que les médias, y compris vous, sont impliqués comme les écoles et les universités où il y a eu des conférences débats par exemple. C'est important que le Guinéen connaisse son pays, son État comme il est prévu dans la constitution. Le droit citoyen est inébranlable et qu'il faudrait respecter. Et moi, en tant que juriste, je salue l'idée et en tant que leader politique, j'estime que le citoyen guinéen doit s'accomplir.


Interview réalisée par Emmanuel Toumany

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu


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