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Accord politique, RPG/AEC, Dalein : le coup de gueule d'Ahmed Sékou Traoré

Amadou Sadjo Diallo  Jeudi, 20 Octobre 2016 21:41

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Ahmed Sékou Traoré ancien membre du RPG/AEC, est foncièrement opposé à l'accord signé récemment par les parties prenantes au dialogue inter guinéen, comme il le fait savoir dans cette interview accordée à notre reporter. Pour contrecarrer le dit accord, il a initié un Front citoyen, qui va travailler à mobiliser les citoyens contre les grands partis accusés de rouler pour des intérêts « égoïstes ».


L'Indépendant : l'actualité en Guinée reste dominée par l'accord paraphé récemment par les acteurs politiques. Vous avez sans doute suivi ce dialogue, alors quelle est votre réaction suite à cette signature ?

Ahmed Sékou Traoré : très sincèrement ma déception, j'ai constaté que El Hadj Cellou Dalein Diallo a bien accepté de tomber dans le piège du professeur Alpha. Mais je ne qualifierais pas de piège, certainement ce sont des bons accords internes avant d'être externes et qu'il a certainement ses atouts dans cet accord. Mais cet accord est le seul accord qui fait l'unanimité des désaccords, et ça sera prouvé par tous les moyens. Nous ne pouvons pas comprendre que le droit citoyen soit sapé à même le sol, cela est inadmissible. Vous constaterez qu'aujourd'hui la politique est dans la rue. Amener la politique dans les familles aujourd'hui, c'est un dégât. Lorsque les conseils de quartiers, de districts qui doivent être élus de façon participative, la démocratie citoyenne à la base est sapée pour donner libre cours au choix malicieux qu'on appelle aujourd'hui une démocratie indirecte. Déjà une démocratie indirecte, c'est violer la constitution. Puisque la constitution est claire la dessus, le vote est direct. Donc quand vous touchez ça, vous violez la constitution. J'ai l'impression que Cellou Dalein est en train simplement d'amener Alpha à effectivement toucher la constitution pour qu'il ressente la colère populaire, la plus grave qu'il n'aurait jamais connue. Parce que tant que c'est l'UFDG qui sortira, on dira que c'est UFDG qui est sortie, et il a la possibilité de stigmatiser ce monde qui sort dans la rue. Mais quand ça sera tout le peuple fâché, déchaîné d'avoir touché sa constitution, là il aurait réussi sa mission. Et j'en suis sûr que nous sommes en train de venir à ça. Donc il n'est pas question de nommer parallèlement un chef de quartier à travers un suffrage indirect. Ce n'est pas dit par la loi organique, ce n'est pas autorisé par la constitution, et nous refuserons. Ce facteur est très important. Lorsque les chefs de quartiers aujourd'hui qui d'ailleurs même ne sont même pas beaucoup plus identifiés de façon politique, ils sont beaucoup aujourd'hui très administratifs, si on peut le considérer ainsi, alors que ces chefs de quartiers soient divisés entre deux grands partis politiques, donc l'investissement humain va se clore, va mourir. Parce que par exemple quand tu n'es pas de l'autre camp, l'autre dit venons nettoyer le quartier, tu vas dire je refuse. Quand il t'impose une redevance, tu vas refuser de payer, parce que tu es de tel parti. Quand on va choisir les gens sous l'ordre politique qui deviendra l'administration à la base, ça sera sapé à même le sol. Aujourd'hui même d'ailleurs l'administration n'existe même pas dans les localités, les administrateurs se contentent de bouffer le peu qu'ils ont, ils ne gèrent pas avec autorité. Donc le reste qui est là, nous ne mettrons pas ça à terre nous refusons, ça c'est le premier aspect. Le deuxième aspect, il y a ce qu'on appelle l'indemnisation, mais attend, on se moque de qui là. Prenez 2010 le fait simplement que d'autres ont prêté leur véhicule au nom du président Alpha Condé à Timbi Madina, ils ont brûlé leur véhicule. Mamou, Pita, Dalaba j'ai été les recenser, des dégâts énormes ont été causés à Kankan, Kouroussa, Siguiri, même à Conakry ici Enta, Kissosso, à Ratoma, Taouyah, le marché Madina, Bambeto, Cosa on a détruit les biens des gens à cause de lui. Combien de personnes ont perdu leurs maisons à cause de lui. Ils disent qu'on ne peut indemniser que de façon restreinte pour 2013 et oublier les autres. Dans ce cas, que le président nous dise, si c'est un État qui est à la soumission des partis politiques ou bien c'est un État qui est à l'obéissance de la volonté du peuple. Cet accord il faut se dire c'est voué à l'échec. Nous y travaillerons pour que ça ne soit pas appliqué. De l'autre côté, Cellou Dalein a dit que la signature devait se faire à la présidence de la République, mais ça s'est fait à la primature. Après on nous dit on s'attend à un gouvernement de large ouverture... Ils vont nous dire que l'accord a été signé par le chef du gouvernement. Où ils vont avoir les moyens pour rembourser les gens de 2013. On n'a pas pu fêter notre 58ème anniversaire parce qu'on manque d'argent, on n'a pas fini encore les chantiers que nous avons commencés à l'intérieur du pays parce qu'on manque d'argent. Alors quel argent on va avoir pour distribuer aux gens, qu'on arrête quand même de distraire le peuple. Qu'on nous prenne au sérieux.


Vous dites que le chef de file de l'opposition est en train de pousser le président Alpha Condé à la modification de la constitution. Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

Mais il dit qu'il a confiance en lui, il a toujours respecté sa parole, et il faut se dire que quiconque aujourd'hui s'opposera à l'application de cet accord est un ennemi de la Guinée. Mais quand même on ne va pas dire que tout le temps qu'El Hadj Cellou était à la rue en train d'empêcher l'administration de travailler, on ne pouvait pas imaginer donc ce qu'il faisait était une animosité contre le peuple. Il nous a dit que c'était une manière de faire respecter le processus démocratique. Mais aujourd'hui il devient anti démocratique. Alors on ne peut pas comprendre qu'il soit matinalement le contraire de lui-même. Hadja André me disait que le président Sékou Touré disait toujours que lorsque tu vois ton adversaire pour ne pas dire ton ennemi te flatter, il a vu où tu dois chuter, donc il a vu ton point de chute. Qu'Alpha fasse attention, parce que là, qu'il évite une révolte populaire, il doit faire tout possible et là il est le seul maître à pouvoir l'éviter. Mais s'il touche à la vitesse qu'ils sont en train de berner les deux pour aller, cette direction là c'est la mauvaise direction.


Qu'est-ce vous, vous avez entrepris pour contrecarrer cette modification ?

Les démarches sont très légales. On va faire des écrits aux institutions nationales. On va prendre à témoin les institutions internationales qui sont dans notre pays, qui d'ailleurs même ont participé comme observateurs à l'établissement de l'accord et qui sont à notre écoute. Nous allons faire peut être des sit-in. Nous allons faire la signature des pétitions. En tout cas de façon très sobre, très réaliste et légaliste à les amener à comprendre qu'il n'est pas question d'admettre quelque violence que ce soit dans la rue, parce que nous voulons la paix. Mais nous ne voulons pas une paix cicatrisée. Nous avons une jeunesse qui s'est beaucoup battue depuis 2000. Aujourd'hui on est séquestré par la volonté de certains individus.


Récemment vous avez claqué la porte du RPG Arc-en-ciel. Quelles en sont les raisons ?

En vérité, le président d'honneur du parti qui est le président de la République, fait des injonctions au sein du parti qui ne sont pas admissibles. Le parti ne peut pas prendre une responsabilité en main pour se défendre. Une des preuves est là, comment les gens qui ont subi des coups, des injures, des humiliations juste à cause du nom du président Alpha Condé, on refuse de les reconnaître dans l'indemnisation pour choisir juste ce que demande l'opposition de l'UFDG à la tête. C'est pour dire qu'au sein du parti, il n'y a personne qui est capable de défendre le parti. Et nous, nous ne pouvons pas rester là-bas, où il y a la ségrégation, le négativisme continuel, je ne peux pas admettre cela. Et le président doit cesser de continuer à aller au siège, on l'a dit à plusieurs reprises, de faire des injonctions, ce n'est pas acceptable. Et puis on ne reconnaît pas des efforts menés par ces pauvres hommes, ces jeunes, par nos pauvres parents qui sont décédés au sein du parti. Beaucoup sont morts, beaucoup ont souffert, ont fait beaucoup de sacrifices, mais au moins qu'il y ait le bon verbe à leur reconnaître, à les apprécier, cela n'est pas fait je ne peux pas l'admettre.


Quels sont vos projets maintenant, après avoir quitté le RPG Arc-en-ciel ?

Comme je l'ai dit dans ma déclaration, je continuerai à défendre les actes nobles du peuple en toute circonstance, en tout temps et en tout lieu.


Allez-vous rejoindre ou créer un parti ?

Pour le moment je suis le coordonnateur du Front Citoyen jusqu'à ce que cet accord soit démantelé. Nous allons le démanteler. Si c'est ce qui fait de nous des ennemis de la Guinée, je dis merci à El Hadj Cellou, nous serons ennemis de la Guinée, mais cet accord sera démantelé.


Que pensez-vous de la rumeur sur une éventuelle fermeture des écoles franco-arabes par les autorités ?

Ils veulent saper l'islam. Ils ne font qu'ouvrir des fronts. C'est une humiliation totale. On nous fait des injonctions totales aujourd'hui. C'est un président parce qu'il va nous prêter de l'argent, des bus ou un avion placardé avec le drapeau guinéen, on ne sait pas pour quelle raison, il s'infiltre dans notre décision administrative. On dit qu'on n'a pas d'argent pour payer les écoles. Le français n'est pas notre langue, mais on n'a qu'à fermer aussi. On n'a qu'à parler nos langues nationales. Qu'on arrête, qu'on nous prenne au sérieux. On laisse à l'imam Saliou, qui aime chaque fois à flatter Alpha. Il n'a qu'à parler, c'est le moment pour lui de parler. S'il ne parle pas il va retrouver la population musulmane en face de lui. Le pays est laïc. Nous avons toutes les religions, mais l'islam est majoritaire.

Aujourd'hui la façon de vivre des Guinéens, tu sens que la religion manque. Le Guinéen est perdu. Le Guinéen prie Dieu, mais ne connaît pas Dieu. Parce que connaître Dieu, accepter et se soumettre à ses principes, c'est pardonner, s'accepter. La religion doit pouvoir parfaire le cœur. L'islam veut dire la soumission à Allah. Si tu te soumets, tu as un cœur qui doit être très sobre qui accepte les autres, qui pardonne, qui réfléchit bien. Vous savez le bilingue, quand tu entends deux langues ça forge l'esprit, ça prépare l'esprit, et on laisse tout ça pour dire qu'on va fermer les écoles et universités arabes. Si El Hadj Saliou et nos imams restent assis et ne répondent pas à ça, ils n'empêchent pas cela, ils répondront devant l'histoire.


Aujourd'hui quelle lecture faites-vous de la situation économique du pays ?

Mais c'est la galère. On voit dans les journaux tous les jours des millions et millions qui sortent. On a parlé ici de séminaires ministériels. On sait combien de millions sont sortis. On dit qu'on va pour organiser des séminaires et des conférences pour voir comment le pays va être capable de faire une mobilisation de ressources internes. Mais vous allez déjà avec une ressource qui est même plus élevés par rapport aux ressources que vous allez mobiliser. A quoi ça sert. Il n'y a qu'une véritable gabegie financière qui ne dit pas son nom. Aucune sanction. On le dit tous les jours on va sanctionner les gens, les résultats sortent. L'Union Européenne sur qui on a compté, sort un rapport sur des projets où il y a énormément de détournements. L'Assemblée Nationale qui est chargée de faire le contrôle de l'action du gouvernement n'en dit rien. A qui on va s'en prendre, on s'en tiendra à quoi aujourd'hui, on ne sait plus.


Entretien réalisé par Amadou Sadjo Diallo

L’Indépendant, partenaire de GuineeActu


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