Amadou Sadjo Diallo Mardi, 04 Octobre 2016 20:55
L'Association des Victimes, Parents et Amis du 28 septembre 2009 (AVIPA) a commémoré le mercredi dernier, le 7ème anniversaire du massacre du 28 Septembre 2009. À cette occasion, les victimes de ces tueries ont déploré le retard mis dans l'ouverture du procès, dont le président de la République pour eux, serait le principal responsable.
Le 28 Septembre 2009, plus de 150 Guinéens venus protester contre la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte militaire à l'élection présidentielle seront tués dans le stade du 28 Septembre de Conakry. Victimes, parents, amis et représentants des corps diplomatiques étaient au rendez-vous le mercredi dernier, au siège de l'AVIPA pour commémorer cette date.
Mme Oumou Barry, victime âgée de 60 ans revient sur sa mésaventure. « Le 28 Septembre 2009, 7 heures m'a trouvé dans l'enceinte du stade. De 7h jusqu'aux environs de 18h45, moi j'étais dans l'enceinte du stade du 28 Septembre. J'ai été terrassée, molestée, violentée de la part d'un jeune béret rouge. Mon dos a été fendu par la crosse du fusil, mon pied a été cassé, mon bras aussi. On m'a demandé « manche courte ou manche longue », on m'a demandé si on peut couper mes bras. Je leur ai dit que je suis vieille, laissez-moi. Et le jeune m'a terrassé en me giflant. Entre temps son ami est venu l'enlever sur moi. Son ami lui a dit, on ne tape pas les vieilles. Le jeune en question, il était énervé parce qu'il n'a pas pu faire ce qu'il voulait de moi. Il a répondu carrément que ce sont les vieilles femmes qui sont en train de gâter la Guinée. En ce moment j'ai pleuré. J'ai dit, que c'est Dieu qui m'a amenée ici, je m'en remets à ce Dieu la encore. C'est la croix rouge qui m'a fait sortir. Je ne peux pas oublier ce jour », a-t-elle témoigné.
Avant d'ajouter que depuis cette journée noire, elle serait victime de traumatisme. « Aujourd'hui je ne peux pas soulever mon bras. Je marche difficilement. Et des fois, quand je pense comment on m'a molestée, terrassée, en dormant je sursaute. Je n'arrive pas à oublier. Parce que tu imagines, un jeune de l'âge de ton dernier fils qui te moleste, te fait tout, c'est difficile à digérer. J'étais secrétaire, mais je ne peux plus travailler à cause de mon bras », a regretté Mme Oumou Barry. Le procès tarde toujours à se tenir. Le ministre de la Justice avait pourtant promis sans préciser de date, que l'ouverture du dossier allait se faire avant fin 2016. Pour la présidente de l'AVIPA, Cheick Sako a peut-être de bonnes intentions, mais seul le président de la République pouvait faire avancer le dossier, selon elle.
« J'ai toujours le cœur serré du fait qu'on continue à faire des commémorations du massacre du 28 Septembre. On aurait voulu qu'en 2016, on ouvre le procès pour que tous les Guinéens soient vraiment satisfaits. Je ne voudrais pas qu'on continue à faire des commémorations ou des conférences de presse, non, il faut qu'on ait la vérité sur ce qui s'est passé au stade. Il faut arrêter les violences, il faudrait que l'État accepte, que notre justice soit une justice responsable, une justice claire, transparente. Parce que si on a une justice, et si on arrive à juger ce dossier, aussi vous allez voir que la Guinée va sortir la tête de l'eau. C'est une eau trouble. Donc il faudrait qu'on arrive à sortir de cela. Mais moi je dirai que c'est le chef de l'État qui ne donne pas encore l'autorisation. S'il le veut aujourd'hui, ça sera fait », a indiqué Asmaou Diallo. Présent à cette cérémonie, le député uninominal de Dinguiraye et président de l'association des victimes du camp Boiro, Dr Fodé Maréga a fustigé pour sa part le manque de justice dans ce pays. « Si on avait réussi à régler le problème du camp Boiro, peut-être qu'on n'aurait pas eu le 28 Septembre. Parce que, c'est l'impunité totale dans cette Guinée. Depuis des années, nous avons une violence d'État face à ces citoyens, une violence récurrente. Et cette violence avec une impunité totale, entraîne tous les ans des camps Boiro », a-t-il déploré.
Aujourd'hui certaines personnes inculpées dans ce dossier du 28 Septembre occupent de hautes fonctions dans l'entourage du président. Ce que déplore bon nombre de Guinéens. Pour qui, l'ouverture de ce procès ne sera pas pour demain.
Amadou Sadjo Diallo
Le Démocrate, partenaire de GuineeActu
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