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Les postes de gendarmerie, des tribunaux bis
Walaoulou Bilivogui Samedi, 27 Août 2016 14:16
« Papa Bilivogui, papa Bilivogui, viens vite à la gendarmerie de Bambéto, tes neveux Georges et Gobou viennent d'être enfermés, viens vite ». Je reçois l'appel téléphonique d'une voisine de concession samedi 30 Juillet 2016 vers 22h, je me précipite sur les lieux.
La voisine qui m'a appelé me reçoit et me relate brièvement ce qui s'est passé. Ma nièce Gobou aurait reçu dans son bar sis au marché de Kaporo-rails son fiancé André avec qui elle vit en séparation de corps, le gars aurait tenté de récupérer de force sa fillette de 2 ans, une dispute s'en serait suivie au cours de laquelle Gobou aurait reçu des coups ; elle aurait alors appelé au secours Georges son jeune frère, celui-ci aurait croisé dans la rue le fiancé, les deux se seraient pris au collet et roulés par terre. Georges, plus petit et plus faible, se serait défendu à l'aide d'un projectile et André a écopé d'une blessure à la figure.
Gobou porte son enfant au dos, elle partage le même violon avec 4 jeunes gens dont Georges qui a les mains menottées au dos. Le condamnant et ses adjoints étant déjà rentrés, je tente de négocier une liberté provisoire avec l'agent de garde, peine perdue, je réussis juste à récupérer l'enfant. Je reviens le lendemain perdre toute la journée à attendre le commandant de poste qui ne vient pas. L'époux de la sœur aînée d'André m'informe qu'il a passé la nuit à Donka où son beau-frère aurait été admis au bloc opératoire pour une intervention d'urgence. Il ajoute : « André a la tête enflée, il ne parle pas, il est entre la vie et la mort ». Je lui demande de m'accompagner voir le blessé, ce dernier se trouve sur un lit d'hospitalisation département ORL à l'intérieur du camp Camayenne qui héberge présentement tous les malades du CHU Donka.
Le malade, me voyant entrer dans sa salle, se lève et s'assied, je lui tends la main, lui souhaite prompt rétablissement. Je constate que son état n'est pas aussi alarment qu'on me l'a décrit. Nous restons quelques minutes puis nous nous retirons.
La famille d'André, la mienne et moi-même nous nous retrouvons à la gendarmerie lundi matin pour débattre du problème avec les assistants du commandant du poste qui lui-même se tient à l'écart dans son bureau. L'officier de police judiciaire avance qu'aucune discussion n'est possible tant que le blessé n'a pas retrouvé sa santé et que par conséquent Gobou et son frère resteront au violon. Un agent voudrait savoir si nous sommes tous parents, la sœur aînée et le jeune frère d'André protestent vigoureusement pour écarter tout lien de parenté, pour eux c'est une affaire criminelle et c'est la loi seule qui doit prévaloir.
Je repars le jour suivant voir André, je suis accompagné par 2 sages représentant respectivement les villages du malade et de mes neveux, un parent médecin de Donka est du groupe. Mes compagnons prennent la parole à tour de rôle pour amener André et les siens à retirer l'affaire de la gendarmerie pour la régler en famille ; le médecin ajoute qu'il est prêt à le recevoir et continuer le traitement dans sa clinique privée, André et sa famille opposent un refus catégorique à toutes ces propositions. Je reviens seul le lendemain honorer l'ordonnance du jour pour 43 000 FG.
Une autre voisine de concession me conseille de recourir à un parent gendarme, officier de police judiciaire en service à la brigade de gendarmerie de Kaporo-rails. Contacté, celui-ci accepte de s'impliquer, il négocie avec ses camarades de Bambéto la relaxe de Gobou, il me dit qu'il n'approuve pas du tout le fait qu'elle soit interpellée, pour lui c'est Georges seul qui doit payer pour avoir versé du sang. Gobou recouvre sa liberté le 3 Août 2016 à la fin de son cinquième jour de violon. Mais quelques heures avant sa mise en liberté, excédé par le problème, je rencontre Mme Moussa Yéro Bah, journaliste à Espace FM et responsable d'une ONG de défense des filles et femmes victimes de violences. Au bout d'un bref entretien elle prend mon contact, seulement pour la suite mes appels téléphoniques restent sans réponse.
Lors de la première assisse à la gendarmerie je suis sommé de prendre en charge les frais de traitement du blessé à compter du jour de l'assise, les frais déjà supportés par sa famille devraient faire l'objet de discussions après la guérison. C'est dans cette lancée que j'honore une deuxième ordonnance de 182 000 FG le sixième jour d'hospitalisation, je confie en plus au malade les frais liés au lit qu'il occupe pour le prix officiel de 190 000 FG. André me téléphone pendant que je rentre à la maison à 19h pour me dire que le médecin traitant est venu après moi exiger de payer une facture 1 850 000 FG correspondant à l'intervention chirurgicale et les premiers soins à lui prodigués ; il poursuit que le médecin, très en colère, a intimé aux infirmiers de garde de ne pas toucher aux produits achetés et de l'isoler jusqu'à nouvel ordre.
Mon parent médecin téléphone à son collègue pour demander des explications autour de la facture, celui-ci lui répond qu'il n'a de compte à rendre à personne d'autre qu'au blessé et sa famille. Suite à cette impasse, je cours solliciter l'assistance d'un colonel gendarme à la retraite, il se met volontiers à ma disposition le 8 Août 2016 pour rendre visite à André avec qui il s'entretient, écoute longuement par téléphone le médecin traitant, part avec moi rencontrer les 2 brigades de gendarmerie de Kaporo-rails et de Bambéto ; il plaide pour qu'on ne défère pas Georges en justice parce que, selon lui, l'inculpé pourrait encourir pas moins de 5 ans de prison. Il ajoute que n'eut été le sang versé, André a tort de battre sa femme et de vouloir disposer par la force de son enfant.
Au lendemain de cet entretien l'OPJ de Bambéto me fait signer un engagement pour payer dans une semaine au plus tard 3 158 000 FG totalisant la facture du médecin traitant et les dépenses effectuées par la famille d'André. Je suis contraint en plus de payer 2 500 000 FG avant 24h si je ne veux pas voir déféré mon neveu à la sûreté. Je réussis à m'acquitter un jour après du premier montant (3 158 000 FG) puis de 1 000 000 de FG pour le second montant. C'est enfin que Georges recouvre une liberté dite provisoire en attendant que le malade, bien que sorti de l'hôpital, soit totalement rétabli à mes frais.
Ainsi s'achèvent deux semaines de privation de liberté pour mes neveux, de tracasseries et d'insomnies pour moi. Mais au moment où je me retire abattu de la gendarmerie de Bambéto, une affaire de vol de bétail en provenance de la préfecture de Gaoual est sur le tapis. Il est demandé au prévenu la somme de 30 000 000 de FG, celui-ci plaide qu'on laisse à 10 000 000FG. Toutes ces tractations m'amènent à croire aisément que les postes de gendarmerie ou de police ne sont rien moins que des tribunaux bis où l'argent coule à flot, les agents qui y travaillent peuvent se la couler douce. Quand j'entends parler de reforme dans le secteur de la défense et de la sécurité, je ne peux que pouffer de rire car c'est beaucoup plus des effets d'annonce que de la réalité.
Walaoulou Bilivogui
L'Indépendant, partenaire de GuineeActu
NB : cette histoire va sûrement connaître un rebondissement, Gobou ayant décidé de porter plainte contre André.
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Commentaires
Je me suis ensuite tellement marré en lisant les commentaires de A.O.T. DIALLO et amadudialamba !
Chacun a son expérience en matière d'aventure avec nos frères en uniforme et les administrations qu'ils servent. Voici la mienne:
Au mois de juillet 2016, j'étais en congé, mon véhicule est violemment percuté à l'arrière par un pick up; s'en suit un carambolage de 4 véhicules qui se suivaient dans un embouteillage comme on en compte à toute heure maintenant à conakry la proprette. Il était 21 heure ce samedi. L'incident s'est soldé pour ma part par des dégâts énormes à l'avant et à l'arrière de mon véhicule.
Après le constat, les véhicules sont mis en fourrière à la police routière de Matoto, à part le pick up qui a eu un coup fatal qui l'a planté sur place. Le lendemain je me présente à la routière, il pleuvait des cordes à conakry. Je me présente aux officiers de jour. Ils se mettent à chahuter politique, je ne m'y intéresse pas, restant imperturbable. Je comprends qu'ils me jaugent par le regard, je me compose une mine. Le capitaine en charge du dossier me fait comprendre que toute la nuit il a travaillé sur l'établissement du constat. J'encaisse sans sourciller et comprends là où il veut en venir. Nous sommes des Guinéens, on se connait. Je demande la suite de la procédure pour me permettre d'aviser mon assureur puisque mon adversaire à tort selon le constat. Le capitaine me dit : "Bien, vous allez donner 100.000 FG on va acheter du carburant et mettre dans notre véhicule de service pour aller tracter le pick up et le ramener ici".
A cette requête bancale s'en suis le dialogue ci- après entre le capitaine, ses collègues et moi avec comme spectateurs d'autres clients venus pour des problèmes similaires au mien:
- Moi: Mon capitaine dans cet accident c'est mon véhicule qui est victime, il est prouvé par le constat que je n'ai pas tort. Dans ces conditions qui doit payer pour aller chercher le véhicule qui est à l'origine des dégâts que mon véhicule à subit ?
- Le capitaine: héé, il ne faut pas me parler comme ça hein si non je te fous dehors tout de suite.
En disant ces mots il se lève et vient vers moi, tremblant de colère.
- Moi: Mon capitaine, sur ce coup j'ai raison. Je suis un citoyen libre et je connais très bien mes droits. Ne cherchez pas à m'intimider, c'est peine perdu.
L'altercation prend une autre tournure. Un de ses subordonnés, capitaine de son état, par excès de zèle, vient me prendre au collet, je me défends. Les nœuds se serrent autour des cous, ça chauffe, le gars n'a pas assez de force rongé qu'il est par le tabac que je sens et certainement par autre chose. Il veut joindre la parole de son chef à l'acte, je résiste et on ne bouge pas. L'assistance excédée par ce comportement indigne joue au pompier. On fini par nous séparer.
Je menace de porter plainte et j'étais au sérieux. je me mets à l'abri et rédige ma plainte que je montre au capitaine avant de quitter les lieux.
Le lendemain lundi je reviens à la routière vers 11 heures. Les gens étaient dans tout les états, ils avaient visiblement peur, c'est à peine s'ils n'ont pas pris mes pieds pour me supplier de ne pas déposer ma plainte. En effet de ce pas je devais aller la déposer à l'Institut National des Droits de L'Homme avec ampliations à plusieurs administrations y compris la presse.
En conclusion je dirais à tous les guinéens de ne jamais accepter d'engraisser les corrompus et de ne jamais avoir peur de dire la vérité.
Il est vrai que les pratiques n'ont pas changés dans l'administration en général. Il reste beaucoup à faire
Il faut comprendre que ce capitaine et ses "amis" n'ont pas aimé "ma" vérité dite en présence de leurs clients qu'ils avaient certainement déjà cocufier au 3 quart (3/4).
Car comme vous, tous les citoyens qui ont eu à faire avec cette force de désordre guinéenne ont inéluctable subi la même mauvaise aventure. Ce système existe bien avant l’arrivé de l’actuel Président. C’est un vieux système très bien huilé. Il ne concerne pas seulement les agents en uniforme. Les juges, les régisseurs des geôles, les commissaires, les gendarmes, les médecins, les simples agents, bref, tous les individus ayant une petite position dans l’administration. Chacun dans son domaine est un très grand ‘’arnaqueur’’. Je vous donne des exemples dans trois domaines dont j’ai pratiqué aussi :
- AU PORT OU DOUANE DE CONAKRY
- A LA JUSTICE DE MATAM (MAFANCO)
- Et un petit poste de Police situé a ENCO.
AU PORT : Après l’arrivé de deux conteneurs de 40 pieds appartenant a un jeune frère, j’ai voulu passer par la procédure ‘’dite normale’’ pour les dédouaner et les sortir pour éviter des frais supplémentaires (dites surestarie). Après deux semaines d’errements sans solution, une dame des Finances qui rodait aux alentours m’a vu très préoccupé. Elle m’a immédiatement approché et dit, frère je peux t’aider et tu verras que ça va être très rapide et facile. Il suffit juste d’honorer ton engagement sur ce que nous conviendrons. Je te fais une réduction de 30 % du montant proposé par la douane. Ainsi conclu ainsi exécuté et boum ! La marchandise s’est retrouvée le lendemain et nuitamment devant ma porte.
A MATAM : Une affaire d’emprisonnement : J’ai tout fait pour rencontrer le Juge qui était chargé du dossier d’un beau frère enfermé au sale cachot de la maison central, sans succès. C’est un jeune qui rodait aux parages qui m’a orienté sur une piste. Pour trouver la solution il fallait chercher un intermédiaire dans ma famille lui mettre en contact directe avec le juge (selon le jeune, de préférence un agent de police ou de gendarmerie hautement gradé). Un marché sera vite conclu à quatre niveaux (un montant pour mon parent démarcheur, un autre plus salé pour le juge et le geôlier, un quatrième pour le jeune qui m’a introduit chez le juge) Boum ! Le jeune prisonnier s’est retrouvé dehors par un simulacre de jugement le jour même du versement des fonds. Mais la liberté était assortie de condition. Le jeune prisonnier devrait quitter provisoirement la Guinée pour une durée de deux ou trois ans.
AU POSTE DE POLICE DE ANCO 5 : Une fois nous avons étés victimes de vol des tapis de notre Mosquée par un pauvre jeune. Appréhendé les mains dans le sac, le voleur fut déposer nuitamment audit poste. Mais la surprise fut plus que grande. Car les deux agents du jour, nous intimeront sans embarras de payer un somme qui dépasse de loin le prix des tapis volés pour qu’ils acceptent de garder le jeune jusqu’au lendemain matin. Pourris pays ! A Quand la réelle reforme du système ?
J'ai eu aussi a avoir affaire avec la police a mon dernier séjour a Cona-crimes. La description est identique pour tous les commissariats de police et cela aurait été pire encore si vous n'aviez pas payé a ce premier niveau et que votre neveu était en plus traîné d'abord au tribunal et ensuite a la prison centrale.
- Partout on t'aurait exigé pour ne pas aggraver volontairement ton cas, y compris en pleine rue et sans aucune gêne de débourser cash, y compris pour le carburant du panier a salade ou le petit-dej.
- A la fin de cette expérience douloureuse j'ai compris qu'en Guinée qu'il vaut mieux avoir tort avant d'aller se battre - c'est le seul terme approprié ici - avec le système : la au moins tu sais que tu paies pour être innocenté, même si tu as 100% tort et tué 10 personnes innocentes - c'est juste "aboule la monnaie ". Car si tu avais 100% raison alors il ne te reste plus qu'a te tirer une balle de rage et de dépit.
C'est pour cela que je n'arrive pas a faire plus de 6 mois de suite dans ce foutoir insoluble...








